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Le diable au corps de Christine Armanger

À la une, Danse, Paris
de dIAboli de Christine Armanger
de dIAboli de Christine Armanger

Photo Christophe Raynaud de Lage

Après s’être frottée à l’Apocalypse, Christine Armanger interroge la figure du diable de nos jours. Armée d’un robot en forme de chien gouverné par une IA et escortée de deux autres danseuses, la chorégraphe impose une fois de plus sa singularité dans le paysage, ses obsessions iconographiques et thématiques, et son goût pour le rituel performatif en une expérience aussi troublante que fascinante.

Au début était un magma, une masse informe au sol, à six bras, six jambes et trois têtes. Le visage cerné d’une cagoule noire et caché par un bras posé sur le regard. Moulés dans une combinaison noire, les corps sont prolongés par des pieds de bouc. D’abord immobile, le trio se meut bientôt lentement, organique et mystérieux. Les membres se séparent doucement, sur fond de musique sourde et angoissante qui augmente et imprime à l’image sa puissance inquiétante. Puis ce sont trois créatures qui émergent, mi-féminines, mi-animales, mi-futuristes, mi-médiévales. Des chimères comme en charrie l’iconographie sur le diable. Car c’est bien lui, le Malin et tous ses petits noms repoussoirs, lui Satan, et sa polymorphie notoire, qui est le sujet de ce nouveau spectacle signé Christine Armanger, interprète, chorégraphe, travaillant à la croisée des arts, entre la danse, le théâtre et la performance. Après Je vois, venant de la mer, une bête monte qui partait de L’Apocalypse selon Saint-Jean pour expier nos angoisses climatiques, après MMDCD qui embrassait la mort à pleine bouche en une vanité pleine de grâce, après Edmonde et autres Saint(e)s qui traquait le martyre aujourd’hui, Christine Armanger se penche naturellement sur la figure du démon, personnifié dès le début du Moyen-Âge, émanation de nos peurs autant que projection fantasmatique. Et interroge sa forme aujourd’hui.

Ainsi, comme son titre l’annonce et le glisse ironiquement dans sa graphie, de dIAboli intègre dans son processus créatif, et partant, dans sa matrice même, une intelligence artificielle incarnée dans un chien robot qui fait le sel de la seconde partie du spectacle, modifiant, par sa présence, l’atmosphère de la salle. Drôle, déroutante, douée de parole, et donc troublante, cette machine sur pattes devient le miroir du Mal, sa possible réinvention au XXIe siècle. Car si elle trace patiemment une veine identifiable autour du sacré et de ses représentations, Christine Armanger n’en aime pas moins les grands écarts, la friction des contraires ou des lointains vectrice de sens. Son esthétique emprunte au trivial et au sacré, au passé et au présent, à Internet et à la Bible, au grotesque et à la gravité, à l’Histoire de l’Art et à l’imaginaire collectif. Elle se situe à l’intersection de pôles opposés dont le rapprochement ouvre de nouvelles perspectives réflexives et de vastes territoires émotionnels. Sectionnée en deux parties très distinctes, cette nouvelle création oppose l’organicité de son premier volet à la technologie du second, la trinité infernale, offerte et grimaçante, travaillant sur des postures de corps désarçonnantes, entre cambrures lubriques et difformité, torsions, accélérations et décélération, au solo d’un animal de métal, unique en sa présence matérielle, multiple en son for intérieur. Capable de changer de langue comme de voix, de nous mener en bateau avec une savante propension à la manipulation, celui-ci nous interpelle dans une adresse directe inattendue, qui plonge le public dans un état de suspension, tandis que ses déplacements et mouvements intriguent l’auditoire.

Séparé en deux clans tout comme la structure de la pièce est scindée – le diable ne se niche-t-il pas dans la division et la désunion ? –, le public peut choisir de vivre une expérience augmentée du spectacle et être ainsi placé au plus près, dans l’arc de cercle de chaises entourant le plateau, ou bien de face, dans un rapport plus classique qui offre une vue d’ensemble du cérémonial. Car Christine Armanger intègre toujours à son travail un réseau de signes et de symboles que l’on retrouve ici sous la figure du cercle déjà présente dans MMDCD sous la forme d’un petit train sur rails. Son tracé incomplet, matérialisé par un scotch noir, vient célébrer le contraire de la perfection véhiculée par le cercle fermé. Nos défauts, nos tares, nos bassesses et nos faiblesses, nos tentations, nos petits ou gros péchés, nos secrets honteux et notre côté obscur trouvent un écho malaisant dans ce miroir sans fard qu’offre la représentation. Et si la chaise numéro 13 reste vide, ce n’est peut-être pas le fruit du hasard, mais l’écho d’une antique trahison.

Marie Plantin – www.sceneweb.fr

de dIAboli
Conception, chorégraphie, texte Christine Armanger
Avec Christine Armanger, Suzanne Henry, Clémentine Vanlerberghe
Lumières et régie technique Thomas Cany
Développement informatique et régie robotique Martin Tricaud
Regard scénographique et regard costumes Marjolaine Mansot

Production [Compagnie Louve]
Coproduction CCN de Caen (accueil-studio 2024), Paris Réseau Danse (Atelier de Paris / CDCN, L’étoile du nord-scène conventionnée d’intérêt national art et création pour la danse et les écritures contemporaines, micadanses-Paris et Le Regard du Cygne / AMD XXe), micadanses-Paris, Scène de recherche ENS Paris-Saclay, Centre des Arts d’Enghien-les-Bains
Avec le soutien de Chorège CDCN Falaise
Avec l’aide de L’échangeur – CDCN Hauts-de-France (dans le cadre de « Studio Libre »), de la Chartreuse – CNES de Villeneuve-lez-Avignon, de L’étoile du nord

La pièce bénéficie également de l’aide au projet danse de la DRAC Île-de-France et de l’aide à la résidence laboratoire de la Ville de Paris.

Durée : 50 minutes

Vu en février 2026 à l’Atelier de Paris / CDCN, avec le festival Faits d’hiver, dans le cadre du Paris Réseau Danse

Scène de recherche – ENS Paris-Saclay
les 20 et 21 mai

Centre des Arts d’Enghien-les-Bains, dans le cadre du festival Les Bains Numériques
le 29 juin

Agora de la Danse, Montréal (Canada)
les 13 et 14 avril 2027

8 février 2026/par Marie Plantin
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