L’Observatoire des politiques culturelles a dévoilé aux Biennales internationales du spectacle (BIS) de Nantes les premières contributions de son livre blanc de la décentralisation culturelle, rédigées par plusieurs associations et fédérations d’élu·es, de collectivités territoriales et de professionnel·les, dans un contexte de grande fragilisation politique et budgétaire de l’action publique de la culture. Le chantier de l’organisation territoriale des politiques culturelles est de nouveau ouvert.
La décentralisation en France remonte à 150 ans ! Eh oui, tout n’a pas débuté avec Malraux à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, ou avec les lois Defferre, en 1982, comme l’a rappelé le sociologue Emmanuel Wallon. « L’attribution de la clause de compétence générale d’abord aux départements date de la loi de 1871 et ensuite aux municipalités par la loi de 1884. Et concernant le théâtre, c’est en parlant du spectacle vivant que le mot décentralisation est apparu dans le vocabulaire de nos parlementaires dans les années 1880 et 1890, sous la IIIe République. »
La grande aventure du théâtre public telle qu’on la connait aujourd’hui a bien débuté au lendemain de la guerre 1939-1945, sous l’impulsion de Jeanne Laurent, haute fonctionnaire à l’Éducation nationale. Elle a créé entre 1947 et 1952 les cinq premiers Centres dramatiques nationaux ; puis, « les lois de 1982 ont été essentielles, poursuit Emmanuel Wallon. Mais attention : attaquer l’édifice qui s’est bâti si patiemment, c’est bien évidemment prendre le risque de mettre à bas la construction de la décentralisation elle-même ».
En 2026, le spectacle vivant est au pied du mur. « Ces dilemmes de la décentralisation culturelle ne sont pas nouveaux, explique Vincent Guillon, codirecteur de l’Observatoire des politiques culturelles. Ils sont même très anciens. Mais ils sont remis en jeu aujourd’hui de manière particulièrement pressante par la grande fragilisation actuelle des politiques culturelles sur un plan politique et budgétaire. » Ce nouveau livre de blanc de la décentralisation, avec les contributions d’une quarantaine d’associations d’élu·es, de collectivités territoriales, de syndicats et d’organisations professionnelles, doit permettre de « préparer les prochaines échéances électorales et nourrir le dialogue avec l’État et les parlementaires ».
Il faut maintenir un dialogue qui parfois a été rompu unilatéralement par le monde politique, comme l’a souligné Sandrine Mini, directrice du Théâtre Molière Sète, Scène nationale Archipel de Thau, représentant le SYNDEAC. « Le dialogue est en panne entre les acteurs politiques et l’ensemble du monde de la culture. » Elle a pu le constater lorsque le président du Conseil départemental de l’Hérault a décidé seul, en 2024, de couper toutes les subventions à la culture, sans consulter les élus. « Idem pour Toulouse Métropole. Aujourd’hui, La Place de la Danse CDCN Toulouse Occitanie n’a plus de lieu pour exercer ses activités. Il y a une rupture du pacte de confiance. »
Alors, quelles solutions ? « Il faut capitaliser sur les leçons de l’expérience et s’appuyer sur les réalisations », suggère Emmanuel Wallon. Pourquoi pas la création d’un Conseil national des territoires pour la culture « qui disposerait réellement de moyens pour mettre en œuvre cette décentralisation » ? L’Observatoire des politiques culturelles préconise « une remise à plat des modalités de partenariat public, d’exercice des compétences des collectivités et de construction des choix budgétaires dans la culture ». Le débat est ouvert, et va continuer à se nourrir dans les prochains mois.




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