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« Siegfried » à l’épreuve d’un monde dénaturé

A voir, Les critiques, Opéra, Paris
Calixto Bieito monte Siegfried de Wagner à l'Opéra de Paris
Calixto Bieito monte Siegfried de Wagner à l'Opéra de Paris

Photo Herwig Prammer

L’Opéra national de Paris présente le troisième volet de sa Tétralogie wagnérienne. Distanciée, la mise en scène de Calixto Bieito tourne parfois à vide, mais profite de l’engagement total de ses interprètes, à commencer par Andreas Schager, inébranlable dans le rôle-titre, dont le chant emporte tout.

Exit les barres d’immeubles en béton armé, les immenses structures métalliques, la jungle de câbles haute technologie dans lesquels les nains comme les dieux s’emberlificotaient dans L’Or du Rhin et La Walkyrie. L’action de Siegfried se situe dans le cadre apparemment plus originel, primitif et apaisé d’une imposante forêt, où les troncs d’arbres et leur profond feuillage se meuvent sens dessus dessous et rappellent la belle scénographie du sauvage Tannhäuser que Calixto Bieito mettait en scène il y a déjà fort longtemps. En réalité, ce milieu naturel ne demeure pas moins hostile et menaçant, ce qui confirme et renforce la ligne post-apocalyptique qui suit la lecture du Ring. L’œuvre colossale de Wagner est délibérément placée dans un monde dénaturé, déshumanisé. À la fin de La Walkyrie, un poison chimique s’est répandu pour provoquer un cataclysme qui a fait muter l’environnement. Pour preuve, la présence de trois zombies aux corps malingres et distordus hante par instants le spectacle.

Au cœur de l’intrigue, la lutte sans merci pour la conquête de l’anneau maudit donne tout le loisir au metteur en scène d’extraire jusqu’à la caricature ce qu’il y a de plus noir, de plus crasseux, chez les personnages. Ainsi, le Mime malsain de Gerhard Siegel, vil manipulateur de l’innocent Siegfried, se présente irréprochablement vêtu d’un costume cravate, couvert de médailles au col et de bagouses aux doigts, mais tire de la valise cabine qui ne le quitte jamais le matériel nécessaire pour se piquer à la seringue et avaler des pilules dopantes. D’ailleurs, il se fait un bon trip sous drogue pendant que son fils adoptif tente frénétiquement d’aiguiser son épée. Notung n’est ici pas reforgée et les coups de marteau semblent surgir comme des poussées de fièvre dans l’esprit de son détenteur agité. L’affreux Alberich n’a pas meilleur traitement. Brian Mulligan exhibe sans complexe hargne et laideur lorsqu’il aide une femme à accoucher et lui kidnappe son bébé qu’il fourre dans un sac de congélation. Le metteur en scène aimant faire se télescoper les temporalités, l’épisode peut se lire doublement : s’il est un écho au passé, il s’offre comme la réminiscence de la naissance douloureuse de Siegfried, dont la mère est morte juste après l’avoir enfanté ; s’il est une anticipation de la suite, le nourrisson annonce l’arrivée du rival Hagen dans Le Crépuscule des Dieux.

L’intense énergie du sauvageon Siegfried est ostensiblement montrée même en prenant le parti de tourner en dérision ses aventures les plus épiques – le combat contre le dragon Fafner, très bon Mika Kares, devenu une sorte de mascotte juchée sur un pied de grue mobile – ou féeriques – la rencontre merveilleuse avec l’oiseau, Ilanah Lobel-Torres, relayée jusqu’à sa dernière note en coulisses, mais qui prend finalement son envol en combinaison et lunettes de soleil jaune flashy de wonder woman. Rien n’empêche l’intrépide et téméraire Siegfried de courir, sauter, partout et dans tous les sens, se tenir en équilibre sur une portière de voiture comme s’il était sur une planche de skate, déchirer ses vêtements pour s’improviser une tenue commando vite maculée de pâte verdâtre, puis de sang vermeil. Son intrépide juvénilité semble avoir positivement contaminé la fosse qui démarre sourde, caverneuse et feutrée, puis avance crescendo en trouvant une nouvelle ardeur bienvenue juste entachée de quelques dérapages des cuivres. La direction de Pablo Heras-Casado porte toujours un soin privilégié à la nuance, mais sait aussi se montrer plus éruptive. C’est avec une grâce tout aérienne que se font entendre les frémissements de la nature. À l’inverse, plusieurs passages se jouent sous très haute tension, et notamment l’ouverture superlative du troisième acte.

Côté chant, la puissance domine sans heurter la musicalité. Dans le rôle de Wotan, qui apparait sous l’identité d’un voyageur anonyme dans la pièce, Derek Welton fait montre d’une superbe prestance, physique et vocale. La virilité animale qu’il arbore n’atténue pas la vulnérabilité du personnage. Succédant à Iain Paterson, aphone et inaudible dans L’Or du Rhin, et Christopher Maltman, somptueusement tragique dans La Walkyrie, le baryton-basse propose une incarnation qui fait pleinement autorité. À plus de cinquante ans, le ténor autrichien Andreas Schager a déjà un paquet de Ring au compteur. Il retrouve le rôle de Siegfried dans lequel il demeure indépassable. L’éclat et le volume d’aigus solides comme le métal sont stupéfiants, et s’imposent comme le symbole d’une phénoménale santé vocale. Tamara Wilson n’est pas en reste dans le grand duo lyrique final. Capable de passer de l’extrême douceur à la force tonitruante, elle confirme la pertinence de sa Brünnhilde aussi fine que vaillante. Habituellement prisonnière du feu, la fille punie de Wotan est ici retrouvée étonnamment congelée, en hibernation. Inutile de dire que les deux chanteurs ont brisé (littéralement et métaphoriquement) la glace.

Christophe Candoni – www.sceneweb.fr

Siegfried
de Richard Wagner
Direction musicale Pablo Heras-Casado
Mise en scène Calixto Bieito
Avec Andreas Schager, Gerhard Siegel, Derek Welton, Brian Mulligan, Mika Kares, Marie-Nicole Lemieux, Tamara Wilson, Ilanah Lobel-Torres
Orchestre de l’Opéra national de Paris
Décors Rebecca Ringst
Costumes Ingo Krügler
Lumières Michael Bauer
Vidéo Sarah Derendinger
Dramaturgie Bettina Auer

Durée : 5h10 (entractes compris)

Opéra Bastille, Paris
du 17 au 31 janvier 2026

22 janvier 2026/par Christophe Candoni
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