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Les larmes lumineuses de Roderick George

A voir, Danse, Les critiques, Reims
The Grave's Tears de Roderick George
The Grave's Tears de Roderick George

Photo Vincent VDH

Le chorégraphe et danseur américain Roderick George présente sa dernière création, The Grave’s Tears, en ouverture du festival Born to be a live au Manège, Scène nationale de Reims. Une ode crépusculaire à la vie, au cœur de l’épidémie de SIDA dans le New York des années 1980.

Des cendres éparpillées au sol tranchent sur le linoléum blanc faiblement éclairé du plateau. Sur la voix langoureuse de Diana Ross, un groupe de sept interprètes chaloupent sous les éclats d’une boule à facettes. Le chorégraphe Roderick George, formé à la prestigieuse Alvin Ailey School de New York, et son collectif kNoname Artist nous plongent ainsi dans l’effervescence des pistes de danse des clubs queers des années 1980, lieux de fête, de luttes et d’émancipation. « Last dance, last chance for love », chante Donna Summer. Car, dans le même temps, l’épidémie de SIDA entame ses ravages.

Dans le sillage du chorégraphe Alvin Ailey, danse et militantisme sont intimement liés au sein du collectif, qui retraçait déjà dans Venom, créé l’année dernière, le traumatisme des années SIDA, à plus forte raison sur les corps des personnes queers et racisées. On retrouve dans cette forme augmentée commandée par le Manège et rallongée de 20 minutes, les mêmes cendres qui recouvrent le plateau et la même inquiétude prégnante mêlée de sensualité. Car les déhanchés discos sur fond de rythmes boogies, que le groupe entonne d’un seul bloc, tranchent avec les mines graves que les interprètes affichent, tout comme avec les maillots lâches et ternes qu’ils endossent, sorte de reliques de chemises d’hôpital qui auraient traversé le temps.

Petit à petit, la lumière du dancefloor se fait de plus en plus crue et les boîtes à rythmes laissent place au piano inquiétant du compositeur afro-américain queer Julius Eastman. Le groupe se scinde alors progressivement, ici un avant-bras sort du rythme, là un pied n’est plus à sa place. Les genoux se mettent à trembler, les déplacements se précipitent, glissent, l’équilibre devient précaire. Et puis, certains corps lâchent, que le groupe tente de soutenir. Des rondes se créent pour rattraper ceux dont le mouvement ne semble plus que guidé par la douleur, les portés se font chutes. Cette lutte contre la maladie est accompagnée des extraits sonores issus du documentaire How to Survive a Plague, réalisé par David France en 2012, dans lequel le réalisateur revient sur les premières années de l’épidémie de SIDA aux États-Unis. On y entend les voix des malades déboussolés face à l’absence de traitement, des médecins débordés par la situation, des militants du groupe Act Up qui organisent la mobilisation contre l’inaction du gouvernement. Le tout est complété par la lecture d’un texte d’Alok Vaid-Menon, écrivain et performeur américain.

Mais la lumière n’est jamais vraiment loin. Tandis qu’une horde de spectres voûtés évoluent dans la pénombre, que des cadavres tirés laissent des sillons glaçants dans les cendres, des pas de deux émergent, bouleversants de tendresse, entre des corps qui tentent de s’aimer malgré la peur et la mort. Tandis que certains gisent, parfois nus, d’autres trouvent encore la force de se mouvoir, comme semble le prouver le solo final magistral d’Aram Hasler. Dans un langage chorégraphique qui emprunte au classique pour mieux le réinventer, la proposition bénéficie d’une narration hyper efficace, qui, bien qu’évidente, n’en reste pas moins touchante. Les lumières sculpturales de Tanja Rühl et la technicité de haute volée des interprètes achèvent de sublimer la proposition.

Fanny Imbert – www.sceneweb.fr

The Grave’s Tears
Directeur artistique, chorégraphe et danseur Roderick George
Avec Conal Francis-Martin, Roderick George, Aram Hasler, Matthew Johnson, Dominic Santia, Matthew Spangler, Jian Hui Wang
Musique Jace Clayton
Création lumière Tanja Rühl
Associé à la création lumière Connor Sale
Conception des costumes Lauren Carmen
Répétiteurs Daniel Harder, Dominic Santia
Direction technique, régie générale et lumières Connor Sale

Production kNoname Artist, en collaboration avec Pomegranate Arts
Coproduction Manège, Scène nationale – Reims
Avec le soutien du National Performance Network Creation & Development Fund
Accueil en résidence La Villette – Paris ; Manège, Scène nationale – Reims

La première version de cette production a été commandée par le Gibney Center dans le cadre du programme DoublePlus pour la saison 2023-2024, sous le commissariat du directeur artistique du Gibney Center, Nigel Campbell, et de Kyle Abraham.

The Grave’s Tears a été développé dans le cadre du programme William P. Rayner Artist-in-Residence de la Guild Hall, avec le soutien de New York Live Arts, du Williams College, du Schwarzman Center de l’Université de Yale et de Pomegranate Arts.

En tant que finaliste pour le National Dance Project New England Foundation for the Arts Grant, kNoname Artist – Roderick George a reçu une aide supplémentaire de la Doris Duke Foundation et de la Mellon Foundation pour The Grave’s Tears afin de répondre aux besoins continus en matière de durabilité et d’accompagnement des compagnies aux USA.

Durée : 1h

Vu en novembre 2025 au Manège, Scène nationale de Reims

ACB, Scène nationale de Bar-le-Duc
le 6 novembre

New York Live Arts (États-Unis)
du 12 au 14 février 2026

Williams College, Williamstown (États-Unis)
le 17 février

GuildHall, New York (États-Unis)
durant le printemps 2026

5 novembre 2025/par Fanny Imbert
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