Sceneweb
  • À la une
  • Actu
  • Critiques
    • Coup de coeur
    • A voir
    • Moyen
    • Décevant
  • Interviews
  • Portraits
  • Disciplines
    • Théâtre
    • Danse
    • Opéra
    • Cirque
    • Jeune public
    • Théâtre musical
    • Marionnettes
    • Arts de la rue
    • Humour
  • Festivals
    • Tous les festivals
    • Festival d’Avignon
    • Notre Best OFF
  • Cliquez pour ouvrir le champ de recherche Cliquez pour ouvrir le champ de recherche Rechercher
  • Menu Menu

« Antiwords », à la santé de Václav Havel

À la une, Avignon, Best Off, Rennes, Théâtre
Antiwords de Petr Boháč et Miřenka Čechová
Antiwords de Petr Boháč et Miřenka Čechová

Photo Spitfire Company

Les Tchèques Petr Boháč et Miřenka Čechová présentent l’un des « tubes » de leur Spitfire Company, Antiwords. Formidable duo de masques et de clown où la bière coule à flots, cette adaptation très libre d’un texte de Václav Havel recèle derrière sa légèreté apparente une incitation à la dissidence politique.

Pour le metteur en scène tchèque Petr Boháč, la période soviétique n’appartient pas exclusivement au passé. On le découvrait en 2025 dans le Off du Festival d’Avignon, au Théâtre de la Manufacture, avec The Last of the Soviets, où il orchestrait les témoignages de deux acteurs et de deux danseurs russes vivant à Prague sur l’effondrement de l’Union soviétique. On le retrouve cette année dans le même théâtre avec deux spectacles qui travaillent le même lien entre cette histoire proche et un présent qui en porte encore nettement les traces : Perpetuum Havel et Antiwords. Récent, le premier est une production du Théâtre national de Prague, tandis que le second est l’un, sinon le « tube » de la Spitfire Company que l’artiste co-dirige avec l’autrice, metteuse en scène et performeuse Miřenka Čechová. Bien que créées à plusieurs années d’écart – Antiwords a vu le jour en 2014 et a connu une très large tournée internationale –, ces deux pièces ne s’intéressent pas seulement à un même épisode historique, elles se fondent toutes deux sur l’écriture de Václav Havel, auteur et homme politique tchèque considéré comme un symbole de résistance à l’oppression politique et de défense des libertés. Dans Antiwords comme dans Perpetuum Havel, Petr Boháč use de techniques similaires afin d’atténuer la distance qui nous sépare de sa figure littéraire et politique fétiche : il réduit à presque rien la part des mots au profit de puissantes partitions physiques et visuelles.

De la pièce en un acte intitulée Audience sur laquelle se fondent Petr Boháč et Miřenka Čechová dans Antiwords, il reste avant tout une situation simple : un homme qui aime la bière en invite, ou plutôt en force, un autre qui ne partage pas son goût pour la gueuze à en siffler quelques-unes. S’il est possible de voir dans le réfractaire à la binouze un double de Václav Havel lui-même, les indices pour y parvenir sont beaucoup plus maigres que dans le texte écrit en 1975, pendant la période communiste, où l’écrivain s’est opposé à la dictature en signant, par exemple, la Charte 77 pour le respect des droits humains. Parmi les rares paroles que prononce l’amateur de Pilsner (la bière tchèque la plus populaire), le seul à parler car son convive demeure réfractaire au dialogue autant qu’à la bière, quelques-unes se rattachent à la biographie de Havel. On apprend en effet que l’homme au gosier sec a travaillé dans un théâtre et écrit des pièces – après avoir créé une troupe pendant son service militaire, Václav Havel a développé une écriture théâtrale proche de l’absurde pour ensuite se lancer dans la dissidence politique. Le rapprochement est plus évident encore si l’on sait que l’auteur d’Audience a travaillé comme manœuvre dans une brasserie industrielle en parallèle de son activité politique, qui le fait accéder plus tard à la place de président de la République fédérale tchèque et slovaque entre 1989 et 1992, puis de président de la République tchèque entre 1993 et 2003.

Chez Spitfire Company, réduire texte et intrigue de Václav Havel ne revient pas à les simplifier. C’est leur donner une vie nouvelle, capable de résonner fortement avec le présent. Le langage physique et plastique qu’inventent ici Petr Boháč et Miřenka Čechová fait davantage que combler les silences laissés par la disparition des mots d’Audience, dont il ne reste plus qu’une petite poignée peinant à former des phrases complètes. Par le mariage du clown et du masque, le duo traduit dans un nouveau vocabulaire celui de Václav Havel. Il en ouvre les portes à un public contemporain et international. En alternance avec Jindřiška Čermák Křivánková et Michaela Hradecká, Miřenka Čechová et Eva Stará donnent au spectateur en partie accès à l’élaboration de leur langage en apparaissant à visage découvert avant d’enfiler deux masques dorés géants identiques en tous points qu’elles ne soulèveront ensuite que le temps d’avaler le contenu d’une chope. Loin d’être naturaliste, le registre qu’adoptent ainsi les deux interprètes avant de plonger dans la fiction de Havel est déjà clownesque et absurde. Pour se servir leur premier verre, elles se livrent à un sacré micmac dont on comprend qu’il leur est constitutif, qu’il reflète leur rapport au monde. Le tête-à-tête masqué qui suit peut alors apparaître comme un jeu parmi d’autres de ces créatures qui, comme tout bon clown, appartiennent à toute époque aussi bien qu’à aucune.

Ponctué de pauses pipi qui sont aussi pour les deux interprètes l’occasion de changer de rôle, l’échange laconique et très houblonné de Antiwords est plus proche de la métaphore sur le pouvoir que Audience. De plus en plus amples et vifs, accompagnés d’éclaboussures de mousse sans cesse plus conséquentes, les gestes du patron et ceux presque inexistants de l’écrivain-employé portent une réflexion sur le pouvoir comme chose mouvante, toujours susceptible de changer de mains et de provoquer chez celui qui s’en approche de dangereuses dérives. Le côté Grand-Guignol, presqu’enfantin de la chose, cohabite avec un sérieux qui doit beaucoup au fait que les artistes ne font pas semblant : les Pilsner qu’elles s’envoient à un rythme soutenu sont vraies – dégustation d’un spectateur à l’appui –, ce qui donne à ce singulier numéro de clown masqué une dimension performative. En cela, la Spitfire Company s’approche par son geste de Václav Havel pour qui l’écriture était si politique qu’elle avait un impact direct sur la vie. En République tchèque, cette représentation d’un artiste face à un pouvoir inepte évoque aujourd’hui le mouvement citoyen indépendant qui s’est récemment soulevé contre les dérives autoritaires du gouvernement nationaliste du milliardaire Andrej Babis qui, entre autres fautes, commet celle de minimiser les menaces représentées par la Russie. En France, les coupes budgétaires que connaît aujourd’hui le service public de la culture trouvent aussi un puissant écho dans cette histoire de taverne où un artiste doit se soumettre à un patron pour qui la bière agit comme révélateur d’ineptie. Et nous pourrions hélas continuer ainsi longtemps notre tour des contextes politiques où un Václav Havel et son engagement ont aujourd’hui toute leur place.

Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr

Antiwords
d’après Václav Havel
Adaptation et mise en scène Petr Boháč
Conception Miřenka Čechová
Avec Miřenka Čechová en alternance avec Michaela Hradecká, Eva Stará en alternance avec Jindřiška Čermák Křivánková
Scénographie Paulína Skávová
Création lumière Martin Špetlík
Direction technique Amador Artiga
Musique Sivan Eldar
Régie générale Martin Hůla

Production Spitfire Company
Soutien Ville de Prague, le ministère de la Culture de la République Tchèque, Fondation PPF

Les projets de la Spitfire Company sont soutenus par une subvention pluriannuelle de la ville de Prague.

Durée : 1h40 (trajet en navette compris)

La Manufacture, Château de Saint-Chamand, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
du 5 au 21 juillet 2026, les jours impairs, à 15h55 

Face à la guerre – Dialogues européens, Rennes
les 18 et 19 novembre

10 juillet 2026/par Anaïs Heluin
Partager cette publication
  • Partager sur Facebook
  • Partager sur X
  • Partager sur WhatsApp
  • Partager sur LinkedIn
  • Partager par Mail
  • Lien vers Instagram
Vous aimerez peut-être aussi
Petr Boháč crée Perpetuum Havel « Perpetuum Havel », une cellule de combat
Anne-Marie Lazarini met en scène Audience & Vernissage de Václav Havel
0 réponses

Laisser un commentaire

Rejoindre la discussion?
N’hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Abonnez-vous à notre newsletter

Vérifiez votre boîte de réception ou vos indésirables afin de confirmer votre abonnement.

Dans le moteur de recherche, plus de 22 000 spectacles référencés

Search Search
© Sceneweb | Limbus Studio – création et maintenance de site WordPress
  • L’actualité du spectacle vivant
  • Qui sommes-nous ?
  • Newsletter
  • Politique de confidentialité
  • Signaler un abus
  • Contact
  • Politique de cookies (UE)
Faire défiler vers le haut Faire défiler vers le haut Faire défiler vers le haut