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Pauline Bureau adapte avec tact le roman d’Adélaïde Bon

A voir, Alençon, Créteil, Dunkerque, Les critiques, Paris, Saint-Brieuc, Sartrouville, Théâtre
Entre parenthèses de Pauline Bureau
Entre parenthèses de Pauline Bureau

Photo Christophe Raynaud de Lage

Librement adaptée de La Petite Fille sur la banquise, le récit brûlant d’Adélaïde Bon publié chez Grasset, la dernière création de Pauline Bureau bouleverse et instruit autant que le livre. Entre parenthèses suit le chemin de réparation d’Alma, une ancienne victime de viol, en parallèle à l’enquête de la brigade des mineurs. Maîtrisé de bout en bout, ce spectacle sous haute tension sur un sujet épineux tient son cap avec panache.

La grande salle de La Colline est rhabillée pour l’occasion. Ou plutôt, imprégnée elle aussi par les projections qui tapissent la scénographie. Comme si les motifs du papier peint de la chambre d’enfant d’Alma débordaient leur écrin géographique et temporel pour coloniser sa vie tout entière ; comme si les ilots de banquise flottante qui représentent l’espace mental de la petite fille devenue grande, de l’enfant devenue maman, faisaient fi du quatrième mur pour venir envelopper notre écoute et notre attention aiguisée et y glisser ce froid qui saisit, ce gel qui paralyse. En adaptant le récit glaçant et captivant d’Adélaïde Bon, qui racontait son chemin de reconstruction après le viol subi à neuf ans par un pédocriminel multirécidiviste de l’Ouest parisien, Pauline Bureau s’attèle à un sujet déflagrateur dans la lignée de ses batailles féministes et préoccupations sociétales, elle qui allie souvent dans un même geste fiction de l’intime et hauteur de vue politique.

Si elle centre son intrigue, comme le livre l’était, sur le parcours psychique de son héroïne, l’autrice et metteuse en scène tisse en parallèle un autre fil conducteur d’égale teneur : le récit de l’enquête policière menée par la brigade des mineurs. Dans cette alternance fluide, documentée, rythmée, on retrouve avec jubilation le sens du dialogue de Pauline Bureau, son goût pour les histoires fortes et surtout, cette façon bien à elle d’empoigner son sujet à bras le corps tout en lui insufflant des bribes d’humour oxygénantes et ce ton espiègle qui irrigue et aère son œuvre. Tout commence par un coup de fil qui va transporter cette jeune femme enceinte face à nous vingt-trois ans en arrière. Alma n’a que neuf ans et, épaulée par sa mère, elle porte plainte pour agression sexuelle par un inconnu dans l’escalier de son immeuble. L’affaire avait été classée, reléguée aux cold cases non résolus, mais voilà qu’elle ressurgit. Une piste s’éclaircit quant à l’identité du violeur présumé. Alma découvre alors qu’elle n’est pas la seule victime et renoue, pour mieux se l’approprier, avec cette bascule traumatique qui teinte encore sa vie. D’avocate en séances de psy, notamment avec la spécialiste des violences sexuelles Muriel Salmona, Alma va ouvrir la boîte noire de ses souvenirs, découvre que les symptômes dont elle souffre – crises de boulimie, hyper vigilance, phobies d’impulsion – sont le fruit d’un stress post-traumatique en lien avec son agression. « Les conséquences normales d’un acte anormal », lui dira la psychiatre, dont les mots pansent et constituent une étape cruciale de la réparation.

Si le spectacle a des vertus documentaires passionnantes, nourri par la précision chirurgicale du roman et une enquête de terrain personnelle, il va sans dire qu’il est également un bouleversement émotionnel progressif. Car il se structure par défrichements successifs, à mesure que l’amnésie post-traumatique rompt ses digues et qu’avance l’investigation policière. La scénographie toute en ouverture et respiration d’Emmanuelle Roy permet, par le déploiement sur un plateau en cinémascope des différents espaces et strates de fiction, une circulation fluide et simple entre les différentes scènes. On passe ainsi du bureau de la brigade des mineurs, où la relation entre les géniales Rébecca Finet et Coraly Zahonero fait des étincelles, au salon d’Alma où ses angoisses la clouent sur son canapé, où s’occuper de son nouveau-né réveille pulsions autodestructrices et état d’anxiété incontrôlé, tandis qu’au centre, surélevée et encastrée dans le décor, une ouverture dessine en perspective les contours d’un lieu modulable, tantôt écran à projections, tantôt cabinet du psy, laboratoire de la police scientifique, machine à café du tribunal, salle de conférence… À l’image du spectacle qui s’en sort haut la main dans la représentation complexe du travail psychique, peu spectaculaire en soi, et de la lame de fond que constituent les conséquences du viol, ce décor plus symbolique que réaliste, fonctionnant par mobilier évocateur et lignes claires, épure de l’ensemble et détails significatifs, permet de naviguer de façon dynamique entre les époques et les composantes narratives. La création vidéo de Clément Debailleul accompagne les différents états de l’héroïne dans leur dimension cauchemardesque, presque hitchcockienne – on pense à Vertigo avec l’image de l’escalier en spirale –, et la distribution remarquable parachève un geste global aussi maîtrisé que déterminé.

Dans le rôle d’Alma, la jeune Héloïse Janjaud est aussi lumineuse que ce que son personnage traverse est éprouvant. Elle incarne une héroïne qui se (dé)bat comme elle peut, mais ne lâche rien jusqu’au procès où elle affronte son agresseur. Le public fait le chemin avec elle et son vécu devient l’affaire de toutes, tandis que, dans le rôle de l’avocate, Céline Milliat-Baumgartner porte avec maestria une plaidoirie aussi implacable qu’émouvante où l’on reconnaît l’écriture directe de Pauline Bureau. Car, si elle aime par-dessus tout raconter des histoires qui embarquent, l’artiste arrime néanmoins sa fiction aux faits, aux chiffres, aux statistiques, pour qu’opère une prise de conscience qui s’appuie sur du concret. Et faire la nique au silence, au tabou, à la honte. Parce que poser des mots sur l’indicible, c’est déjà tenir en joue l’horreur et ne pas laisser gagner l’ennemi en soi bien tapi.

Marie Plantin – www.sceneweb.fr

Entre parenthèses
Texte et mise en scène Pauline Bureau
Librement adapté de La Petite Fille sur la banquise d’Adélaïde Bon
Avec Sabrina Baldassarra, Salomé Benchimol, Maxime Dambrin, Rébecca Finet, Héloïse Janjaud, Sergio Longobardi, Céline Milliat-Baumgartner, Coraly Zahonero de la Comédie-Française
Scénographie et accessoires Emmanuelle Roy
Costumes Alice Touvet
Composition musicale et sonore Victor Belin, Raphaël Aucler
Vidéo Clément Debailleul
Lumières Laurent Schneegans
Collaboration artistique Sabrina Baldassarra
Maquillages et perruques Françoise Chaumayrac
Casting David Bertrand
Accompagnement chorégraphique Caroline Marcadé
Assistanat à la mise en scène Clara Haelters
Cheffe opératrice tournage Florence Levasseur
Fabrication des décors Paradis Décors et les ateliers de La Colline
Fabrication des accessoires les ateliers de La Colline

Production La part des anges
Coproduction La Colline – théâtre national, La Criée – Théâtre National de Marseille Le Bateau Feu – Scène nationale de Dunkerque, Scène nationale 61 – Alençon-Flers-Mortagne

La part des anges est conventionnée par le ministère de la Culture / Drac Normandie et la Région Normandie.

Durée : 2h20

La Colline – théâtre national, Paris
du 27 mars au 19 avril 2026

Scène nationale 61, Alençon
le 28 avril

Maison des Arts de Créteil
les 6 et 7 mai

CENTQUATRE-Paris
du 17 au 22 novembre

La Passerelle, Scène nationale Saint-Brieuc
les 13 et 14 janvier 2027

Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN
les 21 et 22 janvier

Théâtre Roger Barat, Herblay-sur-Seine
le 29 janvier

Théâtre du Beauvaisis, Scène nationale de Beauvais
les 11 et 12 mars

Le Bateau Feu, Scène nationale de Dunkerque
les 18 et 19 mars

30 mars 2026/par Marie Plantin
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