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« À mots doux » : Thomas Quillardet dans la peau d’un fan

Blois, Cherbourg, Jeune public, Les critiques, Moyen, Paris, Théâtre
À mots doux de Thomas Quillardet
À mots doux de Thomas Quillardet

Photo Pascale Cholette

Le metteur en scène Thomas Quillardet imagine les tribulations confinées d’un pré-adolescent adorateur de Mylène Farmer, mais accouche d’un ensemble un peu trop sage et terne, qui peine, sur la longueur, à approfondir le traitement de son sujet.

Sylvain est un pré-adolescent aux occupations bien de son âge qui, au lieu de profiter du grand air ou de sa famille, passe le plus clair de son temps calfeutré dans sa chambre, vautré sur son lit douillet, lové dans ses draps Snoopy. Là où les enfants d’aujourd’hui en profiteraient pour remonter leur fil TikTok ou Instagram, discuter avec leurs copines et leurs copains sur Snapchat, regarder des vidéos de Squeezie, Michou ou Lena Situations, ou jouer, plus classiquement, aux jeux vidéo – mais peut-être est-ce passé de mode –, Sylvain ne cesse d’écrire, avec son baladeur sur les oreilles. Tandis que son père, qui l’interpelle (évidemment) trop souvent à son goût, pense qu’il est en train d’étudier, le garçonnet ne fait, en réalité, que recopier les paroles des chansons qu’il écoute religieusement. Cette musique n’est pas celle de Soprano, ni celle de JuL, Louane, Gims ou Dua Lipa, mais celle de… Mylène Farmer – ce qui donne une petite indication sur l’époque où Sylvain se situe. Le jeune homme n’est pas un simple amateur de la chanteuse aux plus de 30 millions de disques vendus depuis les années 1980, il en est un fan absolu, le fan numéro 1, pense-t-il sans doute comme tous les fans. Sa passion pour « Mylène » est à ce point intense qu’elle colonise tous les moments de sa vie. À l’école, durant une dictée ou une leçon de mathématiques, au tennis, où il se fait tancer par son coach, et surtout à la maison, où il snobe un couple d’amis de son père qu’il aime pourtant bien, Sylvain n’a d’yeux que pour la chanteuse à laquelle il consacre tout son temps et toute son énergie.

Car, entre les quatre murs de son cocon adolescent, le garçon se rêve en grand. Avec une bande de joyeux drilles tout droit sortis de ses songes, il s’imagine membre de la garde rapprochée de « Mylène », de celles et ceux – et ils ne doivent pas être nombreuses et nombreux – capables de souffler à l’oreille de la chanteuse. Armée d’une guitare électrique et d’un synthé, la petite bande tricote les airs et imagine les paroles – parfois édulcorées – de quelques-uns de ses tubes, comme Libertine, Sans contrefaçon, Je t’aime mélancolie ou Désanchantée. Tout en fredonnant California, Regrets ou C’est une belle journée, ils transforment la chambre de Sylvain en laboratoire polymorphe. Tour à tour cabine d’enregistrement, studio de répétitions chorégraphique, coulisses d’un stade en délire ou scène en bonne et due forme, l’espace leur sert de base arrière pour imaginer les chansons, les chorégraphies et les concerts, toujours traversés d’idées spectaculaires, à l’image des robots-danseurs de la tournée « Timeless 2013 », de la star, qui se révèle omniprésente en dépit de son absence. L’entreprise ne pourrait être qu’un doux jeu inoffensif, comme les enfants en produisent tant pour s’occuper, si, peu à peu, il ne coupait pas Sylvain de la réalité. Car, comme tout fan absolu, le garçonnet se montre obsessionnel et, progressivement, délaisse tout ce qui ne touche pas de près ou de loin à « Mylène », y compris l’école où il semble en difficulté.

À travers ce À mots doux – un titre extrait de Sans contrefaçon et de ses paroles : « Puisqu’il faut choisir / À mots doux, je peux le dire » – qu’il adresse à tous les publics à partir de 12 ans, Thomas Quillardet traduit ce que c’est que « d’être fan » – pour reprendre les mots du grand poète Pascal Obispo – et aborde, par la bande plutôt que frontalement, la face claire et la face sombre d’une telle obsession. Passion qui peut servir de moteur à l’existence, capable de transcender, à l’image de la musique elle-même, et plus globalement de tout art, un réel un peu trop terne, l’admiration pour un artiste peut aussi devenir, comme dans le cas de Sylvain, dangereusement dévorante. A fortiori lorsqu’elle touche un enfant ou un adolescent encore en construction, cette vénération peut conduire à une forme d’isolement par rapport à la « vraie vie », réduire à la potion congrue les relations avec le monde extérieur, et notamment avec la famille et les amis, mettre en péril la réussite professionnelle ou scolaire, mais aussi éveiller un double sentiment déceptif : par rapport à la réalité qui, en dehors de l’idolâtrie, n’a plus beaucoup de saveur, et par rapport à l’idole lui-même, qui n’est, relation asymétrique oblige, jamais aussi proche que le fan le souhaiterait, générant chez lui une forme de solitude. Toutes les facettes de cette relation potentiellement « toxique », Thomas Quillardet les effleure plus qu’il ne les décortique. Un peu trop, sans doute.

Car, à la longue, et malgré l’engagement de Morgan Balla, Thomas Blanchard, Anna Jouan, Guillaume Laloux, Titouan Lechevalier et Josué Ndofusu, aussi à l’aise sur Rêver que sur XXL, le metteur en scène semble lui-même prisonnier du huis clos trop sage qu’il instaure. Tandis que, nonobstant la belle et duveteuse scénographie textile tout en poils et/ou en cheveux de Marie Odin, le cadre de la chambre apparaît un peu trop terne – sans posters, ni photos, ni goodies, pourtant légion dans la galaxie Farmer – et l’ambiance insuffisamment enlevée et glitter, Thomas Quillardet peine à faire vivre, et évoluer, sa situation de départ, à profiter pleinement de l’univers, pourtant riche, de « Mylène », et se contente d’enchaîner, sous tous les angles – la musique, les paroles, la danse, les concerts… –, les moments de création qui, s’ils diffèrent dans leur objet, n’en deviennent pas moins redondants. Dès lors, son exploration de la vie de fan, elle-même très peu en prise avec le monde, échoue à prendre de l’ampleur dramaturgique et à gagner en profondeur. À trop vouloir rester neutre par rapport à son sujet, à ne pas choisir entre la sublimation et la condamnation – et, en définitive, à ne faire ni l’un ni l’autre au lieu d’enchevêtrer les deux –, le metteur en scène reste dans un entre-deux un peu tiède qui, sans être tout à fait déplaisant, ne reflète en rien l’extrémité des sentiments éprouvés par les adorateurs, et nous laisse sur notre faim.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

À mots doux
Texte et mise en scène Thomas Quillardet
Collaboratrice artistique Titiane Barthel
Avec Morgan Balla, Thomas Blanchard, Anna Jouan, Guillaume Laloux, Titouan Lechevalier, Josué Ndofusu
Création musicale Morgan Balla, Anna Jouan
Scénographie Lisa Navarro
Scénographie textile Marie Odin
Construction décor Atelier de la MC2: Grenoble Scène nationale, Atelier décor du TNP Lyon
Costumes Benjamin Moreau
Costumière Aude Bretagne
Création lumières Kelig Le Bars
Régie lumières Boris Pijetlovic en alternance avec Lauriane Duvignaud
Chorégraphie Max Fossati
Création et régie son Nicolas Hadot
Régie générale Titouan Lechevalier en alternance avec Nicolas Barrot
Stagiaire assistante mise en scène Barbara de Castro da Luz Moreira
Stagiaire scénographie Daphé Carette
Stagiaire costumes Zoé Gaillard

Production 8 AVRIL
Coproduction MC2 : Grenoble – Scène nationale, Le Trident – Scène nationale de Cherbourg-en-Cotentin, Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines – Scène nationale, La Halle aux Grains – Scène nationale de Blois, Châteauvallon – Liberté Scène nationale
Accueils en résidence Théâtre Jacques Carat – Cachan, L’Avant Seine – Théâtre de Colombes, Théâtre du Rond-Point – Paris, Théâtre de Châtillon, MC2 : Grenoble – Scène nationale
Soutiens DRAC Île-de-France, Région Île-de-France
Avec l’aide à la création en fonctionnement de la Région Île-de-France

8 AVRIL est conventionnée par la DRAC Île-de-France – ministère de la Culture.

Durée : 1h20
À partir de 12 ans

Vu en novembre 2025 à L’Avant Seine – Théâtre de Colombes

Le Trident, Scène nationale de Cherbourg-en-Cotentin
du 9 au 12 décembre

La Halle aux Grains, Scène nationale de Blois
le 30 janvier 2026

Théâtre du Rond-Pont, Paris
du 11 au 22 février

11 novembre 2025/par Vincent Bouquet
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