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Woyzeck, contre-enquête

Colmar, Les critiques, Moyen, Mulhouse, Théâtre, Valence
Woyzeck ou la vocation de Tünde Deak à La Comédie de Valence
Woyzeck ou la vocation de Tünde Deak à La Comédie de Valence

Photo Christophe Raynaud de Lage

Après Tünde [tyndε] et Ladilom, la dramaturge et metteuse en scène Tünde Deak poursuit l’exploration de ses racines en cherchant cette fois, avec un charme certain, mais un succès malheureusement limité, la source de son moi artistique.

Tout mordu de théâtre a au fond de son esprit, et peut-être même de son coeur, un spectacle fondateur, un événement dramatique par qui la passion est arrivée, voire grâce à qui une vocation est née. Tünde Deak se souvient précisément du jour où le théâtre a fait irruption dans sa vie jusqu’à en modifier totalement le cours. Le 29 septembre 2001, « par une soirée de fin d’été, douce, quelconque », raconte en guise de préambule la narratrice qui n’est, en réalité, que le double scénique de son autrice, la jeune femme accepte d’accompagner ses parents à la MC93 Bobigny. Ni eux ni elle ne sont des passionnés d’art dramatique, mais le père s’intéresse à tout ce que vient de Hongrie, comme lui. L’institution séquano-dionysienne accueille justement la jeune troupe Krétakör Színház du metteur en scène Árpád Schilling et son spectacle W ou Le Cirque des travailleurs. Pris en étau entre des théories d’Antonin Artaud et des poèmes d’Attila József, s’y déploie le Woyzeck de Georg Büchner, dont la mère de Tünde Deak, en s’appuyant sur des souvenirs de ses années d’études en Allemagne, pense le plus grand bien. « Je suis agacée d’avance par ce spectacle, commente la narratrice, qui se replace dans l’esprit de ses 20 ans, forcément en contre. Je m’attends au pire. Je suis mal à l’aise. L’institution théâtrale, le velours rouge, mes parents, tout ça me met mal à l’aise. » Et pourtant, il ne lui faut pas longtemps pour chavirer. « Dès les premières minutes, le temps s’arrête. Je ne respire plus. En rentrant chez moi, après, je suis muette. Foudroyée. Quelque chose a eu lieu, mais quoi ? » C’est à cette question que Woyzeck ou la vocation entend bien répondre, pour comprendre comment une telle bascule a pu s’opérer.

Car, à première vue, le personnage de Woyzeck n’est pas forcément le genre de beauté d’une jeune femme de 20 ans à l’esprit libre et libéré. Cet écart, Tünde Deak le met d’ailleurs d’entrée de jeu en lumière en commençant, avant même de prendre la parole, par la toute fin de la pièce de Büchner. « Tu entends ? Silence ! Écoute ! », dit une voix ; « Ouh… Oui ! Quel drôle de bruit ! », lui répond une autre ; « C’est l’eau, elle appelle, ça fait longtemps que personne ne s’est noyé. Partons ! C’est pas bon d’entendre ça », reprend la première ; « Ouh… Ça recommence ! Comme un homme qui serait en train de mourir ! », s’inquiète la seconde avant de déguerpir. Cet homme, c’est Woyzeck, qui, aux prises avec sa folie, boit le bouillon dans l’étang voisin en voulant se débarrasser du couteau avec lequel il vient d’assassiner Marie, le seul être qu’il a vraiment aimé. Un féminicide que Tünde Deak place en exergue de son geste artistique pour le rappeler au bon souvenir de tout un chacun, comme s’il fallait l’avoir constamment à l’esprit pour ne pas risquer de s’engager sur de fausses pistes dans l’enquête qui ne va pas tarder à s’ouvrir. Au gré des quelques fragments de scènes de la pièce originelle qu’elle réactive, la narratrice commence par chercher le réceptacle d’une potentielle identification et ausculte un à un les personnages pour voir ce qui aurait pu résonner chez la jeune femme qu’elle était. Du rapport angoissé au temps du capitaine à l’« être humain en métamorphose » décrit par le bonimenteur, en passant par la docilité de Woyzeck et la peur d’Andres, certains éléments, attitudes et autres caractéristiques font bien écho à ce que, étudiante, elle-même a pu traverser, et qu’elle en profite pour reconvoquer, mais rien de suffisamment probant pour être définitif et formel. Alors, Tünde Deak tente de prolonger encore son enquête et passe sur le gril le geste de théâtralisation radical d’Árpád Schilling où pourrait se trouver la clef de sa vocation et de son admiration pour ce Woyzeck-là.

Cette exploration des racines pour comprendre les permanences et les différences, les réplications et les déviations, la dramaturge et metteuse en scène l’avait déjà menée dans Tünde [tyndε], où elle décortiquait le rapport complexe qu’elle entretenait avec son prénom d’origine hongroise, puis dans Ladilom, où elle s’appuyait sur une chanson traditionnelle hongroise pour regarder de plus près sa double culture. Dans l’une comme dans l’autre de ces pièces, et comme elle le fait à nouveau ici, Tünde Deak déployait une poétique du tâtonnement, délicate et sensible, qui, dans un monde toujours friand de réponses, leur préfère les questions et les doutes, les creux et les vides, les suspensions réflexives et les silences pas forcément éloquents. Une démarche artistique sur le fil qui, si elle séduit dans son principe on ne peut plus gracieux et pertinent, n’était, cette fois, pas exempte de certaines fragilités lors des premières représentations de Woyzeck ou la vocation données à La Comédie de Valence. Alors que la présence de Lilla Sárosdi, qui jouait dans le spectacle d’Árpád Schilling et à qui Tünde Deak confie aujourd’hui le rôle de Woyzeck, aurait pu permettre d’approfondir le dialogue avec le fameux spectacle grâce à qui tout est arrivé, l’enquête de la dramaturge tend au contraire, à mesure qu’elle avance, à s’effilocher à force de s’éparpiller. Au lieu de se comporter comme une enquêtrice qui, peu à peu, resserrait les mailles de son tamis pour gagner en précision et en netteté, elle tend à multiplier les entrées, à accumuler des couches qui, progressivement, recouvrent l’objet originel et empêchent de l’effeuiller totalement pour arriver jusqu’à l’os. Malgré le charme de l’univers scénique que l’artiste déploie, notamment lorsqu’elle s’empare de passages de Woyzeck, le dialogue avec l’oeuvre de Büchner s’enferme parfois dans une forme de systématisme dramaturgique qui peine à gagner en souffle et en énergie. Pourtant, comme le prouve l’étonnante scène des barbeaux qui sert de cadre au procès de Woyzeck – esquissé sans avoir lieu dans la pièce d’origine –, la metteuse en scène a, à portée de main, une curiosité singulière qui pourrait, si elle était plus assumée, lui servir d’indomptable carburant. Ne reste, pour cela, qu’à en pousser les feux.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Woyzeck ou la vocation
Texte Tünde Deak, en dialogue avec Woyzeck de Georg Büchner
Mise en scène Tünde Deak
Avec Flora Bernard-Grison, Lucas Bustos Topage, Léopoldine Hummel, Jeanne Lepers, Lilla Sárosdi
Scénographie Marc Lainé, Stephan Zimmerli
Musique Léopoldine HH
Lumière Kelig Lebars
Vidéo Baptiste Klein
Son Mélodie Souquet
Costumes Benjamin Moreau
Masques Judith Dubois, avec les patient·es de LADAPT Le Safran
Images d’archives W ou Le Cirque des travailleurs d’Árpád Schilling / Cie Kretakor

Production La Comédie de Valence, CDN Drôme-Ardèche ; Compagnie Intérieur/Boîte
Coproduction Comédie de Colmar – CDN Grand Est Alsace ; La Filature – Scène nationale de Mulhouse ; Bonlieu Scène Nationale Annecy ; Les Plateaux Sauvages
Avec le soutien de la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes ; Région Auvergne Rhône-Alpes ; DIÈSE# Auvergne-Rhône-Alpes, dispositif d’insertion de l’École de la Comédie de Saint-Étienne ; La Chartreuse – Centre national des écritures du spectacle Villeneuve lez Avignon ; Les Maisons Mainou, résidence d’écriture dramatique et de musique pour la scène ; Sur le Sentier des Lauzes – Résidence d’écriture ; Théâtre de La Bastille, Paris
Avec la participation de l’atelier de construction de La Comédie de Saint-Étienne – CDN

Le texte est publié aux éditions Koïné. Tünde Deak et Stephan Zimmerli sont membres de l’Ensemble artistique de La Comédie de Valence.

Durée : 1h50

Vu en février 2026 à La Comédie de Valence, CDN Drôme-Ardèche

Comédie de Colmar, CDN Grand Est Alsace
du 31 mars au 2 avril

La Filature, Scène nationale de Mulhouse
les 8 et 9 avril

28 février 2026/par Vincent Bouquet
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