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Soir de Première avec Suliane Brahim

À la une, Paris, Théâtre
Suliane Brahim
Suliane Brahim

Photo Stéphane Lavoué, coll. Comédie-Française

Après des études à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), Suliane Brahim intègre l’Ensatt en 1998. En 2009, elle rejoint la troupe de la Comédie-Française, dont elle devient la 529e sociétaire en 2016. Cette semaine, elle sera Penthésilée, Reine des Amazones, dans la nouvelle production signée Michael Thalheimer au Théâtre du Vieux-Colombier de la Comédie-Française.

Avez-vous le trac lors des soirs de première ?

Toujours. La première, c’est la rencontre avec le public. Ce moment détermine ce que sera finalement le spectacle. C’est toujours surprenant car on ne peut jamais savoir ce qui va se passer réellement. Cette mise en danger que j’aime donne un trac fou en même temps.

Comment passez-vous votre journée avant un soir de première ?

Je suis à la fois très concentrée dès le matin, mais je m’éparpille en courant partout pour trouver mes cadeaux de première. C’est toujours un moment où je pense à mes camarades de jeu tout au long de la journée et au travail accompli pendant les répétitions. Écrire mes mots de première me met dans une sorte d’adrénaline qui n’aide pas du tout pour le trac, mais je ne peux pas faire autrement. À chaque fois, c’est comme ça.

Avez-vous des habitudes avant d’entrer en scène ? Des superstitions ?

C’est différent sur chaque spectacle. Les derniers jours avant la première, je mets en place des gestes, des échauffements, qui vont devenir essentiels à ma concentration le soir de la première. Et je les reproduirai tous les soirs, dans le même ordre.

Première fois où vous vous êtes dit « Je veux faire ce métier » ?

J’ai 14 ans. Je participe à un spectacle professionnel à la Maison de la Culture de Bourges. Je regarde l’actrice qui joue Penthésilée se préparer dans sa loge avant de la voir sur scène. Et sans trop savoir encore que c’est un métier, je suis attirée par tout cela.

Premier bide ?

Une audition pour le théâtre privé avec Robert Hossein pour Antigone. Je monte sur scène et rien. Je suis figée, je ne peux pas dire mon texte. Je dis « merci » et je pars.

Première ovation ?

Au Théâtre de la Bastille en jouant une pièce de Brecht, Jean la Chance. Avec mes camarades, nous avions fabriqué ce spectacle avec trois fois rien. La réception du public a dépassé nos espérances et je garde le souvenir de la joie de notre collectif.

Premier fou rire ?

À la Comédie-Française, dans L’Avare, quand je vois un de mes camarades face à moi se prendre le mur de scène alors qu’on est censé ne rien dire et écouter Harpagon sans broncher.

Premières larmes en tant que spectatrice ?

J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne de Jean-Luc Lagarce, mis en scène par Joël Jouanneau. Je pleure à chaudes larmes, totalement bouleversée par la langue et par le huis clos de ces femmes.

Première mise à nu ?

Quand j’ai joué Juliette dans la mise en scène de Roméo et Juliette d’Éric Ruf. C’est certainement la jeunesse du personnage qui grandit sous nos yeux qui me fait penser à une mise à nu. Quitter l’enfance pour le monde des adultes.

Première fois sur scène avec une idole ?

Je pense à mon premier lever de rideau dans L’Avare à la Comédie-Française. Je ne sais pas encore que Dominique Constanza, qui joue Frosine, va devenir mon idole. Je suis assise à ses côtés sur les marches du décor. Je suis subjuguée par la manière dont elle attrape le public avec elle et par la leçon de jeu d’acteur qu’elle donne. Du grand art. C’était une actrice exceptionnelle.

Première interview ?

Dans mon souvenir, comme ça, je dirais une interview avec Armelle Héliot pour Le Figaro. Je me rappelle un moment partagé dans la cantine de la Comédie-Française, et du plaisir de pouvoir parler de mon amour du théâtre.

Premier coup de cœur ?

Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès, avec Jean-Quentin Châtelain et Claude Degliame, à la Maison de la Culture de Bourges. Je suis complètement fascinée par les personnages, la trame de la pièce, et marquée à jamais par la langue de Koltès.

25 mai 2026/par L'équipe de sceneweb
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