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Le come-back de Georges, le clown fantasque d’Edith Proust

A voir, Les critiques, Paris, Théâtre
Edith Proust crée Les héros ne dorment jamais
Edith Proust crée Les héros ne dorment jamais

Photo Vincent Pontet, coll. Comédie-Française

On le connaît depuis longtemps. Georges est comme un ami lointain et bizarre qu’on a plaisir à retrouver parce qu’il nous désaxe, une créature sortie de nulle part qui traverse les âges et les fictions pour nous confronter à nos ridicules, à nos démons, à nos intuitions. En s’inspirant des romans de chevalerie, Edith Proust plonge son clown dans le grand bain du Moyen Âge et cherche, dans un duo aussi touchant que drôle, où se cache l’héroïsme aujourd’hui, comment s’expriment nos audaces.

Récemment entrée comme pensionnaire dans la troupe de la Comédie-Française (en 2024), Edith Proust s’est déjà illustrée dans des productions d’envergure comme Les Démons, l’adaptation du roman de Dostoïevski par Guy Cassiers, Le Soulier de satin dans la mise en scène d’Éric Ruf, passée par la Cour d’honneur du Festival d’Avignon l’été dernier, et Les Femmes savantes version Emma Dante joué cet hiver au Rond-Point. Qu’elle soit Henriette dans la pièce de Molière ou Doña Musique dans celle de Claudel, c’est, à chaque fois, pure joie de la voir s’emparer des grands textes avec une liberté confondante et donner à chacun de ses rôles un éclat neuf et vivifiant. Mais depuis dix ans maintenant, Edith Proust a comme qui dirait une deuxième vie sur les planches où elle développe une pratique du clown bien à elle. D’abord, il y a eu Le Projet Georges qui vit naître ce clown errant, rêveur et attachant, son aplomb, ses lubies, son goût pour la trivialité et son appétit métaphysique ; puis Romance & Jouissance G, qui prolongeait le geste premier en l’étoffant d’une famille littéraire et picturale, entre Art Brut et tableaux de maître.

Les héros ne dorment jamais s’inscrit dans cette recherche, troisième opus d’une exploration en cours qui fait de Georges un clown de théâtre unique, jamais là où on l’attend, sautant d’une idée à une autre, un brin nymphomane, girouette espiègle et philosophe sans le savoir. D’abord parce que Georges n’est plus seul en scène. Il s’est trouvé un comparse en la personne d’Alain Lenglet, sociétaire de la troupe qu’on ne présente plus, binôme de fiction qu’il entraîne dans ses aventures miniatures. Ensuite parce qu’il a rencontré les romans de chevalerie du Moyen Âge, en l’occurrence Chrétien de Troyes et son Perceval ou le conte du Graal ou encore Yvain ou le chevalier au lion, ce qui ancre son espace mental dans une époque et un contexte. Georges et son acolyte, en armure intégrale, se bercent de récits médiévaux qu’une bande magnétique déroule en voix off. On reconnaît aisément le timbre et le débit de Denis Podalydès, qui pose d’emblée l’environnement romanesque de nos deux héros déchus, touchants et maladroits.

Dans un décor comme une page blanche cerclée de terre, un cadre épuré aux lignes découpées que quelques escargots viennent troubler de leur présence insolite, deux chevaliers cohabitent tant bien que mal. Leur carapace de métal masque corps et visage, encombre leurs gestes et déplacements, favorise une allure brinquebalante et fragile à l’opposé de l’imagerie des preux chevaliers fendant l’air sur leur destrier. Pas de cheval ici ni de tournoi, pas de quête du Graal ni d’amour courtois, mais le quotidien le plus banal de deux héros de pacotille, bras cassés plus pacifistes que guerriers. Ici, on lit le journal, on met la table, on s’aimante et on s’embrasse du bout du nez. Nos clowns se cachent encore et l’habit ne fait pas le moine. Que font les héros quand ils ne sont pas au combat ? Que font les chevaliers quand ils ne se consacrent pas à leurs exploits ? Le spectacle se situe dans cet angle mort, de l’autre côté de la vaillance. Il traque le tremblement, qu’il soit de rire ou de peur, l’ambivalence, et multiplie les références, de Wagner à Thierry la Fronde.

Serait-ce dans son envers que se joue la vraie résistance ? À coups de chants d’oiseaux et de fleur qu’on plante, dans une table dressée, un baiser armuré et la nature qui reprend ses droits ? Car bientôt, nos deux compères cabossés tombent l’armure comme on baisse la garde, révèlent leur visage de lune froissée garnie d’un petit point rouge, à défaut d’un gros nez rond, comme un signal d’alarme. Ils dévoilent alors ce qui était tapi sous la cuirasse, des couleurs, des imprimés, de la fantaisie, un grand cœur. Et c’est là que Georges apparaît, réinventé, flanqué de son copain, comme Don Quichotte et Sancho Panza. Et c’est là que le risque, le vrai, fait d’eux les héros comiques de ce chapitre deux. Se montrer à visage découvert, avancer dans la lumière, les yeux dans les yeux avec le public, oser la rencontre, exprimer tout haut ce qu’on pense tout bas, présenter sa famille, même de dos et sur papier glacé, séduire, être séduit, et se rassurer en se disant que ça va aller même si, on le sait, le néant n’est jamais loin. Parce qu’au bout du chemin, il y a l’espérance, la relève, l’avenir. Et peut-être même l’éternité.

Toujours accompagnée à la dramaturgie par la fidèle Laure Grisinger, Edith Proust poursuit son geste clownesque en l’élargissant à la complicité d’un comédien qu’on n’imaginait pas sur ce terrain. Et pourtant, le duo avec Alain Lenglet fonctionne étonnamment. Dans le grand écart générationnel qu’il propose, le mix masculin-féminin et leur différence de présence, ils forment un couple de théâtre improbable, deux funambules en équilibre sur le versant burlesque et tragique de l’existence. Le rire ici n’est pas un prérequis au genre, car c’est bien plutôt l’irrévérence dont jouit Georges, ses éclats de folie, sa voix qui déraille, passant des graves aux aigus sans transition, le malaise que ce personnage indomptable aime provoquer et cet inconfort délectable suscité qui participent de cette fascination déroutante et de cet entre-deux permanent dans lequel le public oscille joyeusement.

Marie Plantin – www.sceneweb.fr

Les héros ne dorment jamais
Librement inspiré de Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes
Texte Edith Proust, Laure Grisinger, Justine Bachelet
Mise en scène Edith Proust
Avec Alain Lenglet, Edith Proust et les voix de Denis Podalydès, Christian Gonon, Suzanne Duthu Harlez
Dramaturgie Laure Grisinger
Scénographie Hélène Jourdan
Costumes Colombe Lauriot Prévost
Lumières Diane Guérin
Son Vanessa Court
Collaboration artistique Justine Bachelet
Assistanat aux costumes Kali Thommes
Réalisation du décor Ateliers de La Colline – théâtre national
Réalisation des costumes Ateliers de la Comédie-Française
Réalisation des accessoires Marguerite Saugier

La traduction de Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes par Daniel Poirion, et celle de Yvain ou le Chevalier au lion de Chrétien de Troyes par Philippe Walter sont publiées aux Éditions Gallimard. La traduction de l’Histoire des Rois de Bretagne de Geoffroy de Monmouth par Laurence Mathey-Maille est publiée aux Belles Lettres.

Durée : 1h15

Théâtre du Petit Saint-Martin, Paris, dans le cadre de la programmation hors les murs de la Comédie-Française
du 20 mars au 10 mai 2026

23 mars 2026/par Marie Plantin
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