L’artiste franco-laotienne propose deux courtes performances, Je te chante une chanson toute nue en échange d’un verre et Song of Grief, dans la programmation du Festival d’Avignon. Bouleversant et anecdotique à la fois.
Tout, chez Vanasay Khamphommala, transpire le don, le partage. Ses yeux, d’abord, qui se posent avec profondeur sur la dizaine de chanceux qui composent la petite assemblée prenant place autour d’elle sur des petits tabourets en plastique, dans la salle arrière du bar le Mahabharata. Un geste de la tête, un sourire : « Êtes-vous bien installés ? N’avez-vous pas trop chaud ? ». Ici, on prendra soin de nous, c’est certain. Son souffle, aussi, que l’artiste nous invite à prendre tous ensemble. Le micro central effectue un cercle sur lui-même et, bientôt, ce sont nos respirations, toutes ensemble, qui sont samplées, mêlées les unes aux autres, le temps que chacun noue au poignet de son voisin un brin de coton jaune et blanc « pour l’inspiration », nous dit l’artiste franco-laotienne.
Cette respiration, c’est aussi ce qu’ont en commun, pour le moment, Vanasay Khamphommala et son père, Somphet Khamphommala. Mais le jour où ce ne sera plus le cas, celui-ci a fait promettre à sa fille d’interpréter Love Me Tender d’Elvis Presley lors de ses funérailles. Alors, comme un mantra, comme une répétition, Vanasay Khamphommala se prépare à ce jour et entame, de sa voix baroque d’une puissance inouïe, ce refrain si doux qu’elle nous invite ensuite à entonner tous ensemble dans un rituel funéraire à destination de la mort de tous les pères, vécue ou à venir. Dans le travail de Vanasay Khamphommala, tout est indiqué à l’avance. Rien ne nous est imposé qu’une douceur infinie, rien ne cherche à nous surprendre, à nous saisir, à nous imposer une émotion. Ici, davantage qu’une performance, « une qualité de présence et de relation » est recherchée.
Oui, mais – car il y a un « mais ». Pour être tout à fait opérant, le dispositif aurait dû réfléchir à mieux inclure l’ensemble du public, car la disposition ne permet à l’artiste de ne s’adresser en réalité qu’au premier rang, le micro ne circulant pas au-delà, et son regard difficilement. Le reste du public reste donc spectateur d’une connexion qu’il ne partage pas. À peine le temps de s’installer dans cette quiétude intranquille que le refrain s’achève. Il faut déjà laisser sa place aux membres du groupe suivant qui se pressent à la porte. À raison de huit performances de trente minutes par soir, montre en main, pendant cinq jours, il y a un relent de file d’attente de caisse de supermarché davantage qu’une « expérience de coprésence » réelle.
Même dispositif, même frustration avec sa deuxième micro-performance Je te chante une chanson toute nue en échange d’un verre. Douze minutes pour s’installer en cercle, pour que le public choisisse parmi une sélection de dix chansons et que Vanasay Khamphommala l’interprète dans le plus simple appareil, accompagnée d’un ukulélé. Alors que cette performance avait été initialement créée pour être jouée dans des bars – lors du festival Tournée Générale, qui se déroulait dans les établissements du 12e arrondissement de Paris –, le fait d’avoir caché ce corps dans une salle obscure, loin du tumulte du Mahabharata qui gronde derrière les portes, atténue drastiquement, voire annule carrément, sa portée politique. Le travail infiniment précieux de Vanasay Khamphommala, mu par sa délicatesse sans égale, aurait mérité un véritable écrin de repos et de douceur pour pouvoir déployer toute sa puissance et nous emmener dans une réelle traversée, un grand voyage dont elle a le secret.
Fanny Imbert – www.sceneweb.fr
Songs of Grief [Love Me Tender]
Avec Vanasay Khamphommala
Dramaturgie Vanasay Khamphommala
Collaboration artistique Dagmara Bilon
Régie générale Agatxe LayèreProduction Lapsus chevelü
Coproduction Nordwind (Berlin)Lapsus chevelü est conventionnée par le Ministère de la Culture – Drac Centre-Val de Loire. Les projets de Lapsus chevelü sont soutenus par l’Institut français, par la Région Centre-Val de Loire, par le Département de l’Indre-et-Loire, par la Ville de Tours.
Durée : 30 minutes
Festival d’Avignon, Mahabharata – Bar du Festival
du 13 au 24 juillet, de 20h à 0h
Je te chante une chanson toute nue en échange d’un verre
Avec Vanasay Khamphommala
Dramaturgie Vanasay Khamphommala
Collaboration artistique Théophile Dubus
Régie générale Maël FusillierProduction Lapsus chevelü
Coproduction Festival Tournée Générale (Paris)Lapsus chevelü est conventionnée par le Ministère de la Culture – Drac Centre-Val de Loire. Les projets de Lapsus chevelü sont soutenus par l’Institut français, par la Région Centre-Val de Loire, par le Département de l’Indre-et-Loire, par la Ville de Tours.
Durée : 12 minutes
Festival d’Avignon, Mahabharata – Bar du Festival
du 14 au 23 juillet, de 20h à 0h




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