« While My Guitar Gently Weeps » : ça tourne rond
Le metteur en scène Renaud Cojo réunit une dizaine de chanteurs francophones, dont Barbara Carlotti, Emily Loizeau et Lescop, pour célébrer le disque, la jeunesse et la liberté. Touchant.
Il y a quelque chose, dans la disposition des corps et la distribution de la parole, qui évoque une réunion des alcooliques anonymes. Sept personnes, assises en arc de cercle et à une distance respectable les unes des autres, s’apprêtent à prendre le micro, chacune à leur tour, pour dévoiler une part de leur intimité. Comment ils en sont arrivés là ? Pourquoi, au contact de cette chose si difficile à nommer, ils se sont sentis mieux ? De quelle façon ils lui ont consacré leur vie ? Au centre du dispositif, il n’y a aucun modérateur, mais une platine vinyle. L’addiction n’a rien d’une tare : on est ici pour célébrer ses vertus émancipatrices, car il ne s’agit pas d’alcool, mais de musique. Enfin, ces sept personnes réunies ne sont pas anonymes, puisqu’il est question de Françoiz Breut, Jil Caplan, Barbara Carlotti, Bastien Lallemant, Lescop, Emily Loizeau et Fredrika Stahl – manquaient à l’appel, ce mardi 9 décembre, J.P. Nataf et Mathias Malzieu. Une génération (ou deux) de chanteurs-compositeurs francophones, marqués par la musique anglo-saxonne, celle des seventies et des eighties (surtout).
Dix minutes pour raconter un morceau. Le morceau qui a changé leur vie. Citons-en quelques-uns. A Forest des Cure pour Bastien Lallemant, qui a eu la bonne idée de troquer sa collection d’étiquettes de bouteilles de vin contre des albums de new-wave, avec son pote, dans la brume dijonnaise ; Art-I-Ficial des X-Ray Spex pour Françoiz Breut, qui tombe raide dingue du punk londonien grâce au « Ferry-Boat », vendu sur les ondes par Jane Birkin ; The Crystal Ship des Doors pour Lescop, qui, avec Jim Morrison, se remet d’une relation amoureuse (laquelle n’aura jamais vraiment commencé, d’ailleurs) à La Rochelle, cette ville au bord de l’Atlantique, ce port « qui fait que ses habitants se sentent forcément un peu Américains ». La parole est brute. En partie écrite, et donc légèrement improvisée, joliment fragile. Tout du long, Mocke Depret accompagne les artistes avec sa Fender Jazzmaster. Après, elles et ils passent le disque, un vinyle qui craque et que l’on écoute à plein volume, avec ses basses qui bavent et ses aigus qui distordent. Le titre est joué du début à la fin. L’intéressé·e se déhanche, replonge dans ses souvenirs et son corps d’alors. On invoque. On se recueille. On profite.
Plus tard, il y aura un concert. Chacun chantera sa chanson pour célébrer cette musique plus grande que la somme de ses morceaux ; si riche, si vivante, si complexe, mais déjà dépassée, déjà, en quelque sorte, fossilisée. Renaud Cojo, qui réunit et met en scène tout ce beau monde, avait testé ce dispositif en 2019 dans un projet participatif intitulé Passion disque/3300 Tours. Des individus y révélaient leur relation avec le disque qu’ils emporteraient sur une île déserte. Le plaisir, cette fois, consiste à découvrir ces artistes désacraliser leur métier, renouer avec leur enfance et leur anonymat, et, par la même occasion, avec leur public.
Igor Hansen-Løve — www.sceneweb.fr
While My Guitar Gently Weeps
Conception et mise en scène Renaud Cojo
Direction musicale Mocke Depret
Avec Françoiz Breut, Jil Caplan, Barbara Carlotti, Bastien Lallemant, Lescop, Emily Loizeau, Mathias Malzieu, J.P Nataf, Fredrika Stahl
Backing Band Zacharie Boisseau, Mocke Depret, Valérie Leclercq, Astrid Radigue
Ingénieur du son Stéphane Teynié
Création lumières Fabrice Barbotin
Scénographie Philippe Casaban Éric CharbeauProduction Ouvre le chien ; La Route Productions
Coproduction O.A.R.A ; TAP — Scène Nationale du Grand Poitiers ; Fondoc (Occitanie)
Résidences de création Les Bains-Douches — Lignières ; La Sirène — La Rochelle ; Théâtre Silvia Monfort — Paris
Avec le soutien de La Sirène — La Rochelle et du Théâtre Silvia MonfortDurée : 3h (entracte compris)
Vu en décembre 2025 à La Sirène, SMAC de la Rochelle
Théâtre Molière, Sète — Scène nationale Archipel de Thau
le 11 décembreThéâtre + Cinéma, Scène nationale du Grand Narbonne
le 12 décembreTAP — Scène nationale du Grand Poitiers
le 15 janvier 2026Le Rocher de Palmer, Cenon
le 16 janvierLe Parvis, Scène nationale Tarbes-Pyrénées
le 17 janvierScène nationale du Sud-Aquitain, Boucau
le 18 janvierLes Quinconces et L’Espal, Scène nationale du Mans
le 20 marsL’Embarcadère, Saint-Sébastien-sur-Loire
le 31 mars



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