Ils se sont rencontrés au cours Acquaviva, dans différentes promotions, et ont en commun leur double nationalité franco-algérienne. CDG – Boumédiène est un spectacle où les histoires intimes se mêlent à celles de la France et de l’Algérie. Un des succès du Off d’Avignon, à La Factory – Salle Tomasi.
C’est à la fin de leurs années d’études de théâtre, au cours Raymond Acquaviva, à Paris, que les membres du futur collectif La Maison Bleue se rencontrent. À l’origine du projet, Lanna Prawidlo, comédienne et autrice. « J’ai créé le projet à la fin de mes années d’école de théâtre. J’ai eu accès aux archives familiales qui remontent aux années 1930 et vont jusqu’aux années 1990. Et je voulais faire quelque chose avec ça. » Après avoir remporté une mention spéciale au Prix Théâtre 13 en 2024, à Paris, le collectif s’est élargi et a évolué au fil des arrivées de nouveaux comédiens. À la mise en scène, Céline Trouchaud a succédé à Claire Bouziane.
Lanna Prawidlo a nourri le texte de CDG – Boumédiène en s’appuyant sur le vécu de chacun des membres de la compagnie, sur cette « troisième génération » qui effectue des allers-retours entre la France et l’Algérie. « On a donc commencé par beaucoup de discussions. J’ai proposé aux comédiens des impros sur différents thèmes, sur leur rapport à l’Algérie ». La pièce intègre des grands repères historiques – la colonisation, les événements islamistes, la présidence de Bouteflika, ou encore la Coupe du monde de 1998 et Zidane – sans jamais être didactique. « On est vraiment partis de discussions très intimes et très personnelles. Et ça me paraissait important de les remettre au plateau », explique Lanna Prawidlo. Chaque personnage se livre tour à tour dans des monologues face public. « Ils tombent dans la confidence avec le spectateur, précise la metteuse en scène Céline Trouchaud. Il y a quelque chose de frontal qui restitue leur bagage émotionnel de manière assez directe », dans une forme joyeuse, tout en nuances, où affleure le politique avec finesse.
Baptême du feu
« Quand on a passé le premier tour du festival du Théâtre 13, c’était le lendemain du vote de la loi sur la binationalité, poursuit Lanna Prawidlo. C’était un peu la gueule de bois. On s’est vraiment dit qu’il y avait une nécessité encore plus forte de faire entendre nos voix, et surtout avec humour. J’ai cherché à avoir le plus de nuances possibles et à embrasser plein de points de vue pour qu’il n’y ait pas de parti pris. Je déteste les pièces qui cherchent à imposer une morale ». Le propos de la pièce résonne bien au-delà de la communauté franco-algérienne, pour le comédien Sami Belkebir : « Il y a des gens qui ne sont pas originaires d’Algérie, des Espagnols ou des Portugais, qui viennent nous voir à la sortie du spectacle et trouvent des similarités avec leurs propres histoires. Et au final, toute personne qui a cette quête identitaire peut se reconnaître dans notre spectacle. »
Le nom du collectif, La Maison Bleue, est un clin d’œil à la célèbre chanson de Maxime Leforestier revisitée aussi par le chanteur algérien Idir – les deux versions sont chantées à la fin du spectacle par la troupe –, mais aussi au bar du 10e arrondissement de Paris dans lequel le groupe se retrouve régulièrement. La Maison Bleue vit son baptême du feu au Festival Off d’Avignon. « On a fait pas mal de sacrifices », confie Céline Trouchaud, ce qui semble payer car le bouche-à-oreille a bien fonctionné et les salles sont pleines. De quoi nourrir de beaux espoirs pour ce collectif qui espère pouvoir jouer le spectacle sur la longueur, à Paris et en tournée.
Stéphane Capron – www.sceneweb.fr
CDG – Boumédiène
Une création collective de La Maison Bleue
Texte Céline Trouchaud
Mise en scène Lanna Prawidlo
Avec Sami Belkebir en alternance avec Navid Rezvanian, Yanis Dimaa, Emma Kabouche, Dounia Saidane, Céline Trouchaud
Création lumière Élie Cottin
Création son Valériane Dribault
Scénographie Clothilde Feuillard
Collaboration artistique Amina FrikhProduction La Maison Bleue
Le spectacle a reçu la mention spéciale du concours de mise en scène du Théâtre 13 en 2024.
Durée : 1h15
La Factory, Salle Tomasi, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
du 3 au 25 juillet 2026, à 16h20 (relâche les 9, 16 et 23)



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