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David Nathanson donne corps à la prose de Pennac

A voir, Avignon, Best Off, Les critiques, Paris, Théâtre
Julie Laufenbüchler et David Nathanson mettent en scène Journal d'un corps de Daniel Pennac
Julie Laufenbüchler et David Nathanson mettent en scène Journal d'un corps de Daniel Pennac

Photo Pascal Gely

Expert en seuls en scène littéraires, David Nathanson a eu du flair en choisissant d’incarner ce Journal d’un corps éminemment théâtral de Daniel Pennac. L’écrivain y décrit une vie qui passe au plus près de ses sensations physiques et émotions viscérales, une vie tissée de joies et de drames, d’attachements et de deuils. En suivre les étapes, arrimé à la voix chaleureuse du comédien, est un ravissement.

David Nathanson est de ces comédiens, rares, capables de porter seul sans lasser, ni tomber dans le narcissisme dérangeant, des textes littéraires non dramatiques. C’est un conteur d’exception, un passeur hors pair doublé d’un immense interprète prompt à se glisser dans la peau des autres et le corps des mots. Après s’être attelé au poignant roman d’Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne, puis à la prolifique correspondance de François Truffaut, le voilà qui nous embarque dans la prose de Daniel Pennac, et pas n’importe laquelle. En jetant son dévolu sur Journal d’un corps qui, comme son titre l’indique, s’apparente au journal intime d’un homme par le prisme de son vécu physique, il transpose l’écriture dans la chair du plateau avec une gourmandise d’incarnation qui n’a d’égale que la précision de son jeu.

Dans une scénographie vivante signée Marie Hervé, plateau couleur crème rehaussé de modules où l’on peut monter ou s’asseoir, qui dynamisent les déplacements et dessinent au fur et à mesure les étapes d’une vie, dans cet espace abstrait cerné d’ampoules sur piquets qui en éclairent ou tamisent les épisodes, sans aucun accessoire hormis ce polo beige clair que le comédien ajoutera sur son marcel pour entrer dans l’âge de son personnage, David Nathanson fait littéralement vivre ce texte d’une beauté folle qui s’attache aux pas de son narrateur depuis ses 13 ans jusqu’à sa mort, et dont la portée universelle ne fait pas le moindre doute. On plonge avec lui dans cette guerre enfantine en plein camp scout, qui voit notre héros juvénile ligoté à un arbre et perdre le contrôle de son imagination pour sombrer dans l’angoisse d’être dévoré par des millions de fourmis menaçantes ; on vit avec lui sa première terreur et sa manifestation physique qui lui vide les tripes ; on l’assiste dans son angine rouge qui le cloue au lit de fièvre, les jambes en coton. S’ensuivent, entre autres, grève de la faim, crachat pris en pleine poire, dépucelage, découverte de l’amour, extraction cocasse d’un polype, naissance d’un fils, puis d’une fille, début de presbytie, acouphènes inconfortables, naissance d’un petit fils…

Daniel Pennac décrit tout : les joies du corps et ses déraillements, les peurs qui le poursuivent, les extases, les drames, « ce que le deuil fait subir à nos corps ». C’est un récit initiatique d’une sensibilité et d’une profondeur bouleversantes. Réalisée à quatre mains par Julie Laufenbüchler et David Nathanson, la mise en scène rayonne de justesse et de finesse. Dynamique et pertinente, sans esbroufe, elle accompagne avec tact l’adaptation de ce livre magnifique qui prend vie sous nos yeux. Rasé de près, doté d’une aisance innée et d’une maîtrise fascinante, fruit d’une expérience qui n’est plus à prouver, David Nathanson traverse les âges comme si de rien n’était. Adolescent fiévreux, jeune homme candide, adulte responsable et vieil homme endolori par les épreuves de la vie, son visage change sous les lumières d’Erwan Temple qui le rajeunissent ou le vieillissent. Travail du corps impeccable, diction claire et débit rythmé, le comédien porte avec l’humanité qui est la sienne celle qui transparaît dans le roman. La bande-son d’Armando Balice l’accompagne, soutient ses émois, ses peines et ses peurs, toute en battements de cœur, gargouillements d’estomac et sensations sonores. Rien n’est laissé au hasard dans ce travail d’orfèvre, et ce legs post mortem en forme de journal de bord accroché à son corps devient, par la vitalité qui lui est insufflée sur scène, le témoignage fictif, comique et tragique d’un homme comme un autre.

Marie Plantin – www.sceneweb.fr

Journal d’un corps
Texte Daniel Pennac
Mise en scène Julie Laufenbüchler, David Nathanson
Collaboratrice artistique Judith d’Aleazzo
Avec David Nathanson
Scénographie Marie Hervé
Création lumières Erwan Temple
Création musicale et sonore Armando Balice

Production Compagnie Les Ailes de Clarence
Coproduction Les Moulins de Chambly – Scène Culturelle
Avec l’aide de La Manekine — Scène Intermédiaire des Hauts de France, Ville de St-Quentin (Aisne), Théâtre Transversal à Avignon, Festival Théâtral de Coye-la-Forêt, Région Hauts-de-France, Département de l’Oise, Spedidam
Avec le soutien de Trait d’union — scène culturelle Longueau/​Glisy d’Amiens Métropole, Théâtre Watteau de Nogent-sur-Marne

Les Ailes de Clarence est associée à la Faïencerie – Théâtre de Creil dans le cadre de la saison culturelle à Chambly.

Durée : 1h40

La Reine Blanche, Paris
du 12 au 24 mai 2026

L’Entrepôt, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
du 4 au 25 juillet, à 16h50 (relâche les 8, 15 et 22)

16 mai 2026/par Marie Plantin
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