Créateur de machines autonomes mais décroissantes et inventeur d’un cirque d’un genre nouveau, Johann Le Guillerm recrée le magnifique Terces au Festival d’Avignon. Un spectacle qui l’accompagne depuis plus de 20 ans.
À celles et ceux qui se sentent dépassés par les nouvelles technologies, dépossédés de leur rôle dans la société et de leur avenir dans le monde par les IA génératives et leurs progrès exponentiels, Johann Le Guillerm pourrait bien s’imposer comme le Messie – l’antithèse absolue aux ChatGPT, Gemini et Claude de ce monde. Terces, la pièce que le circassien-inventeur fou présente au Festival d’Avignon, s’inscrit en effet de façon réjouissante contre toutes les notions de progrès, d’efficacité et de profitabilité. En vérité, son travail l’a toujours été. Johann Le Guillerm, rappelons-le, est bien l’inventeur du Tractochiche, un véhicule « mécano-durable » qui fonctionne comme un moteur à explosion – à ceci près que l’inénarrable escogriffe a remplacé le combustible habituel par des pois chiches qui, en s’humidifiant, actionnent des pistons, une alternative idéale aux énergies fossiles et au lithium, en somme, puisque cela fonctionne… très lentement, certes (à une vitesse de 40 centimètres par jour). Étrangement, à ce jour, aucune start-up n’a encore investi dans le Tractochiche.
Terces est un spectacle sans cesse remis sur le métier, qui accompagne l’artiste depuis sa création en 2003. S’il se déploie sous un chapiteau, son auteur préfère ne pas le qualifier de spectacle de cirque, puisqu’il ne comporte aucun numéro de jonglage ou d’acrobatie – et encore moins de clown. Il s’agit plutôt de l’exposition de phénomènes rares et de machines qui s’activent toutes seules, ou sous la légère impulsion de leur inventeur démiurgique. Il faut le voir, Johann Le Guillerm… On dirait un personnage tout droit sorti d’une bande dessinée steampunk, avec sa svelte silhouette, son crâne rasé – à l’exception d’une longue bande de cheveux gris, au centre –, son drôle de pantalon qui s’ouvre comme une fleur au niveau de son nombril, et cette grande bouche qui détonne avec les traits de son visage émacié, d’où pointe une touche d’espièglerie et d’autodérision.
Ainsi le découvre-t-on sur scène, alors qu’il tente de faire voler un avion en papier – « dresser un avion en papier », dit-il plus poétiquement dans sa note d’intention –, comme un prélude à d’autres inventions autrement plus singulières. L’engin se montre un tantinet récalcitrant – à cause de la chaleur ou de l’humidité, allez savoir… L’artiste s’y reprend à plusieurs reprises, toujours rien… Et c’est précisément cela qui séduit et amuse. Qu’il s’agisse de ses machines autonomes se déplaçant grâce à un système de balancier d’eau, ou de ces roues lui apportant des livres en vue d’une construction qu’il chevauchera bientôt, celles-ci semblent toutes avoir leur vie propre, obéissantes, mais parfois imprévisibles, comme des animaux caractériels. Quelque part, Johann Le Guillerm est à ses inventions ce que Bartabas est à ses chevaux : un dresseur dont la beauté du geste réside justement dans l’interaction. Il y a aussi ces structures faites de plastique ou de bois qui tiennent toutes seules et se déplient sans vis ni clous, créant une multitude de formes inattendues, scintillant parfois grâce à des LED.
Les décrire toutes reviendrait à divulgâcher le spectacle, où chaque nouveau numéro est une surprise. Il reste donc à caractériser cette étrange poésie, comme une ode à la lenteur, à l’inutilité, à l’humilité, à la multiplicité des points de vue, ou encore à la frontière poreuse entre le mécanique et l’organique… Rarement un artiste aura paru à ce point à contre-courant de son époque. Mais peut-être qu’un jour – prenons-en le pari – nous serons tous et toutes forcés de nous inspirer de Johann Le Guillerm et de ses étranges machines.
Igor Hansen-Løve – www.sceneweb.fr
Terces
Conception, mise en piste et interprétation Johann Le Guillerm
Musique Alexandre Piques
Lumière Hervé Gary
Costumes Paul Andriamanana Rasoamiaramanana assisté de Mathilde Giraudeau
Régie générale Alizé Barnoud
Régie piste Marion Bottaro, Paul-Émile Perreau, Anastasia Saltet
Régie lumière Lucien Yakoubsohn
Constructeurs Silvain Ohl, Jean-Marc BernardProduction Cirque ici – Johann Le Guillerm
Coproduction Plateforme 2 Pôles Cirque en Normandie – La Brèche (Cherbourg) et le Cirque-Théâtre d’Elbeuf, Agora Centre culturel PNC Boulazac Aquitaine, Le Channel Scène nationale de Calais, Le Volcan Scène nationale du Havre, Théâtre-Sénart Scène nationale, Scène nationale de l’Essonne Agora-Desnos (Évry-Courcouronnes), Théâtre de Corbeil-Essonnes Grand Paris Sud, Le Carré Magique PNC en Bretagne (Lannion), Cirque Jules Verne Pôle national cirque et arts de la rue (Amiens), Archaos PNC Méditerranée (Marseille), Pôle régional cirque Le Mans, Les Quinconces-L’Espal, Scène nationale (Le Mans), Tandem Scène nationale (Douai), Les 2 Scènes Scène nationale de Besançon.
Coréalisation Festival Villeneuve en Scène, Festival d’Avignon
Soutien L’Onda – Office national de diffusion artistique, pour l’audiodescription.
Résidences La Brèche Pôle national des arts du cirque en Normandie (Cherbourg), Jardin d’Agronomie tropicale (Paris), La Fonderie (Le Mans), L’Agora Pôle national cirque Boulazac Aquitaine, Le Channel Scène nationale de Calais, Cirque-Théâtre d’Elbeuf Pôle national des arts du cirque en Normandie.
Résidence de recherche Cirque ici – Johann Le Guillerm est accueilli par la Ville de Paris en résidence de recherche au Jardin d’Agronomie tropicale (Direction des Affaires culturelles et Direction des Espaces verts et de l’Environnement) et il est membre de la Cité du développement durable.
Soutiens institutionnels Cirque ici – Johann Le Guillerm est soutenu par le ministère de la Culture (DGCA et Drac Île-de-France), le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (Institut français), le Conseil régional d’Île-de-France, la Ville de Paris et l’Institut français / Ville de ParisDurée : 1h30
Festival Villeneuve en Scène, dans le cadre du Festival d’Avignon
du 8 au 20 juillet 2026, à 22h (relâche les 11, 15 et 18)





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