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Boom’Structur lance sa biennale à Clermont-Ferrand : « On va tout fêter ! »

À la une, Bordeaux, Danse
Cyril Crépet et Sylvia Courty DR
Cyril Crépet et Sylvia Courty DR

DR

Boom’Structur est devenu en 2025 le 16e lieu labellisé Centre de Développement Chorégraphique National (CDCN). Une concrétisation pour cette structure créée en 2013 par Sylvia Courty et Cyril Crépet, qui lance son festival, dont la première édition se déroule du 28 septembre au 10 octobre 2026.

Stéphane Capron : Quel impact cette labellisation a-t-elle sur la vision et l’avenir de votre structure ?

Sylvia Courty : C’est la reconnaissance d’un travail mené depuis longue date, et la reconnaissance d’une appartenance à un réseau de lieux militants, à l’endroit de l’accompagnement des artistes, à l’endroit de la place de la danse sur les territoires, à l’endroit de la sensibilisation des publics. On s’est sentis en effet très fiers d’appartenir à cette histoire des CDCN. Au-delà donc de cette reconnaissance, le label offre aussi une visibilité à notre travail.

Cyril Crépet : Avec des spécificités et des particularités. Car chaque CDCN possède sa propre identité et déploie son propre cahier des charges en fonction de son territoire. Cela nous donne la liberté de poursuivre ce que l’on a initié à la création de la structure, comme l’accompagnement des artistes au long cours dans des projets de recherche, qui sont dégagés des impératifs de production.

Stéphane Capron : Mesurez-vous toute l’importance d’une telle labellisation dans le contexte économique actuel, tendu pour le spectacle vivant ?

Sylvia Courty : On s’est sentis chanceux de pouvoir obtenir ce label dans le courant de l’année 2025, où effectivement, on sent les tensions dans le spectacle vivant. Elles sont là déjà depuis un petit moment. C’est un engagement conjoint des tutelles autour de notre projet ; ça nous renforce et nous sécurise dans un contexte effectivement tendu. Trois structures ont été labellisées dans un temps assez court, entre Danse à tous les étages en Bretagne, L’Alambik sur l’île de la Réunion et nous, où on voit qu’il y avait une vraie intention. On est sur des territoires très spécifiques — Outre-mer, Bretagne, centre de la France —, on a senti qu’il y avait cette envie d’aller au bout d’un geste d’équilibre territorial.

Stéphane Capron : Comme cette labellisation va permettre d’irriguer encore plus votre travail au sein de votre territoire ?

Cyril Crépet : On a une grande chance. Céline Bréant, la directrice de la scène nationale, La Comédie de Clermont, vient aussi des CDCN, puisqu’elle a dirigé Le Gymnase pendant quelques années avant d’arriver à Clermont-Ferrand. C’est une alliée, une partenaire avec qui on peut échanger et discuter de ce qu’il est possible de proposer au public de la scène nationale.

Sylvia Courty : En fait, il y avait la place et un besoin pour un lieu ressource comme le nôtre. La scène nationale de Clermont est très engagée à l’endroit de la danse, avec des grands plateaux, des grandes jauges. Clermont-Ferrand dispose d’un conservatoire avec la plus grande section danse de tous les conservatoires de France : 700 élèves. Il y a aussi l’Amicale laïque qui propose des cours de danse. On est sur un territoire où les gens dansent, et du coup, on s’appuie sur cette réalité-là pour structurer un projet qui vient penser la place de la création chorégraphique dans cet écosystème, qui vient penser la place des artistes émergents, la question de la jeune création, en complémentarité avec ce qui existait déjà.

Stéphane Capron : Vous défendez depuis 2013 un projet fondé sur « un temps de recherche nécessaire et inquantifiable ». Est-ce un défi permanent de préserver ce temps long pour la création artistique dans le paysage culturel d’aujourd’hui ?

Sylvia Courty : Oui, c’est de plus en plus tendu dans notre secteur chorégraphique, mais ça l’est dans tous les secteurs économiques, en vérité, à l’heure de la productivité. Consacrer des moyens à la recherche en s’autorisant à imaginer que peut-être cela ne produira rien aujourd’hui, il faut oser le revendiquer ! Sachant qu’en vérité, ce n’est pas que cela ne produit rien, cela produit autrement. Et c’est ça qu’il faut réussir à défendre bec et ongles. Quand les artistes s’engagent dans ce dispositif d’accompagnement à la recherche, effectivement, de part et d’autre, on ne sait pas combien de temps ce processus va durer. En revanche, on sait que cela va nourrir des réflexions, une démarche, et que si cela n’aboutit pas directement à la création d’un spectacle par an, cela viendra renforcer une démarche, un positionnement, une réflexion dans la société. La recherche irrigue d’autres champs de réflexion et permet de prendre du recul.

Stéphane Capron : Pour fêter tout cela, vous avez créé un festival qui se déroule du 28 septembre au 10 octobre 2026 : « On va tout fêter ! », première biennale et premier festival entièrement dédié à la danse à Clermont-Ferrand. Ce nouvel événement vient-il combler un manque dans le paysage culturel clermontois ?

Cyril Crépet : Clermont-Ferrand est une ville de festivals. Mais en l’occurrence, un festival dédié à la création contemporaine en danse, ça n’avait pas encore été mis en place. Donc c’est une première. Oui, ça manquait, et en tout cas, ça nous permet aussi de poursuivre et d’aller au bout d’un processus auprès des artistes qu’on a accompagnés. Parce que soutenir des artistes dans leur création, c’est une chose, mais notre vocation est aussi de permettre à ces créations d’être vues, d’être visibles par des publics.

Sylvia Courty : Le festival crée une dynamique de concentration et d’effervescence, qui active la curiosité des publics. On avait envie de générer cette effervescence à l’échelle de la ville. Sur les dix spectacles que l’on présente, trois le sont dans nos locaux, les autres en partenariat avec d’autres lieux comme La Comédie, La Coopérative, la scène de musiques actuelles. Cela nous permet de présenter le travail des artistes qu’on accompagne, mais aussi à ces lieux de prendre le risque de présenter le travail d’artistes émergents qui ne font pas partie de leur quotidien. Cela permet de créer de la circulation des publics.

Stéphane Capron : Dans une programmation qui est très éclectique, parce que vous allez du spectacle jeune public à des spectacles interdisciplinaires. Donc, c’est aussi votre volonté de montrer toute l’étendue de l’espace chorégraphique aujourd’hui ?

Sylvia Courty : Oui, tout à fait. La diversité des formes, la diversité des adresses, c’était quelque chose que l’on voulait vraiment mettre au cœur du festival et qui rend transparent aussi les choix que l’on fait bien avant la diffusion des œuvres, dans la manière dont on va accompagner les différents projets et tout leur processus. Cela marque l’identité du festival, mais cela rend transparent aussi le focus que l’on a mis dans notre soutien aux compagnies implantées dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, puisque dans la programmation, les dix spectacles sont issus de compagnies installées en Isère, à Grenoble, à Lyon, à Aurillac, à Saint-Étienne. Et ça témoigne effectivement de l’attention qu’on a eue pour les compagnies implantées sur notre territoire.

Stéphane Capron : À l’intérieur de cette programmation, vous avez un rendez-vous spécifique qui s’appelle les « Rendez-vous secrets ». Quelle sera sa forme ?

Sylvia Courty : C’est une programmation très concentrée pendant 24 heures, les 3 et 4 octobre, où 50 artistes vont investir des lieux insolites de la ville de Clermont pour 96 représentations pour plus de 3 000 tickets. Cette programmation s’est faite en concertation avec la plateforme Lafitte, un collectif d’artistes, qui en a fait le commissariat avec nous.

Cyril Crépet : Ce seront des propositions courtes de 20 minutes dans des lieux qui ne sont pas du tout dédiés au spectacle. On propose au public de choisir des horaires, et sur chaque créneau horaire, il y a plusieurs propositions possibles avec un mot-clé, une phrase un peu énigmatique pour attiser la curiosité des spectateurs. Ensuite, ils seront guidés sur le lieu tenu secret.

Propos receuillis par Stéphane Capron – www.sceneweb.fr

28 septembre 2026/par Stéphane Capron
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