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« Hamlet(te) » : Ophélie sauvée des eau(mmes)

A voir, Les critiques, Paris, Théâtre
Clémence Coullon met en scène Hamlet(te) d'après Shakespeare
Clémence Coullon met en scène Hamlet(te) d'après Shakespeare

Photo Christophe Raynaud de Lage

Hamlet, au féminin, se conjugue en Hamlet(te). Dans un spectacle mis en scène par Clémence Coullon, en compagnie d’une partie de sa promotion du Conservatoire National, le classique shakespearien fait un beau looping et retombe sur ses pattes. Des premiers pas entre rupture et tradition pour un spectacle abouti et prometteur.

En dernière année de leur formation au Conservatoire National d’Art Dramatique, les élèves sont invités à mettre en scène un spectacle avec la moitié de la promotion. Soit 15 personnes. Un format au plateau qui se raréfie dans les conditions économiques actuelles de production, et qui restreint le périmètre des textes candidats. C’est dans ce cadre que Clémence Coullon a choisi le mythique, le monument shakespearien, la référence des références, ce Hamlet, auquel elle a ajouté un petit (te). « Regardez-moi ça / Cette facilité qu’on a d’assassiner les œuvres pour être originaux / Ce besoin d’être fantasque, pour exister ! / Ils ne peuvent pas s’en empêcher », crie ironiquement le personnage de la dramaturge/metteuse en scène dans ce Hamlet(te) un peu particulier qu’a repris le Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis. Un clin d’œil en forme de pied de nez, peut-être, des membres de cette troupe pleine d’énergie et de fantaisie pour les tenants de l’institution qui les ont accompagnés.

La jeune metteuse en scène qui a passé sa scolarité dans la fameuse Légion d’honneur de cette même ville de Saint-Denis, établissement de jeunes filles dont l’éducation se fait à l’ancienne, dit avoir trouvé dans le théâtre l’espace de liberté qu’elle n’avait pas à l’école. Et, comme si une vie dessinait une œuvre, un équilibre entre respect de la tradition et tempérament iconoclaste irrigue en effet sa première création. De l’acte 1 à l’acte 3, tout se passe quasiment normalement. Une scène du fossoyeur a bien pu passer à la trappe. La distribution détonne un peu : tout le monde a le même âge et Ophélie n’est pas la jeune première éthérée à laquelle on est habituée. On sent que le spectacle joue avec les codes et les attentes, mais c’est bien ancré maintenant dans le théâtre que d’utiliser à plein sa capacité à s’écarter du réalisme. D’ailleurs, dans une scénographie grandiose construite par les ateliers du Conservatoire – avec, en son centre, un imposant escalier entouré de colonnes qui figure le château d’Elseneur –, Hamlet(te) acquiert une aura de spectacle à gros moyens et l’allure d’une œuvre d’artiste confirmé. Spectre du père sur échasse comme un commandeur arachnéen, jeu qui tire vers le comique sans effacer ni la noirceur ni la cruauté et quelques passages survoltés – mention spéciale à un Polonius haut en couleur et à un duo Rosencrantz/Guildenstern particulièrement drôle – déroulent alors un classique sans sortie de route, bien que fouetté par la fougue de cette jeunesse. Quand soudain, alors qu’on se prépare à traverser un nouveau « to be or not to be », tout déraille.

Le fusil de Tchekhov passe par là. L’effet de surprise est complet et il s’agit de ne surtout pas l’affecter en le divulgâchant. Mais disons que le (te) du titre s’impose alors, qu’Ophélie échappe à sa mort programmée, que le texte de Shakespeare s’efface pour laisser place à une redistribution des rôles et une réflexion sur le théâtre – et sa masculinité – plutôt hilarante. La spontanéité d’une écriture de plateau, les fantaisies d’un théâtre débridé renversent alors le ronronnement du textuel classique avant que le dernier acte ne reprenne une forme de régularité. Il s’agissait bien d’une parenthèse. Le jeu de brouillage des identités aurait pu être davantage exploité, fouillé, regrette-t-on un peu, sa capacité à faire trembler le monument et à faire rire et réfléchir le spectateur approfondie, mais ce dernier acte opère une réconciliation entre rupture et tradition, crée son propre fil qui donne à l’ensemble une très belle unité. Clémence Coullon fait preuve à cette occasion d’une maturité étonnante : sens du rythme dans un spectacle qui frappe par son ampleur et sa fluidité ; direction d’acteurs (même si le texte s’entend parfois mal) tranchée et cohabitation de registres variés ; utilisation de la scène spectaculaire et maîtrisée. Dans un spectacle où, finalement, on garde du théâtre ce qu’il faut en garder et où s’invente ce qu’il faut en changer.

Eric Demey – www.sceneweb.fr

Hamlet(te)
d’après William Shakespeare
Traduction Jean-Michel Déprats
Adaptation et mise en scène Clémence Coullon
Avec Alexandre Auvergne, Rita Benmannana, Louis Battistelli, Chloé Besson, Olivier David, Lomane de Dietrich, Hermine Dos Santos, Neil-Adam Mohammedi, Tom Menanteau, Hugo Merck, Guillaume Morel, Hélène Rimenaid, Basile Sommermeyer, Léna Tournier Bernard
Dramaturgie Clémence Coullon, Barbara Métais-Chastanier
Collaboration artistique Hugo Merck
Scénographie et régie générale Angéline Croissant
Lumière Félix Depautex
Son Marc Bretonnière, Simon Peneau
Costumes Marion Duvinage, Marion Montel
Habilleuse Lucie Duranteau
Assistanat à la mise en scène Lolita de Villers
Construction du décor Ateliers du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique – PSL

Production Théâtre Gérard Philipe, Centre Dramatique National de Saint-Denis ; Compagnie la grande T
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National
Avec le soutien du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique – PSL
Accueil en résidence studio au Théâtre Paul Eluard de Bezons (TPE)

Durée : 2h10

Vu en mai 2024 au Théâtre Gérard Philipe – CDN de Saint Denis

Théâtre 13, Paris
du 7 au 17 avril 2026

7 avril 2026/par Eric Demey
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