Au Théâtre du Petit Saint-Martin, Paul Pascot livre une adaptation partielle du roman à succès de son célèbre frère Panayotis, portée avec aisance et doigté par Vassili Schneider.
Au jeu des 7 familles culturelles, on connaissait le fameux « fils de », la méprisée « femme de », la rare « fille de » et le plus récent « mari de ». Il faudra désormais compter avec le « frère de », en l’occurrence celui de Panayotis Pascot, Paul, qui sort de l’ombre à l’occasion de l’adaptation théâtrale du roman de son cadet, La prochaine fois que tu mordras la poussière, au Théâtre du Petit Saint-Martin. En regard de la trajectoire de son frère qui, dès son plus jeune âge, s’est construit une carrière sous le feu des projecteurs, des plateaux des émissions Le Petit Journal et Quotidien aux scènes de Bobino, de l’Européen et même de l’Olympia, où il a joué son seul en scène Presque devant des parterres fournis, Paul Pascot a plutôt cheminé de manière discrète, alternant les rôles en tant que comédien – notamment sous la direction d’Anne-Laure Liégeois – et les projets de mise en scène. C’est pourtant à lui que Panayotis Pascot a fait appel pour adapter son premier livre à succès – avec plus de 200 000 exemplaires vendus à ce jour –, comme si, au-delà du coup de pouce fraternel, il pouvait apporter un supplément d’âme et, qui sait, un autre regard sur cette histoire qui est aussi un peu la sienne.
Car si, dans cet ouvrage à forte teneur autobiographique, Panayotis Pascot parle avant tout de lui-même, de son passage complexe à l’âge adulte, de la découverte progressive et de l’acceptation de son homosexualité, de ses amours chéris ou déçus, de cette intense mélancolie qui alimente sa dépression, l’écrivain évoque également la figure de son père, tel un fantôme omniprésent qui émerge à intervalles réguliers dans ses confessions. Tandis que ce dernier lui annonce qu’une maladie grave menace de l’emporter, le jeune homme en profite pour dresser un bilan, parfois en forme de réquisitoire, sur la relation qu’il entretient avec lui, et examine ce qui a pu, au fil des années, et parfois dès l’enfance, les unir, et surtout les désunir. Des souvenirs exhumés d’un lointain passé aux visites plus contemporaines, du bol de lait qu’il le forçait à boire aux pharaoniques décorations de Noël qu’il était contraint d’installer avec lui, des enthousiasmantes virées à Paris aux soirées en tête-à-tête beaucoup plus silencieuses, Panoyatis Pascot dessine, au long d’une construction fragmentaire, le portrait en clair-obscur d’un homme qui, à force de ne pas avoir su exprimer ses sentiments, a abîmé le lien avec ceux qu’il aimait.
Et c’est bien à cette facette de La prochaine fois que tu mordras la poussière que Paul Pascot s’attache avant toute autre dans son adaptation partielle. Alors que, dans le roman, cette relation complexe au père apparaît plutôt en toile de fond et les thèmes de l’amour, de l’homosexualité et de la dépression au premier plan, le metteur en scène opère une forme de renversement et fait du patriarche la figure centrale autour de laquelle tout gravite, et de laquelle tout procède. S’offre alors un enchaînement de scènes, telle une sélection de plusieurs fragments du livre, qui, de proche en proche, et de façon assez littérale par rapport au substrat d’origine, explore le paysage relationnel père-fils, et tente, comme le dit joliment Paul Pascot dans sa brève note d’intention, de « comprendre le ‘je’ dans le ‘il’, le ‘lui’ dans le ‘moi’ et le ‘je’ dans le ‘tu’ ». À ceci près que, sans totalement démériter, cette composition tend, au lieu de les transcender, à révéler certaines faiblesses de base du roman, à commencer par son manque d’universalité et de réflexivité. Surtout, en la privant presque totalement des propos, beaucoup plus forts, sur l’acceptation de l’homosexualité et les ravages de la dépression, le metteur en scène ne lui permet pas de bénéficier de la puissance que ces trois éléments, par leur interpénétration, peuvent générer.
Malgré tout, la performance de Vassili Schneider donne à ce (quasi) seul en scène de belles couleurs et un joli relief. Pour sa première fois au théâtre, l’acteur vu notamment dans Les Amandiers de Valeria Bruni-Tedeschi, et plus récemment dans Monte Cristo d’Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, étonne par son aisance et sa façon de manier, avec doigté, les pleins et les déliés de la personnalité de son personnage. Des multiples visages de Panayotis Pascot, tout à la fois procureur et animal blessé, intransigeant et en proie au doute, en colère et déçu, il se sert comme d’un tremplin pour empêcher le spectacle de basculer dans une forme de monotonie. On peut alors s’interroger sur la pertinence de la présence de Yann Pradal, qui, face à lui, campe un père-spectateur, assis dans le public, au rôle bien tenu, mais trop effacé, voire contre-productif dans sa manière de donner un visage unique à cette figure littéraire ; tout comme on peut regretter que, de l’inutile décor d’hôpital aux lumières appuyées, en passant par l’insistante création sonore, la mise en scène de Paul Pascot soit un peu trop démonstrative, et tende à faire perdre au spectacle en souplesse et en sincérité ce qu’il gagne en théâtralité.
Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr
La prochaine fois que tu mordras la poussière
d’après le roman de Panayotis Pascot
Adaptation et mise en scène Paul Pascot
Avec Vassili Schneider, Yann Pradal
Assistante à la mise en scène Marguerite De Hillerin
Scénographie Christian Geschvindermann
Lumières Dominique Borrini
Création sonore Léo Nivot
Costumes Clément Desoutter
Regard chorégraphique Shanti MougetCoproduction Compagnie Bon-qu’à-ça
L’adaptation théâtrale de La prochaine fois que tu mordras la poussière est publiée aux Éditions Stock.
Durée : 1h30
Théâtre du Petit Saint-Martin, Paris
du 4 novembre 2024 au 8 mars 2025
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