« Tadam » : sacré trompe-la-mort
Avec une grande douceur et beaucoup d’intelligence, Baptiste Toulemonde et Arthur Oudar abordent de profonds sujets à destination du jeune public. Une réussite qui doit beaucoup à… David Bowie.
Parfois, les pièces du Festival Off d’Avignon évoquent ces petits bateaux de balsa assemblés dans des bouteilles de vin : des miniatures. Parvenir à encapsuler un monde dans un laps de temps si court, avec une économie de moyens et de mots, en articulant une multitude de sujets, est un artisanat qui relève de l’orfèvrerie et force l’admiration. En voici un cas d’école, à destination d’un public à partir de neuf ans, créé par Baptiste Toulemonde et Arthur Oudar au sein de la compagnie Renards / Effet Mer, basée à Bruxelles.
Au cœur de l’histoire, il y a ce père, un ancien magicien professionnel qui peine à remonter sur scène, après un traumatisme que l’on ne tardera pas à découvrir. Cet hurluberlu d’une quarantaine d’années cherche de nouveaux numéros, mais ne parvient à trouver que de piètres « dad jokes », au grand dam de sa fille de dix ans qui vit avec lui, une semaine sur deux, et désespère. Elle aimerait tant le voir aller mieux, qu’il s’occupe d’elle et l’admire à nouveau. Une nuit d’insomnie, la préado se lève et découvre qu’une étrange créature erre dans le salon. Apprêtée comme David Bowie – période Ziggy Stardust –, celle-ci ne réclame qu’une chose : poursuivre une partie d’échecs avec le père. L’enfant n’a pas peur. Elle est même fascinée, car fan de l’icône britannique – à qui elle consacre un exposé. Mais quelles sont ses véritables intentions ? Et pourquoi son père l’a-t-elle laissée entrer ? Une chose est sûre : à son contact, la parole se dénoue, ce qui pourrait bien tout changer.
L’action se déroule dans un décor joliment évocateur, avec cet escalier menant vers une fenêtre ouverte aux quatre vents, clé de voûte symbolique de la pièce (que nous ne divulgâcherons pas). À la mise en scène, Baptiste Toulemonde et Arthur Oudar parviennent à insuffler un rythme effréné et une espièglerie réjouissante – grâce, entre autres, à ce troublant David Bowie, la véritable trouvaille de la pièce –, mais aussi une grande douceur. Autant de qualités qui leur permettent d’encapsuler de vastes et parfois graves sujets, tels que la paternité, la dépression, les idées noires et la mort. Et c’est au sein de ce monde miniature créé de toutes pièces qu’ils parviennent à réaliser ce tour de force : tenir la mort à distance – ou, à tout le moins, lui donner un visage acceptable –, permettant ainsi de l’appréhender tout en sublimant l’amour entre un père et sa fille, sans mièvrerie aucune. Chapeau, messieurs.
Igor Hansen-Løve – www.sceneweb.fr
Tadam
Texte Baptiste Toulemonde
Participation à l’écriture Arthur Oudar
Mise en scène Baptiste Toulemonde, Arthur Oudar
Avec Maude Fillon, Arthur Oudar, Baptiste Toulemonde
Création lumières Amélie Géhin
Scénographie et costumes Bertrand Nodet
Création sonore Guillaume Vesin, avec la participation de Morto Mondor
Création plateau et régie Isabelle Derr
Conseiller magie Pedro Miguel Silva
Construction décor Olivier Waterkeyn, Baptiste Pillot (Ad Hoc Studio)
Régie Fanny Boizard en alternance avec Arthur De Clermont, Isabelle Derr, Yorrick Detroy, Candice HanselProduction Cie Renards / Effet Mer
Coproduction Théâtre Varia, Théâtre de Namur, La Coop asbl et Shelter Prod.
Avec l’aide de la Fédération Wallonie Bruxelles – Service du Théâtre, de la Région Occitanie et de la DRAC Occitanie
Avec le soutien du Théâtre de La montagne magique, de Mars-Mons Arts de la Scène, du Théâtre National de la communauté française, du Théâtre Durance, de la Communauté de Communes Sud-Hérault, du Service du Théâtre et de la Drac Occitanie, de taxshelter.be, ING et du Taxshelter du gouvernement fédéral belgeDurée : 1h10
À partir de 9 ansPrésence Pasteur, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
du 4 au 25 juillet 2026, à 9h45 (relâche les 9, 16 et 23)


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