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« Un chat botté » sacrément bien mené

Coup de coeur, Jeune public, Les critiques, Paris, Théâtre
Un chat botté de Marie Piemontese et Florent Trochel
Un chat botté de Marie Piemontese et Florent Trochel

Photo Philippe Savoir

Collaborant depuis 2018 pour créer des spectacles ou des pièces avec orchestre, Marie Piemontese et Florent Trochel co-écrivent et mettent en scène Un chat botté. Une version décoiffante et joyeuse qui reprend certains des motifs les plus connus du conte et l’enrichit d’autres, l’ancrant ce faisant avec intelligence dans des enjeux plus contemporains.

Parmi les contes de fées de Charles Perrault qui participent à la postérité de l’auteur, le Chat botté figure en bonne place. Publié en 1697, inspiré d’une nouvelle de Giovanni Francesco Straparola (précurseur du conte de fées littéraire en Europe) et paru au mitan du XVIe siècle, ce récit est l’un des tout premiers écrits en prose par Perrault. Et, comme tout bon conte, cette histoire n’a eu de cesse d’être reprise, de connaître d’autres versions en Europe et au Maghreb. Dans Un chat botté, l’autrice, comédienne et metteuse en scène Marie Piemontese et l’auteur, réalisateur et metteur en scène Florent Trochel signent une réactualisation aussi joyeuse que vivifiante. Et Marie Piemontese, comme la comédienne Anne Rotger, ayant travaillé longtemps avec Joël Pommerat, leur travail est coloré de la même vivacité et savoureuse intelligence que celui du metteur en scène et auteur (féru de contes également). Si l’histoire d’un benjamin d’une fratrie de trois héritant à la mort de leur père du « bien » le moins intéressant, à savoir d’un chat – qui va l’aider à accéder à la réussite sociale et à acquérir richesse et amour – demeure, d’autres éléments sont modifiés ou ajoutés. Outre la double identité de chat-fée, présente dans la version originelle de Straparola, le conte met l’accent par petites touches sur la bêtise du fils, et, entre autres, sur le peu de considération des humains pour les animaux.

L’ensemble se déplie dans une scénographie intégralement rouge, qu’il s’agisse des cages à oiseaux de diverses tailles situées à jardin en fond de scène ou à cour à l’avant-scène, du pupitre et du tabouret (qui sera occupé par le musicien Eric Slabiak) sis à l’avant-scène à jardin, ou du tapis rouge dessinant un chemin du fond de scène vers l’avant à cour. Rouges, pour partie également, les costumes des interprètes, vêtus tous les trois de tenues unies ou arborant des carreaux rockabilly – qui seront troqués, pour l’un des personnages, contre des sequins roses, tout aussi glossy. La maîtrise et l’harmonie esthétiques se prolongent dans le jeu et les évolutions des interprètes au plateau. Tandis que le violoniste Eric Slabiak soutient de ses compositions l’ensemble de l’histoire, Anne Rotger endosse le rôle de ce chat aussi futé que sage dans sa vision du monde et n’ayant pas la langue dans sa poche. Ferdinand Niquet Rioux (qui joue en alternance avec François Deblock), lui, incarne Benjamin (prénom du… benjamin héritant du chat) et Monsieur Rage, l’ogre qui se verra croquer par le félin pour permettre à son maître de récupérer tous ses biens. L’histoire, dans ses grandes lignes, on la connaît. Mais elle prend, dans cette réécriture, des chemins plus actuels, des attentions plus contemporaines. Outre, on l’a dit, la critique de l’anthropocentrisme des humains et le taclage régulier du bien peu de cas que fait Benjamin – comme le reste de ses congénères – des animaux, le conte critique ouvertement la cupidité, la soif de pouvoir, la question de la valeur et souligne l’importance de la sensibilité et de la poésie.

Aussi salvatrice que tonique, la réactualisation s’ancre dans une langue vivante et énergique, preste et fantaisiste. Alternant entre récit direct et indirect, le conte est relaté en alternance par Benjamin et le chat – ce dernier menant largement le récit, tout comme il mène la danse côté intrigues. Si le duo d’acteurs est impeccable, Anne Rotger excelle particulièrement à porter ce ton mordant à l’ironie tranchante, à passer d’un ton taquin à l’impertinence malicieuse. L’interprétation au cordeau épouse au plus juste la richesse d’une écriture offrant différents niveaux de lecture – et d’humour – selon les âges. Le décentrement proposé face à des humains volontiers stupides, parfois cupides ou intéressés se déplie avec drôlerie, en tournant en dérision plutôt qu’en faisant benoîtement la morale. Dans cette esthétique rock et colorée, le chat nous appelle avec humour et pertinence à croire aux puissances de l’imaginaire, de la poésie, et à la possibilité de changer.

caroline châtelet – www.sceneweb.fr

Un chat botté
Texte et mise en scène Marie Piemontese, Florent Trochel
Avec Anne Rotger, François Deblock en alternance avec Ferdinand Niquet-Rioux
Violon, création musique et son Eric Slabiak
Création lumière et scénographie Florent Trochel

Production Hana San Studio
Coproduction le Collectif Scènes 77, Les Passerelles à Pontault-Combault, le Théâtre Luxembourg à Meaux, La Courée à Collégien, La Sucrerie à Coulommiers, La Marge à Lieusaint, L’Envolée à Val Briard, le Théâtre de Chelles, Pas Trop Loing de la Seine, La Ferme Corsange à Bailly-Romainvilliers, L’Entre-Deux à Lésigny, l’Espace Lino Ventura à Torcy, L’Atalante à Mitry-Mory, la Ville de Melun, les Services Culturels de Villenoy et de Nemours, La Maison de la Radio
Soutiens Région Ile-de-France, Département de Seine-et-Marne, Spedidam, SACEM, Théâtre Luxembourg de Meaux, La Marge à Lieusaint, Théâtre Les Passerelles – Scène de Paris-Val de Marne

Durée : 55 minutes
À partir de 6 ans

Théâtre Dunois, Paris
du 19 au 24 février 2026

Salle Jacques Brel, Champs-sur-Marne
le 7 mai

Le 360, Paris
le 2 juin

Parc Floral de Paris
le 15 juillet

23 février 2026/par Caroline Chatelet
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