Pour le Ballet de l’Opéra de Lyon, la chorégraphe Sharon Eyal recrée House, dont les ensembles captivants mêlent danse expressionniste, post-modern dance et rave techno.
Immanquable. Sharon Eyal l’est devenue ces dernières années. Depuis les années 2010, elle multiplie les collaborations avec de grands ballets européens (Staatstheater Mainz, GöteborgsOperans Danskompani, le Ballet de l’Opéra de Paris ou encore le Ballet du Rhin) et est devenue omniprésente sur les grandes scènes françaises. La chorégraphe recrée House, créée en 2011 avec la Batsheva Dance Company, pour le Ballet de l’Opéra de Lyon (où elle entre au répertoire), distillant de nouveau son style viscéral, maniéré et étrange. Elle s’autorise des ensembles plus larges et géométriques, où se mêlent gestes post-modernes et contemporains. Et ses danseurs-automates sensibles, ici devenus raveurs, touchent toujours autant.
Le rideau s’ouvre sur la danse large et souple d’un interprète vêtu d’une combinaison de vinyle noire. Derrière lui, une meute est tapie dans l’ombre. Elle s’avance doucement, frémit et forme un arc de cercle autour de lui. House : le titre évoque le foyer, le refuge, transcrit dans les émotions tremblantes qui habitent les corps et des grimaces expressionnistes, mais aussi la warehouse festive, invoquée par les beats technos d’Ori Lichtik qui pulsent sur scène.
Dans ces costumes aux atours un peu fétichistes (corset ou porte-jarretelle en latex), les interprètes du Ballet de l’Opéra de Lyon dansent collé-serré, formant une grande masse sculpturale – sorte d’organe géant, qui compte parmi les motifs récurrents de Sharon Eyal. Si House convoque à la fois le style, les gestes emblématiques de la chorégraphe – mouvements saccadés, déplacements ramassés sur la pointe des pieds, cambrure du dos très marquée, grandes « secondes » les genoux pliés et les mains appuyées sur la bouche ouverte – et les effets qu’elle affectionne – un geste disruptif au milieu des unissons –, elle parvient tout de même à surprendre.
Sur les synthés nostalgiques du titre Losing my patience (2010) de Shit Robot et Alexis Taylor (connu comme membre du groupe britannique Hot Chip), le groupe en académiques noirs s’éclate dans l’espace et recomposent une architecture plus rectiligne. On croirait voir surgir les spectres des danses de William Forsythe, Merce Cunningham ou Trisha Brown. Ces écritures, bien connues du Ballet, seraient-elles imprimées dans les corps des danseuses et danseurs ? Les gestes géométriques s’allient à des danses plus pop, sensuelles et chaloupées, qui parviennent par vague vers la salle. On ne s’est pas encore lassé de cette danse, subtile, intense et efficace.
Belinda Mathieu – www.sceneweb.fr
House
Chorégraphie Sharon Eyal
Avec les danseurs et danseuses du Ballet de l’Opéra de Lyon : Yuya Aoki, Jacqueline Bâby, Todd Baker, Eleonora Campello, Noëllie Conjeaud, Jeshua Costa, Katrien de Bakker, Jau’mair Garland, Maëlle Garnier, Paul Grégoire, Jackson Haywood, Yeonjae Jeong, Mikio Kato, Amanda Lana, Eline Larrory, Almudena Maldonado, Éline Malègue, Albert Nikolli, Amanda Peet, Giacomo Todeschi, Alejandro Vargas, Kaine Ward
Assistant à la chorégraphie Léo Lérus
Musique Ori Lichtik
Costumes Maayan Goldman
Lumières Alon Cohen
Maîtres de Ballet Marco Merenda, Raúl Serrano Núñez
Assistante Maîtresse de Ballet Amandine FrançoisCoproduction Opéra de Lyon ; Les Nuits de Fourvière, Festival international de la Métropole de Lyon
Durée : 1h
Vu en juin 2026 au Théâtre Théo Argence, Saint-Priest, dans le cadre de la saison du Ballet de l’Opéra de Lyon
Les Nuits de Fourvière, Grand Théâtre, Lyon
les 23 et 24 juin (avec Delay the Sadness de Sharon Eyal)Festival de Marseille
du 1er au 3 juillet (avec Høpe d’Alessandro Sciarroni)Opéra de Lyon
du 3 au 14 novembre (avec Le Sacre du printemps de Mats Ek)Festival de Danse Cannes Côte d’Azur
le 3 décembre (avec Le Sacre du printemps de Mats Ek)Opéra de Dijon
le 9 décembre (avec Le Sacre du printemps de Mats Ek)Théâtre des Champs-Élysées, Paris, dans le cadre de la saison TranscenDanses
du 14 au 17 janvier 2027 (avec Le Sacre du printemps de Mats Ek)MC2: Maison de la Culture de Grenoble, Scène nationale
du 27 au 29 janvier (avec Le Sacre du printemps de Mats Ek)Centre culturel de Belem, Lisbonne (Portugal)
les 17 et 18 février (avec Le Sacre du printemps de Mats Ek)Reggio Emilia (Italie)
le 24 février (avec Le Sacre du printemps de Mats Ek)

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