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« La Gouineraie », le champ du couple

A voir, Les critiques, Paris, Théâtre, Toulouse
La Gouineraie de Sandra Calderan et Rébecca Chaillon
La Gouineraie de Sandra Calderan et Rébecca Chaillon

Photo Marikel Lahana

Née d’abord dans le cadre d’une commande en 2019 pour le festival (Re)Mix de La Pop, La Gouineraie de Sandra Calderan et Rébecca Chaillon investit le plateau du T2G, à Gennevilliers. Une création fidèle à la personnalité de ses deux conceptrices, où le théâtre devient le lieu d’un espace à soi. 

À découvrir La Gouineraie, l’on saisit bien que ce spectacle ne sera pas le même dans quelques mois. Non pas ici en raison de la « patine » qu’acquiert toute pièce, mais par ce qui fonde sa démarche : permettre aux deux artistes qui le portent un regard réflexif et en mouvement sur leur vie et leur relation. Ces deux artistes, ce sont Sandra Calderan et Rébecca Chaillon, duo en scène et couple dans la vie. La première, autrice, poétesse et metteuse en scène, a décidé de partir vivre à la campagne avec ses enfants et entraîne dans son sillage toute une parentèle recomposée : ex-conjoint, ex-beaux-parents, nouvelle compagne de l’ex, enfants de la conjointe de l’ex, etc., etc. La seconde, autrice, metteuse en scène et performeuse, est une citadine invétérée, passe beaucoup de temps à travailler – avec ses ami·es –, passe beaucoup de temps avec ses ami·es – avec qui elle travaille – et passe, enfin, beaucoup de temps dans les trains, les hôtels, les locations temporaires. Ce sont toutes les questions, inachèvements, doutes et tentatives nées de leur relation que les deux artistes mettent au travail au plateau. Ces enjeux, elles les exposent dans les mots comme dans les gestes, le temps et l’espace du théâtre devenant un endroit de fabrication métaphorique de leur lieu amoureux (autant que de réflexion sur ce lieu), à la conjonction de leurs histoires et désirs.

L’ensemble se déplie dans une forme assumant son aspect en chantier et en évolution constante : sur une scène d’abord en pleins feux (comme la salle), où trônent quelques éléments sommaires et modestes – escabeau en fond de scène, table de tréteaux au centre, tracteur en plastique pour enfants –, Sandra Calderon est à l’œuvre avant le début de la représentation. En jeans et chemise à carreaux – tenue de butch classique – la jeune femme manipule outils et tasseaux de bois, échafaudant avec des pseudo-kaplas de tailles diverses des constructions à l’équilibre précaire. Cette « gouine des champs » va chercher sa comparse – « gouine des villes » portant robe et crocs imprimées vache – et la traîne littéralement jusque chez elle avec son petit tracteur.

De ce premier exposé sans fard, cru et direct avec son côté cocasse et goguenard, l’on bascule dans une autre temporalité – signalée par un changement net dans la création lumières. Patiemment, et avec l’aide de sa compagne, Rébecca Chaillon s’installe et investit d’abord l’espace à jardin : déballage de cartons, rangement des livres, lancement d’un vinyle de Joe Dassin (dont la musique va soutenir quasi tout le spectacle), dépose de la déco et … pose d’un papier peint aux couleurs et aux motifs floraux éclatants. Seulement vêtue d’un gilet sans manches à carreaux rouges, la performeuse commence à tapisser le mur, puis des meubles, divers éléments scénographiques et jusqu’à elle-même, allant jusqu’à se fondre dans son propre décor.

Comme souvent dans les spectacles de Chaillon, l’on assiste ici à une scène où le temps s’étire, vient briser le rythme conventionnel du spectacle. C’est une séquence dont la temporalité repose sur une seule action et est tenue par sa propre nécessité, à mille lieues de toute efficacité. Une séquence qui ancre à la fois dans le performatif et amène à un regard plus contemplatif et distancié. Nous ne faisons que regarder cette action, c’est une évidence, mais derrière sa trivialité et son évidence, que raconte et regarde cette action ? Au-delà du dérisoire et de l’absurde, ce qui se déplie est la façon dont chacun·e investit différemment, et selon son histoire, sa personnalité, son identité, son parcours, ses désirs, les lieux. Comment l’on fait corps (ou pas) avec eux, comment le chez soi devient (ou pas) une part de soi, comment le chez soi enferme, contraint, contient ou régule.

Ces enjeux sur ce qu’est habiter, comment et avec qui, pour réparer ou pour soutenir quoi, le spectacle les travaille en sourdine, certes trop en surface. La Gouineraie chemine ainsi cahin-caha, revendiquant – comme souvent dans le travail de Chaillon – l’hétérogénéité et un entre-deux entre écriture théâtrale et performance, entre univers de l’une et de l’autre. Passant de références à des séries américaines – La Petite Maison dans la prairie, Malcom – à l’évocation de leur famille dysfonctionnelle respective, le spectacle tend à juxtaposer leur monde respectif – les monologues adressés au public étant à cette image plus nombreux que les dialogues. Si le tout demeure sage, voire convenu, les sujets – ce qu’est faire famille, la sortie de l’hétérosexualité, les stéréotypes accolés aux néo-ruraux, l’hétéronormativité – étant esquissés avec une sympathie volontariste par les exposés autobiographiques, quelque chose retient dans La Gouineraie. Outre son adresse franche, sa façon modeste et sincère de détailler par le menu une relation avec ses ratés, ses inquiétudes et ses impensés, cette création pose ce qui devrait peut-être être l’une des nécessités ultimes quant au fait de faire du théâtre : construire dans le temps de la représentation – et pour les artistes au-delà, soit également dans le temps des répétitions et des tournées –, un temps pour soi. Un temps de respiration qui, sans être délié du monde, permette de le regarder et de (se) parler autrement.

caroline châtelet – www.sceneweb.fr

La Gouineraie
Textes et mise en scène Sandra Calderan, Rébecca Chaillon
Régies Suzanne Péchenart
Collaboration artistique et aide à la dramaturgie Céline Champinot
Collaboration à la scénographie Camille Riquier

Production Cie Dans Le Ventre, Cie des Hauts Parleurs
Coproduction CDN de Besançon Franche Comté
Soutiens T2G Théâtre de Gennevilliers – CDN ; Villa Valmont – Lormont Nouvelle Aquitaine

La Compagnie Dans le ventre est accompagnée par la Direction régionale des affaires culturelles Hauts de France – ministère de la Culture, au titre de l’aide au conventionnement. Rébecca Chaillon est représentée par L’Arche – Agence théâtrale.

Durée : 1h40

T2G, CDN de Gennevilliers
du 12 au 21 mars 2026

Théâtre Sorano, Toulouse
du 25 au 28 mars

14 mars 2026/par Caroline Chatelet
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