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« Comment Nicole a tout pété », le champ de mines de Frédéric Ferrer

A voir, Brest, Evreux, Les critiques, Maubeuge, Nancy, Paris, Théâtre, Villeneuve d'Ascq
Frédéric Ferrer crée Comment Nicole a tout pété au Théâtre du Rond-Point
Frédéric Ferrer crée Comment Nicole a tout pété au Théâtre du Rond-Point

Photo Vincent Beaume

Malgré des dérapages scéniques et un art de la sérendipité plus canalisés qu’à l’accoutumée, le metteur en scène Frédéric Ferrer réussit, en s’inspirant d’un projet minier bien réel envisagé à Échassières, dans l’Allier, à révéler, non sans piquant, mais avec une hauteur de vue certaine, le caractère écologiquement discutable et démocratiquement problématique de telles opérations.

Sans en avoir pleinement conscience, certains spectacles peuvent se révéler d’impeccables baromètres de l’air du temps, surtout lorsqu’ils sont, comme ceux de Frédéric Ferrer, intimement connectés à la marche du monde, et à l’un de ses plus grands enjeux actuels : le changement climatique. En 2010, lorsque l’ancien géographe commence à multiplier ses cycles théâtraux et ajoute, à ses Chroniques du réchauffement, un Atlas de l’anthropocène, bientôt suivi de ses Bordelines Investigations, l’heure est encore à une forme de pédagogie heureuse, à un éveil des consciences plein d’espoir. Europe Écologie Les Verts vient de faire une percée historique aux élections européennes de 2009, l’écologie a le vent en poupe, les conclusions des rapports du Giec, qui alerte déjà depuis de nombreuses années sur les modifications climatiques à venir, commencent à infuser dans les médias et auprès de la population… Le théâtre peut alors servir de joyeux relais, et sensibiliser les spectatrices et les spectateurs avec une bonne dose d’humour et de savant délire, y compris en se servant des négociations des COP, alors substantielles, comme substrat (Kyoto Forever et Kyoto Forever 2) ou en s’interrogeant sur les Vikings (Les Vikings et les satellites), la morue (De la morue) ou le moustique-tigre (Les Déterritorialisations du vecteur) pour envisager des changements de comportement en vue d’un avenir beaucoup plus radieux qu’annoncé par les experts internationaux du climat. Comme si la bataille culturelle sur l’écologie était, en partie du moins, en passe d’être gagnée.

Las, plus de quinze ans plus tard, les temps ont changé. L’écologie est, comme d’autres thèmes progressistes – le féminisme, les droits LGBTQIA+… –, sur le reculoir, victime d’un backlash comme l’histoire des idées n’en connaît que trop. Tout se passe comme si les citoyennes et les citoyens, et leurs gouvernements moutonniers avec eux, avaient remis la tête dans le sable pour mieux renoncer, comme si les défenseurs de l’environnement étaient (re)devenus des empêcheurs de vivre et de « profiter », comme si les comportements peu vertueux des uns pouvaient servir d’excuses viables à l’immobilisme des autres. L’écologie et les artistes qui en ont fait leur cheval de bataille se voient donc plus que jamais contraints de jouer en défense. Pour eux, il ne s’agit plus d’évangéliser – tout le monde connaît aujourd’hui parfaitement les conséquences de la hausse des émissions de CO2 –, ni d’espérer que la catastrophe n’advienne pas – contenir le réchauffement à 1,5°C, qui était l’objectif maximaliste de l’Accord de Paris, est désormais impossible, et sept des neuf limites planétaires sont d’ores et déjà dépassées –, mais d’empêcher que le bébé ne soit emporté avec l’eau du bain, que l’emballement, déjà très net, ne s’accélère encore et que, « foutu pour foutu », tout passe par pertes et profits. Dans son ton, comme dans son contenu, Comment Nicole a tout pété porte les stigmates de cet air nauséabond du temps présent.

Nous voilà donc réunis, en ce soir de janvier, dans la petite commune d’Échapières pour la cinquième des vingt réunions organisées par le double fictif de la Commission nationale du débat public (CNDP) autour d’un projet d’ouverture d’une mine de lithium en France – oui, oui, nous sommes bien en 2026 –, ce fameux métal, si léger, si stratégique, utilisé dans la confection des batteries des smartphones, ordinateurs et autres objets portables, mais, surtout, des véhicules électriques. Présentation PowerPoint à l’appui, son président, Sylvain Perros, souhaite cantonner la discussion au thème du jour, soit « La localisation de la station de chargement » – où transitera le mica qui, plutôt que de prendre la route, utilisera le rail pour rejoindre l’usine chargée d’en extraire le lithium. Entre Montfulon et Clerfont-Merrand, deux sites sont à l’étude : le Vallon de Belleraves ou le lieu-dit du Grand-Fourmin. L’un et l’autre ont leurs avantages et leurs inconvénients que la société Ypérès, porteuse du projet minier qui s’implantera dans la forêt des Ponettes classée Natura 2000, s’empresse le plus possible de minimiser, comme elle ne cesse de noyer les questions des participantes et participants présents dans la salle, par l’entremise de ses trois représentants en doudounes sans manches rouges. Car, évidemment, comme ce fut le cas, à son grand dam, lors de la réunion précédente à Saint-Monnet, Sylvain Perros va voir son « débat » lui échapper, trollé par une série de Nicole – le petit nom du projet minier – climatosceptique, voisine remontée, technicienne échevelée, opérationnel neurasthénique et leurs alliés, qui vont pointer les limites, soulever les dangers, exposer les contradictions et interroger le bien-fondé de l’opération.

Inspiré du projet bien réel d’extraction minière Emili porté par Imerys au niveau d’une carrière de kaolin située à Échassières, dans l’Allier, et déclaré « projet d’intérêt national majeur » en juillet 2024, Comment Nicole a tout pété a l’immense mérite de mettre, à nombre d’endroits, le doigt là où ça fait mal. Si l’art du débordement scénique, pourtant si cher à Frédéric Ferrer, est ici beaucoup plus maîtrisé qu’à l’accoutumée – exception faite de la séance d’hypnose imposée à Nicole Séneau qui la téléporte à la terrifiante époque du Carbonifère –, l’organisation de ce vrai-faux débat pointe l’escroquerie intellectuelle véhiculée par ce type d’autorité institutionnelle où tout semble, malheureusement, verrouillé et joué d’avance, gangréné par une communication d’entreprise qui, des clips promotionnels avec une voix doucereuse à la langue de bois massif, a réponse à tout, et qui n’existe, tel un « machin » de plus, non pas pour entendre réellement les citoyennes et les citoyens, mais pour entériner, en faisant bonne figure démocratique et de préférence le plus vite possible, ce qui a déjà été décidé en haut lieu. Surtout, au gré des questions venues de la salle, cette nouvelle création de Vertical Détour, plus balisée et moins jouissivement digressive que les précédentes, aborde l’ensemble des points problématiques d’un tel projet qui, sur le papier, semble pourtant aller dans le sens de la transition écologique en permettant la fabrication de voitures électriques, et donc la réduction théorique des émissions de CO2 : la pauvre teneur en lithium du mica, le recyclage des batteries, la sur-utilisation de l’eau, la pollution des sols, l’exploitation connexe de minerais de sang, les déchets miniers à entreposer dans des barrages qui peuvent céder – comme celui de Brumadinho, au Brésil, en 2019 – et générer un déferlement de boues toxiques, les menaces pour la biodiversité ou encore la perte de valeur des habitations attenantes aux différents îlots du projet. Même si elles sont moins incroyables – au sens propre – que la plupart des connaissances, toujours véridiques, que Frédéric Ferrer met au centre de ses spectacles, ces dernières n’en restent pas moins capitales pour comprendre, avec, sans doute, un ton plus résigné qu’à l’accoutumée sous l’habituel vernis facétieux, que rien n’est écologiquement envisageable sans sobriété – la production d’électricité grâce aux énergies renouvelables s’ajoutant aujourd’hui simplement à celles émanant des énergies fossiles –, et qu’il est aussi absurde d’utiliser un SUV pour aller acheter une baguette de pain que d’extraire une tonne de mica pour en fabriquer l’unique batterie.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Comment Nicole a tout pété
Conception et mise en scène Frédéric Ferrer
Recherches et écritures Clarice Boyriven, Frédéric Ferrer
Avec Karina Beuthe Orr, Clarice Boyriven en alternance avec Caroline Dubikajtis Patosz, Guarani Feitosa, Frédéric Ferrer, Militza Gorbatchevsky, Hélène Schwartz
Scénographie Margaux Folléa
Costumes Anne Buguet
Construction, régie générale et lumière Paco Galan
Création et dispositif vidéo Laurent Fontaine Czaczkes
Création sonore Clarice Boyriven
Régie son Vincent Bonnet
Assistanat à la mise en scène Caroline Dubikajtis Patosz

Production Vertical Détour
Coproduction Théâtre Durance – Scène nationale de Château-Arnoux-Saint-Auban, Le Quartz – Scène nationale de Brest, La rose des vents – Scène nationale Lille Métropole Villeneuve d’Ascq, ZEF – Scène nationale de Marseille, CCAM – Scène nationale de Vandœuvre-lès-Nancy, La Comète – Scène nationale de Châlons-en-Champagne, Le Manège Maubeuge – Scène nationale transfrontalière, Théâtre La Passerelle – Scène nationale de Gap et des Alpes du Sud, Théâtre de la Manufacture – CDN Nancy Lorraine
Accueils en résidence Maison Folie Wazemmes, Théâtre du Rond-Point, Le Vaisseau – fabrique artistique au Centre de réadaptation de Coubert, Le Quartz – Scène nationale de Brest, Le Manège Maubeuge – Scène nationale transfrontalière, Théâtre Durance – Scène nationale de Château-Arnoux-Saint-Auban

Avec le soutien de la DRAC Île-de-France au titre du Fonds de production, du Département de Seine-et-Marne et de la SPEDIDAM

La compagnie Vertical Détour est conventionnée par le Département de la Seine-et-Marne, la Région Île-de-France et le ministère de la Culture – DRAC Île-de-France. Elle est en résidence au Centre de réadaptation de Coubert – établissement de l’UGECAM Île-de-France.

Durée : 1h40

Théâtre du Rond-Point, Paris
du 21 janvier au 7 février 2026

CCAM, Scène nationale de Vandœuvre-lès-Nancy
du 10 au 12 février

La rose des vents, Scène nationale Lille Métropole – Villeneuve-d’Ascq
du 4 au 6 mars

Le Quartz, Scène nationale de Brest
du 28 au 30 avril

Le Tangram, Scène nationale, Évreux, dans le cadre du festival Les AnthropoScènes
le 30 mai

25 janvier 2026/par Vincent Bouquet
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