Le Ballet de l’Opéra de Paris mise sur l’éclectisme en traversant les styles, plutôt éloignés, de Trisha Brown, David Dawson et Imre et Marne van Opstal. Intitulé Constrates, ce programme avec deux entrées au répertoire et une création reste toutefois en demi-teinte.
Contrastes. La soirée dédiée aux esthétiques contemporaines au Palais Garnier porte bien son nom. En quatre pièces, le Ballet de l’Opéra de Paris traverse la gestuelle épurée de Trisha Brown, figure de proue de la danse postmoderne, le néo-classique puissant du Britannique David Dawson et le contemporain sombre des Néerlandais Imre et Marne van Opstal. Deux entrées au répertoire et une création composent ce programme un peu inégal.
L’ambiance onirique de O złożony / O composite ouvre la soirée. Comme suspendu dans la voie lactée, grâce à la teinture étoilée de Vija Celmins, le trio Marine Ganio, Antoine Kirscher et Andrea Sarri embrassent les géométries épurées de l’Américaine Trisha Brown. La musique étrange de Laurie Anderson, où se pose doucement des mots en polonais, crée un cadre intimiste pour une chorégraphie (en apparence) non virtuose où se mêlent vocabulaire classique et pas postmodernes. Bras écartés et mains tendues, formant des pointes, déplient des lignes droites et rigides, qui contrastent avec la souplesse des rotations des hanches, qui permettent impulsions, balancés et petits sauts. Les trois interprètes en costumes blancs angéliques – débardeur et pantalon pour les danseurs, jupe transparente pour la danseuse – dévoilent une danse très contrôlée et soignée, gommant l’élan, le rebond et le relâché qui caractérisent le style Trisha Brown. Il en est de même pour If you couldn’t see me, solo qui entre au répertoire et interprété par l’étoile Hannah O’Neill (en alternance avec Germain Louvet, Letizia Galloni et Victoire Anquetil). O’Neill approche la chorégraphie Brown avec sérénité et grâce, laissant le temps de contempler les lignes des jambes arabesques et les courbes de son dos. Elle devient une sculpture vivante, fascinante, au port altier et à la délicatesse irréelle, loin des rebonds et relâchés de la version de Brown.
Plus terre à terre, le néo-classique éruptif d’Anima Animus de David Dawson – qui entre aussi au répertoire – tranche avec cette première partie en suspens. En justaucorps blancs et noirs, dix danseurs du ballet sont lancés dans un tourbillon sur les violons d’Ezio Bosso. Les gestes étirés au maximum révèlent une technique classique virtuose et énergique, où les doigts et bras étirés, les positions attitude derrière très hautes et les regards qui accrochent le public évoquent le style George Balanchine. Grands jetés, portés acrobatiques – proches du final du film Dirty Dancing ou des figures de cheerleaders – et courses effrénées créent un ensemble galvanisant. Ce jeu de chassé-croisé, aussi technique que ludique, repose aussi sur l’expressivité entraînante des interprètes – Elizabeth Partington, sujet, et Hohyun Kang, première danseuse, n’ont rien a envier aux étoiles présentes à leurs côtés. La danse ample de William Forsythe, chorégraphe américain avec lequel David Dawson a œuvré au Ballet de Francfort, n’est pas si loin.
La soirée se clôt sur Drift wood, création pour le Ballet des jeunes chorégraphes en vogue Imre et Marne van Opstal. Cette pièce pour treize danseurs se révèle dans une ambiance sombre, où explose une danse expressive et viscérale, proche du style des Israéliens Ohad Naharin et Hofesh Shechter. Devant des murs en béton et une toile de forêt sombre, façon peinture romantique, les danseurs, en habits de ville râpés, nous plongent dans ce qui pourrait être un film d’époque des années 1940. La musique grinçante d’Amos Ben-Tal accompagne des unissons exaltés et soli fulgurants – Baptiste Beniere y livre une interprétation captivante – qui impressionnent. Émotions fortes, véhémence et quête d’émancipation jaillissent pêle-mêle dans cet écrin théâtral, qui fait écho par endroits à la patte de Pina Bausch, comme à celle de Sharon Eyal, lorsqu’un groupe de danseuses en justaucorps beige se tiennent face au public, sur demi-pointe. L’ensemble, assez confus, reste cohérent grâce à sa chorégraphie qui combine éclectisme gestuel (acrobaties, sauts carpés et style contemporain fluide) et énergie homogène, bien portée par les interprètes du Ballet.
Belinda Mathieu – www.sceneweb.fr
Contrastes
O złożony / O composite
Chorégraphie Trisha Brown
Musique Laurie Anderson
Avec Dorothée Gilbert en alternance avec Marine Ganio, Lillian Di Piazza et Héloïse Bourdon, Marc Moreau en alternance avec Antoine Kirscher, Daniel Stokes et Isaac Lopes Gomes, Guillaume Diop en alternance avec Andrea Sarri, Axel Ibot, et Micah Gabriel Levine
Décors Vija Celmins
Lumières Jennifer Tipton
Costumes Elizabeth CannonIf you couldn’t see me
Chorégraphie Trisha Brown
Musique, décors, costumes et lumières Robert Rauschenberg
Avec Hannah O’Neill en alternance avec Germain Louvet, Letizia Galloni, Victoire AnquetilAnima Animus
Chorégraphie David Dawson
Musique Ezio Bosso
Avec Valentine Colasante en alternance avec Hannah O’Neill et Hohyun Kang, Bleuenn Battistoni en alternance avec Léonore Baulac et Inès McIntosh, Paul Marque en alternance avec Guillaume Diop, et Lorenzo Lelli, Germain Louvet en alternance avec Enzo Saugar et Jack Gasztowtt, Marc Moreau en alternance avec Nicola Di Vico et Keita Bellali, Andrea Sarri en alternance avec Shale Wagman et Naïs Duboscq, Silvia Saint-Martin en alternance avec Elizabeth Partington et Diane Adellach, Hohyun Kang en alternance avec Luna Peigné et Hortense Millet-Maurin, Bianca Scudamore en alternance avec Nine Seropian et Apolline Anquetil, Clara Mousseigne en alternance avec Luciana Sagioro et Antoine Kirscher
Décors John Otto
Costumes Yumiko Takeshima
Lumières James F. IngallsDrift wood
Chorégraphie et décors Imre van Opstal, Marne van Opstal
Musique Amos Ben-Tal
Avec Clémence Gross, Mickaël Lafon, Caroline Osmont, Ida Viikinkoski, Seohoo Yun, Yvon Demol, Loup Marcault-Derouard, Jennifer Visocchi, Adèle Belem, Takeru Coste, Marion Gautier de Charnacé, Baptiste Beniere, Éric Pinto Cata
Music et Sound design Salvador Breed
Décors et lumières Tom Visser
Costumes ALAINPAULDurée : 2h20 (entractes compris)
Opéra de Paris, Palais Garnier
du 1er au 31 décembre 2025




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