La metteuse en scène Julie Timmerman explore sa jeunesse et le lien à son père dans un diptyque composé de Zoé et L’art d’être mon père. Une proposition légère et bien menée qui ne dépasse pas le cadre du récit intime.
« Bonjour les enfants ! » Voici comment Julie Timmerman s’adresse au public, qui sera pendant l’ensemble de la représentation apostrophé comme étant la classe de CM2 de Zoé. Zoé a dix ans, c’est une enfant solitaire et un peu étrange. Ses parents viennent de se séparer et son père, qui n’a pas obtenu la garde, a trouvé un stratagème pour passer du temps avec sa fille et tenter de renouer les liens : monter le spectacle de fin d’année de l’école. Au programme : une adaptation rocambolesque des Misérables, avec orchestre et barricades. Mais, évidemment, rien ne va se passer comme prévu et l’apprenti metteur en scène va vite se retrouver dépassé par la situation.
Julie Timmerman, que l’on connaît davantage à la mise en scène que seule sur un plateau, explore dans un diptyque complété par Zoé, dont elle signe également le texte, le lien si particulier qui la lie à son père, comédien et metteur en scène. Elle campe donc, vive, athlétique, précise, les dix rôles qui s’invectivent sans relâche et auxquels son corps, comme une marionnette, offre une voix : le père, bien entendu, sensible, tyrannique, génial et un peu à côté de la plaque ; Mme Schropfer, l’angoissée prof de musique qui subit tout ça avec un degré d’inquiétude qui monte crescendo ; la directrice polie, mais dont les nerfs sont mis à rude épreuve ; la mère de Zoé qui tente de tenir la barque familiale comme elle peut ; Denis, le prof d’arts plastiques qui veut bien faire, mais dont les propositions artistiques ne font pas l’unanimité ; et, bien sûr, la myriade d’enfants de la classe de CM2. Parmi eux, on compte Joachim et Victor, les deux terreurs, la belle Isabelle, et Zoé, prise en étau entre les espoirs démesurés de son père, son encombrant enthousiasme et la fascination que son métier exerce sur son imaginaire d’enfant.
Car L’art d’être mon père, c’est surtout le portrait sensible et mordant d’un grand idéaliste – qui cite Pasolini et Victor Hugo à tour de bras – qui se voit confronté aux contraintes du réel. C’est aussi l’histoire d’un legs, celui de l’amour pour le théâtre qu’un père tente d’inculquer à sa fille. Si le portrait du père est plutôt réussi, entre ombre et lumière d’une fille qui tente de rendre hommage à l’héritage paternel, entre reconnaissance et pointe de rancœur, si la performance est bien menée, ce seule en scène ne dépasse toutefois pas le cadre du récit intime, alors que l’on pouvait attendre Julie Timmerman sur un registre plus universel. Façon remake des Choristes, la proposition est légère, sans prétention, drôle et bien menée.
Fanny Imbert – www.sceneweb.fr
L’art d’être mon père
de et avec Julie Timmerman
Collaboration artistique et création lumières Philippe Sazerat
Musique Benjamin Laurent
Création sonore Paul Guionie, Maxime Tavard
Costumes Dominique RocherProduction Idiomécanic Théâtre
Avec l’aide du Théâtre des 2 Rives
Avec le soutien du JTN et du Conservatoire de St-DenisDurée : 1h
La Reine Blanche, Paris
du 30 janvier au 15 février 2026Espace culturel Boris Vian, Les Ulis
le 20 marsLa Touline, Azay-sur-Cher
les 26 et 27 marsThéâtre des Muses, Monaco
du 21 au 24 maiLa Maison de l’eau, Saint-Victor-de-Malcap
le 5 juinAvignon-Reine Blanche, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
en juillet



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