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« Soprane », les dessous féminins du chant lyrique

A voir, Avignon, Best Off, Les critiques, Rennes, Théâtre musical
Jeanne Crousaud dans Soprane
Jeanne Crousaud dans Soprane

Photo Élodie Le Gall

Dans Soprane, la chanteuse lyrique Jeanne Crousaud se fait le porte-voix des femmes qui exercent son métier. Derrière la technique et la beauté, elle révèle les fragilités.

À l’Opéra de Rennes, où il éclot dans le cadre du festival Mythos 2026, l’intimisme de Soprane apparaît dans toute sa force et sa singularité. Sur le vaste plateau où se déploient habituellement de grands ensembles, la chanteuse soprano Jeanne Crousaud, familière du lieu comme de bon nombre des plus fameuses institutions françaises dédiées à l’opéra, se présente comme ni elle ni ses consœurs ne le font jamais, du moins dans ce type de maison. Elle arrive d’abord en soufflant, en s’échauffant les cordes vocales qui, rappellera-t-elle plus tard, sont un muscle. C’est donc à nu, débarrassée des habits et coiffures qui lui sont par ailleurs imposés en tant que figure majeure de l’opéra du fait de sa « pyrotechnie » – le terme est employé par le directeur de l’Opéra de Rennes, Matthieu Rietzler, lorsqu’il présente le spectacle à l’occasion de sa première – que Jeanne Crousaud vient aux spectateurs. Comme pour un opéra, ces derniers occupent à la fois le parterre et les balcons. La chanteuse seule, privée autant d’orchestre que des ornements qui contribuent avec sa voix à la construction de ses rôles, doit donc dans Soprane avoir la puissance de captation de tout un groupe de chanteurs et de musiciens. En cela, créer cette pièce à l’opéra témoigne de la part de Jeanne Crousaud d’un beau courage qui se révèle entièrement justifié.

Si l’échauffement initial se transforme peu à peu en chant, en une interprétation de Glitter and be gay de l’opérette Candide de Léonard Bernstein, ce n’est pas à un travail de soliste classique que se livre ici Jeanne Crousaud. Et pour ne laisser planer là-dessus aucun malentendu, afin d’établir un contrat bien clair avec son public, l’artiste chante Bernstein sans forcer sa voix. Elle s’autorise même des pauses et des répétitions, avant de s’assoir sur un siège carré disposé sur le cercle de couleur qui fait office d’unique élément de scénographie, dans lequel on peut voir une version réduite et abstraite du plafond de l’Opéra de Rennes. Lorsqu’après cette introduction, la chanteuse se coiffe d’un casque et commence à restituer le témoignage qui y est diffusé, Soprane s’éloigne encore davantage de la forme opératique pour se rapprocher du théâtre. Cela sans devenir tout à fait théâtral, le casque garantissant une distance entre la forme et le fond dont la justesse est ici parfaite. Si Jeanne Crousaud a déjà par le passé fait preuve de son intérêt pour des aventures à mi-chemin entre opéra et théâtre – elle joue, par exemple, dans Le Petit Prince et Euphonia de Michaël Lévinas, dans L’Odyssée de Jules Matton ou encore dans La Pastorale de Benjamin Attahir –, elle franchit en la matière un véritable cap.

Pour ce rapprochement avec le théâtre, la soprano bénéficie de l’accompagnement de L’Unijambiste, compagnie qui, depuis plusieurs annéesn navigue entre opéra et théâtre souvent documentaire. Le dispositif que déploie Jeanne Crousaud dans ce seul en scène est d’ailleurs identique à celui que portaient Emmanuelle Hiron et Alexandre Le Nours dans Nu (2020), l’une des créations précédentes de la compagnie dirigée par David Gauchard. En signant la mise en scène de Soprane, accompagné en cela par la comédienne Emmanuelle Hiron qui est de toutes ses créations, ce n’est donc pas un geste de grande invention que réalise-là l’artiste, mais plutôt la réactivation d’un système mis en place plus tôt et qu’il est d’ailleurs loin d’être le seul à pratiquer au sein du large champ du théâtre documentaire. Toutefois, en confiant à la soprane le soin de porter elle-même les témoignages récoltés lors d’une trentaine d’entretiens qu’il a réalisé avec elle avec des chanteuses lyriques, le duo Gauchard-Hiron permet une immersion particulièrement riche dans l’univers de l’opéra. En plus de se faire la dépositaire de toutes les paroles de ses consœurs qu’elle et L’Unijambiste ont rassemblées, Jeanne Crousaud est une guide de premier ordre dans les dessous du monde des sopranos.

Le premier témoignage que livre la chanteuse grâce à son casque est d’origine inconnue, si bien que l’on se demande si Jeanne Crousaud parle d’elle-même ou de quelqu’un d’autre. Nous n’aurons la réponse qu’en fin de spectacle. La soprano a beau ensuite placer sur le sol des cartons où figurent les prénoms de celles qu’elle donne à entendre, un flou persistera sur l’origine et le statut de ce qui est dit, interrogeant ainsi les moyens du théâtre documentaire et ses limites dans la relation au réel qui s’y joue. Dans ce premier entretien – la présence d’un interlocuteur est régulièrement révélée à travers les témoignages, ce qui nous fait entrer dans les coulisses de la création en même temps que dans celles de l’opéra –, plusieurs des sujets abordés par la suite sont présents. La notion d’héritage social – la chanteuse en question est fille de chanteurs lyriques – cohabite avec la description d’une précarité qui trouvera bien des échos dans la suite du spectacle. Si la passion du métier est au rendez-vous dans les mots que les sopranos ont livrés à Jeanne Crousaud et à L’Unijambiste, c’est la difficulté à trouver sa place et une stabilité qui prime. Le conservatisme général du milieu de l’opéra et les violences que cela implique sur celles qui y exercent leur art viennent aussi largement écorcher l’image lisse et séductrice que l’opéra impose aux sopranos. L’injonction à la perfection physique autant que vocale qui pèse sur les chanteuses, l’intolérance du milieu à l’endroit de toute différence et même des impératifs liés à une vie de mère reviennent de façon récurrente dans la bouche de Jeanne Crousaud. Les chants qu’interprète celle-ci dans Soprane font alors davantage que rythmer sa parole. Sortes d’offrandes faites aux absentes, ils rendent au chant lyrique la douceur, l’humanité que lui enlève trop souvent le cadre dans lequel il s’inscrit.

Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr

Soprane
Mise en scène David Gauchard
Écriture et direction d’actrice Emmanuelle Hiron
Interprétation et chant Jeanne Crousaud
Scénographie Eva Taulois, David Gauchard
Création lumière Didier Martin
Création son Mikael Plunian

Production L’Unijambiste
Coproduction Opéra de Rennes ; L’Archipel, Scène nationale de Perpignan
Soutien Quai des Rêves, Ville de Lamballe-Armor

Durée : 1h10

Opéra de Rennes, dans le cadre du festival Mythos
du 4 au 10 avril 2026

Théâtre du Train Bleu, dans le cadre du Festival d’Avignon Off
du 4 au 23 juillet

7 avril 2026/par Anaïs Heluin
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