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« Cuckoo » : autocuiseurs et chant du cygne

A voir, Festival d'Avignon, Les critiques, Théâtre
Cuckoo de Jaha Koo Wolf Silveri
Cuckoo de Jaha Koo

Photo Wolf Silveri

Il est de ces spectacles inclassables, rares, qui méritent une attention particulière. Cuckoo en est un. Cette performance de Jaha Koo, installé aux Pays-Bas depuis l’âge de 25 ans, créée en 2016, connaît un succès important dans divers festivals internationaux, et arrive au Festival d’Avignon.

En 1997, la Corée du Sud connaît une crise sans précédent. Le pays est plongé dans la banqueroute, en proie à la finance internationale. Les Coréens se rendent dans des bureaux pour donner leur or et tenter de rembourser la dette abyssale de leur pays, mais cela ne suffit pas. La Corée est placée sous tutelle du Fonds monétaire international. L’enfer commence pour les habitants.

À l’époque, Jaha Koo a treize ans. Aujourd’hui, il illustre cette histoire au moyen d’images d’archives : on voit les grèves, les manifestations dont la violence policière n’a rien à envier à la France d’aujourd’hui. La finance a pris le pas sur l’homme, la seule solution pour les Coréens ? Se sacrifier. Jaha Koo a « mis en scène » un objet – devenu symbole – que tous les Coréens ont chez eux : les cuiseurs à riz « Cuckoo ». Ces autocuiseurs symbolisent aussi chaque Coréen : devenus des employés avec une fonction déterminée et que l’on jette s’ils ne peuvent plus accomplir leur tâche. Sur scène, la parole est à eux. Ils parlent, se chamaillent, chantent parfois, et racontent 20 ans de société sud-coréenne.

L’artiste, seul, contrôle légèrement ces machines. Leurs paroles sont entrecoupées d’histoires personnelles vécues par Jaha Koo dans cette société que les autocuiseurs dépeignent. Un pays où une personne se suicide toutes les 37 minutes. À 34 ans, Koo a perdu six de ses amis. Il raconte leur perte avec beaucoup de détails, sans horreur, en faisant ressortir innocemment ce qui les a conduits sur cette pente fatale. Les images d’archives continuent de ponctuer ce conte, certaines images peuvent être extrêmement choquantes, comme celle produite par une caméra embarquée dans la cabine d’un chauffeur de métro où l’on voit quelqu’un se jeter sur les rails.

Cuckoo est un spectacle sombre, déprimant. L’économie de mouvement de la part de l’artiste, la lenteur dans le jeu, l’immobilité des machines contrastent puissamment avec la force des sentiments qu’il nous fait vivre. En nous montrant ainsi la Corée contemporaine comme on ne la connaît pas, vue de l’Occident, Jaha Koo compose un poème magistral sur le thème du désespoir dans lequel baigne le monde moderne.

Hadrien Volle – www.sceneweb.fr

Cuckoo
Conception, mise en scène, texte, musique et vidéo Jaha Koo
Avec Duri, Hana, Jaha Koo, Seri
Piratage du matériel Idella Craddock
Scénographie et création numérique Eunkyung Jeong
Assistanat à la dramaturgie Dries Douibi
Régie Tom Daniels, Bart Huybrechts

Production Kunstenwerkplaats Pianofabriek (Saint-Gilles)
Production exécutive CAMPO (Gand)
Coproduction Bâtard festival (Bruxelles)
Soutien de CAMPO, STUK (Louvain), Buda (Bruxelles), DAS, SFAC & Noorderzon/Grand Theatre (Groningue)
Avec l’aide de la Communauté flamande

Durée : 1h

Vu en mai 2019 dans le cadre du Festival TransAmériques, Montréal

Festival d’Avignon, Gymnase du lycée Mistral
du 5 au 8 juillet 2026, à 11h ou 18h

5 juillet 2026/par Hadrien Volle
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