Soir de Première avec Bleuenn Battistoni
Bleuenn Battistoni est nommée « Étoile » du Ballet de l’Opéra national de Paris le 26 mars 2024 à l’issue de la représentation de La Fille mal gardée de Frederick Ashton, dans lequel elle interprète le rôle de Lise. Elle incarnera Gamzatti dans la reprise de La Bayadère de Rudolf Noureev à l’Opéra Bastille.
Avez-vous le trac lors des soirs de première ?
Il y a forcément un peu plus de pression, ressentie par tous les corps de métiers qui présentent le spectacle pour la première fois en scène, mais, comme pour n’importe quel spectacle, j’essaie de gérer ce trac en dédramatisant l’enjeu et en m’appuyant sur le travail qui a été fait en studio.
Comment passez-vous votre journée avant un soir de première ?
Le jour d’une première, je prends mon cours le matin, puis je teste et choisis mes pointes pour le spectacle. Par la suite, j’aime bien rentrer à la maison pour faire une sieste, de la visualisation et me concentrer. Je retourne au théâtre quelques heures avant la représentation pour me faire coiffer, maquiller et m’échauffer. Je distribue mes cadeaux de première, je mets mon costume, et le spectacle commence.
Avez-vous des habitudes avant d’entrer en scène ? Des superstitions ?
Je ne suis pas très superstitieuse, mais je suis très pointilleuse avec mon choix de pointes et leur préparation. Elles sont le prolongement de ma danse et je suis toujours à la recherche de la paire la plus jolie et confortable pour le spectacle. J’ai également l’habitude d’échauffer mon visage tout autant que mon corps pour ne pas avoir de crampes en souriant, ce qui m’est déjà arrivé !
Première fois où vous vous êtes dit « Je veux faire ce métier » ?
Sans doute en scène, même si je n’ai pas de moment précis en tête. J’aime l’assiduité et la routine du travail en studio, mais c’est lorsque j’ai découvert que j’arrivais paradoxalement à mieux dompter ma timidité quand j’allais en scène que dans la vie, que ce métier m’a attirée.
Premier bide ?
Je devais avoir huit ou neuf ans, et nous avions appris en cours de danse une chorégraphie à l’approche des fêtes pour pouvoir chacune improviser un petit spectacle dans le salon. Lorsque je me suis positionnée, avec mon tutu et mon chignon, et que la musique a commencé, j’étais incapable de me souvenir du moindre pas et j’ai fondu en larmes. Ce n’était pas un bide à proprement parler parce que ma famille ne m’a pas huée, mais je l’ai ressenti comme tel, et n’ai plus jamais eu de trou de mémoire en scène !
Première ovation ?
Le premier ballet que j’ai dansé en tant que danseuse professionnelle est Le Lac des cygnes de Rudolf Noureev. Je faisais partie des 24 cygnes et nous étions ovationnées tous les soirs. C’est un ballet très exigeant, des solistes au corps de Ballet, mais c’est aussi l’un des seuls où le corps de Ballet est presque autant applaudi que les étoiles.
Premier fou rire ?
Lors d’une représentation du Lac des cygnes, justement. Alors que j’étais dans le corps de Ballet, une danseuse est tombée assez violemment lors d’une scène mythique avec les 24 cygnes, heureusement sans se blesser. La fatigue aidant, cela nous a tout de même valu un énorme fou rire en scène.
Premières larmes en tant que spectatrice ?
Je crois que c’est en allant voir Roméo et Juliette à l’Opéra Bastille, alors que j’étais encore à l’école de danse. Ce ballet m’a également émue aux larmes lorsque j’ai eu l’occasion de le danser cette saison.
Première mise à nu ?
J’ai eu une sensation de mise à nu au moment de ma nomination en tant qu’« Étoile ». Quand je danse un rôle, j’interprète un personnage et je n’en sors pas vraiment aux saluts. Lorsque j’ai été nommée, ce n’était plus mon personnage qui était applaudi, mais moi-même, en tant que danseuse, et, en plus de toutes les émotions qui m’ont traversé à ce moment-là, j’ai aussi ressenti une forme de timidité.
Première fois sur scène avec une idole ?
Lors d’une représentation de Giselle, j’ai remplacé au pied levé le deuxième acte à la suite d’une blessure de la danseuse principale. Je me suis retrouvée précipitée dans les bras de Mathieu Ganio, l’un des plus grands danseurs étoiles de l’Opéra de Paris, qui m’inspirait déjà lorsque j’avais une dizaine d’années. C’est un souvenir magique.
Première interview ?
Je ne me souviens pas de la première, mais c’est surtout après ma nomination qu’elles se sont multipliées !
Premier coup de cœur ?
La Dame aux Camélias, ballet de John Neumeier, que j’ai vu pour la première fois à la télévision chez mes grands-parents. Il n’a cessé de me faire rêver depuis, et j’ai eu la chance de l’interpréter cette saison, après tant d’années à le regarder.



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