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« Décréation », le combat pour la liberté de Zhenya Berkovitch

À la une, Avignon, Théâtre
Décréation @ Vahid Amanpour
Décréation @ Vahid Amanpour

@ Vahid Amanpour

Dans le Off du Festival d’Avignon, au sein de la programmation de La Manufacture, Décréation, porté par les comédiennes Iana Irteneva, Alena Konstantinova, Marietta Tsigal-Polishchuk, est un acte de résistance et un hommage vibrant à Zhenya Berkovitch, metteuse en scène et amie des artistes, actuellement emprisonnée en Russie.

La metteuse en scène Zhenya Berkovitch et la dramaturge Svetlana Petriïtchouk ont été condamnées en juillet 2024 à six ans de prison, accusées d’« apologie du terrorisme » pour leur pièce Finist, le clair faucon, qui raconte l’histoire de femmes russes recrutées sur Internet par des islamistes en Syrie pour les rejoindre et les épouser.

L’idée de Décréation est née d’une nécessité absolue pour le metteur en scène Alexandre Plotnikov d’offrir aux comédiennes la possibilité de raconter leurs propres histoires. Iana Irteneva, qui a émigré de Russie et vit désormais en France, consacre une grande partie de sa vie à défendre la cause de son amie Zhenya, fondatrice de la compagnie de théâtre SOSO Daughters. « C’est mon histoire qui est fondée sur mon expérience personnelle, car ma vie, ces dernières années, est consacrée à la liberté de Zhenya, mon amie très proche », explique la comédienne. Le spectacle, initialement créé au festival Sens Interdits, à Lyon, a trouvé à Avignon sa forme définitive, agissant comme un « laboratoire » de vérité.

Le projet s’articule autour de fragments de la vie des trois comédiennes, mais aussi de textes documentaires, dont certains sont fondés sur les écrits et la pensée de la philosophe Simone Weil. Le choix de cette figure n’est pas anodin : elle résonne avec le parcours de Zhenya Berkovitch. « Ce qui est intéressant, c’est que l’on parle de résistance et de femmes fortes, souligne le producteur Yevgeny Gindilis. Il y a cette connexion entre Simone Weil, qui résistait à la guerre, et Zhenya, qui est aussi une résistante forte ». À travers ce spectacle, l’équipe cherche à souligner les similitudes entre l’époque de la philosophe, résistante face à la guerre, et la situation actuelle en Russie. Les actrices ne cherchent pas à incarner Simone Weil, mais à observer son expérience en tant que femme qui résiste, pour analyser à travers le prisme de leur propre vie, le procès et l’emprisonnement de Zhenya.

Un acte artistique face à la répression

Condamnée à une peine de plusieurs années de prison dans des conditions éprouvantes – incluant des séjours en cellule d’isolement –, Zhenya Berkovitch continue de vouloir raconter la vérité. Elle a d’ailleurs écrit un livre en prison, utilisant la métaphore des animaux pour décrire son expérience. Un ouvrage qui sera prochainement traduit et publié en français.

Pour les artistes, monter sur scène est une épreuve intense. « Mon but principal, c’est la liberté, confie Iana Irteneva. Je souhaite un échange entre les prisonniers politiques entre les pays ; c’est donc la seule chose que je peux faire. » La démarche est périlleuse. Alors que certaines comédiennes doivent retourner en Russie, la question de leur sécurité est au cœur des préoccupations de l’équipe.

À travers ce spectacle, les comédiennes souhaitent sensibiliser le public français à ce qui se trame en Russie, tout en rappelant que la liberté de création reste un combat fragile, même dans nos démocraties. Elles espèrent susciter une prise de conscience internationale. « Il est crucial de raconter cette histoire, car peu de gens comprennent l’ampleur de la répression actuelle, précise Yevgeny Gindilis. C’est la première fois depuis Staline qu’une artiste est condamnée pour son art en Russie. »

Stéphane Capron – www.sceneweb.fr

14 juillet 2026/par Stéphane Capron
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