Avec Vivarium, la compagnie La Vouivre propose un spectacle de danse envoûtant, à la lisière de la chorégraphie et des arts numériques.
Voici une création à mille lieues des clichés du Off d’Avignon, loin de l’image d’Épinal du comédien au visage enfariné, engoncé dans son épais costume en velours et déclamant du Molière en plein burn-out – des stéréotypes qui ont la peau dure, pour de plus ou moins bonnes raisons. D’ailleurs, il n’est pas question de théâtre ici, mais d’« une pièce chorégraphique dans un paysage augmenté ». C’est ainsi que la compagnie La Vouivre définit ce Vivarium, trahissant au passage sa jeunesse et un tropisme certain pour le modernisme sibyllin – vous vous verrez remettre un QR code à la sortie pour « prolonger l’expérience »… En clair : c’est un spectacle de danse à la croisée des arts numériques et plastiques, extrêmement bien fichu et particulièrement jouissif pour les sens. Une véritable aubaine en ces temps de canicule – la climatisation de la salle y est pour quelque chose, certes, mais le voyage visuel fait le reste. Cette performance nous propulse dans des contrées tantôt désertes, tantôt sauvages, pour un résultat franchement bluffant.
Tout commence par l’apparition d’une silhouette sur un plateau plongé dans le noir. D’épaisses nappes de sons synthétiques s’échappent des enceintes et enveloppent la salle. Deux points lumineux balaient le fond de scène, de gauche à droite, puis le noir redevient total. Seule sur les planches, Bérengère Fournier arbore un costume de ninja doté d’une cagoule et d’un masque qui dissimulent les traits de son visage. L’effet devient réellement saisissant lorsqu’elle réapparaît au gré des projecteurs : toujours parfaitement statique, elle trouble notre perception par un jeu de persistance rétinienne qui rend sa présence presque évanescente. Nous voilà projetés dans un monde fait d’ellipses et de répétitions, sculpté par la lumière. On se croirait dans une bande dessinée futuriste, quelque part au Japon, dans une station de métro ou sur une base militaire désaffectée. Portée par une musique entêtante, cette étrange modernité happe et hypnotise. On pense à Blade Runner.
Puis survient un second basculement, totalement inattendu. Le décor se métamorphose en une incroyable forêt tropicale, confinée en fond de scène derrière une vitre imaginaire. Un vivarium, justement. On y entend le bruissement des oiseaux et le chant des grenouilles tapies dans le feuillage. La vie invisible grouille de partout, mais notre héroïne est toujours seule. Exit l’allure de guerrière futuriste et place à une femme nue qui fait corps avec son environnement. À l’état sauvage, elle se meut dans ce décor édénique et se cherche. Le temps a retrouvé sa fluidité, et c’est un soulagement. Des effets de lumière projetés sur sa peau lui donnent l’apparence d’un être fluorescent aux pouvoirs magiques. On pense à Avatar, mais on s’accommode volontiers de ce léger kitsch. Elle pratique alors ses premiers rituels. La voilà coiffée d’une couronne primitive, telle une chamane des temps anciens. Sa danse devient liturgique. Des tableaux comme celui-ci, il y en aura d’autres, mais il serait bien dommage de tous les divulgâcher, car ces effets de rupture et de basculement permanent font précisément la réussite du spectacle. Il ne reste plus qu’à féliciter les artistes, dont le savoir-faire déborde largement les frontières de l’art théâtral traditionnel. À commencer par Samuel Faccioli et Bérengère Fournier, magistrale dans son rôle de « première femme du monde ».
Igor Hansen-Løve – www.sceneweb.fr
Vivarium
Conception et chorégraphie Bérengère Fournier, Samuel Faccioli
Avec Bérengère Fournier
Conception lumière et technologies créatives Jéronimo Roe, Jeff Desboeufs
Conception numérique Adrien Mondot
Musique Julien Lepreux
Régie générale Laurent Bazire
Régie lumière Laurent Bazire, Elise Lebargy
Régie vidéo et réseau Antoine Tubau/Florent Revol & Samuel Faccioli
Costume La Vouivre
Conception et réalisation de la coiffe Manon SuratProduction La Vouivre
Coproduction Le Théâtre des Collines / Ville d’Annecy ; Le Thâtre de Cusset – Scène conventionnée Art et Création ; LUX, scène nationale de Valence
Soutiens et accueils en résidence Boom’Structur – CDCN en préfiguration à Clermont-Ferrand ; Le Thâtre de Cusset – Scène conventionnée Art et Création ; Le Théâtre des Collines / Ville d’Annecy ; Le Toboggan à Décines-Charpieu ; Théâtre de l’Arsenal à Val de Reuil – Scène conventionnée d’intérêt national « art et création pour la danse » ; Centre des arts d’Enghien-les-Bains, Scène conventionnée Arts et Création ; La Coloc’ de la Culture / Ville de Cournond’Auvergne, Scène conventionnée d’intérêt national – art, enfance, jeunesseLa Vouivre est conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication / Drac Auvergne Rhône-Alpes et bénéficie du label régional « Compagnie Auvergne Rhône Alpes ».
Durée : 50 minutes
La Scierie, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
du 6 au 19 juillet 2026, à 11h30 (relâche les 8 et 15)





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