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Au Théâtre des Champs-Élysées, un « Robinson » moderne et vagabond

A voir, Angers, Les critiques, Opéra, Paris, Rennes
Laurent Pelly met en scène Robinson Crusoé de Jacques Offenbach au Théâtre des Champs-Élysées
Laurent Pelly met en scène Robinson Crusoéde Jacques Offenbach au Théâtre des Champs-Élysées

Photo Vincent Pontet

Marc Minkowski et Laurent Pelly s’emparent du méconnu Robinson Crusoé d’Offenbach et parviennent à déjouer tous les pièges que présente cette œuvre un peu datée, mais devenue par leurs soins une satire anticapitaliste drolatique et corrosive.

Composé en 1867, alors que vient de triompher La Grande-duchesse de Gérolstein au Théâtre des Variétés, Robinson Crusoé témoigne, avant Les Contes d’Hoffmann, du souhait qu’a Offenbach de s’illustrer dans un registre moins léger. À l’instar de son aventureux héros qui rêve d’échappée, l’œuvre ne cesse de naviguer entre les styles et les tonalités. Pleine d’humour et de drames, elle dépasse largement les carcans de l’opéra bouffe pour mieux voisiner avec le genre plus sérieux de l’opéra-comique, et même flirter avec le Grand Opéra. Offenbachiens en diable, le chef d’orchestre Marc Minkowski et le metteur en scène Laurent Pelly ont signé ensemble de nombreux titres du compositeur – le dernier en date était La Périchole sur la même scène du Théâtre des Champs-Élysées – et, à chaque fois, avec un très franc succès. Le duo qu’ils forment s’attelle cette fois à faire redécouvrir un ouvrage quasiment jamais joué, absent, en tout cas, de la scène française depuis quarante ans, et multiplie les stratégies pour faire de l’œuvre une pièce à la fois séduisante et pertinente pour l’époque actuelle.

Loin des flots tempétueux et des lointains rivages tels qu’ils sont abondamment décrits dans le roman de Daniel Defoe avec lequel Offenbach prend de très grandes libertés, la pièce s’ouvre dans l’intérieur d’une maison pivotante où tourne en rond la famille petite-bourgeoise que Robinson s’apprête à quitter. Avec Laurent Naouri en sec vieillard à lorgnons, Julie Pasturaud en « grosse dondon » qui fait du tricot, Marc Mauillon et Emma Fekete en domestiques parfaits de drôlerie, Laurent Pelly use de ses malicieux talents de caricaturiste pour portraiturer des personnages fantoches, dont les gestes mécaniques et le chant volubile font la saveur d’une extravagante ronde autour de la table du déjeuner dominical. Dans une outrance parfaitement assumée, tous jouent ostensiblement faux, et ce avec une formidable justesse.

Se tenant à l’écart et prêt à s’échapper, Robinson prend l’allure d’un homme sage en apparence, mais dont l’esprit divague comme tout bon rêveur. Il chante ardemment son désir de glorieuse conquête et d’ailleurs. Initialement confié au ténor Lawrence Brownlee, le rôle-titre est finalement tenu par le jeune ténor malgache Sahy Ratia, familier du répertoire d’Offenbach, et dont la présence scénique, comme les moyens vocaux, paraissent si gracieux, si doux et frais, si lumineux, que le personnage inspire une profonde empathie. Pour mieux répondre aux conventions du genre et aux attentes du public, et ainsi permettre une grande histoire d’amour dont l’intrigue originale nous prive, Offenbach a ajouté à Robinson une fiancée. Edwige arbore d’abord les traits trompeurs d’une insignifiante vierge éplorée, mais, après avoir pris la mer pour retrouver son amoureux au péril de sa vie, elle affirme une personnalité bien trempée dont se régale l’explosive Julie Fuchs. Au moyen d’un jeu et d’un chant pleinement affranchis et épanouis, l’artiste réalise un numéro dément dans la scène du sacrifice.

Le spectacle fait le choix judicieux de faire fi de l’exotisme de pacotille qui colle à l’ouvrage. Pour monter Robinson Crusoé aujourd’hui, il fallait trouver une solution dramaturgique permettant d’évacuer les clichés condamnables pour leurs relents racistes avec lesquels sont représentées les figures de « sauvages ». Dans la droite lignée des Humanistes et des Lumières, Laurent Pelly inverse radicalement la donne et fait changer de camp la barbarie. Robinson ne trouve pas asile sur une île déserte, mais dans un sordide campement planté au bas d’affreux buildings d’une puissante mégapole occidentale. C’est sous une tente de migrants que se tiendra le joyeux dénouement. Devenu un misérable aux haillons sales et cheveux longs, Robinson trouve en Vendredi un compagnon fidèle auquel Adèle Charvet donne une belle humanité. En revanche, les cannibales mis en scène à l’acte II sont des travailleurs au service d’une chaîne alimentaire industrielle. La peinture proposée d’un capitalisme dévastateur et dégénéré trouve son apogée lorsque pullule une ribambelle de clones de Donald Trump se livrant à une danse fiévreuse originellement composée pour les peaux-rouges autochtones.

Le théâtre de Pelly se nourrit de formes pouvant paraître désuètes, comme le vaudeville ou le music-hall, mais aussi d’un regard plein d’acuité sur le monde. Son autre point fort est l’entente complice et indélébile avec Marc Minkowski. Le chef adopte un geste qui contient un sens évident de l’humour et du théâtre, tandis que, réciproquement, le metteur en scène ne cesse de trouver son inspiration dans l’écoute et la compréhension du discours musical, au point que celui-ci se niche naturellement dans les corps et les mouvements de chaque interprète. Alors, la partition n’est certes pas un chef-d’œuvre d’Offenbach, nonobstant quelques beaux airs enjoués ou célestes, mais elle trouve ici plein d’éclats et de reliefs. En fosse, les Musiciens du Louvre regorgent d’élan et d’accents pétulants sans jamais être ni lourds ni poussifs. À la gaieté enivrante de l’ensemble, ils font même advenir une pointe de tendresse, voire de solennité, de même qu’un onirisme inespéré pour accompagner des chanteurs qui transpirent le bonheur de défendre ce Robinson Crusoé, héros moderne et en marge on ne peut plus attachant.

Christophe Candoni – www.sceneweb.fr

Robinson Crusoé
de Jacques Offenbach
Direction Marc Minkowski
Mise en scène, costumes Laurent Pelly
Adaptation des dialogues, dramaturgie Agathe Mélinand
Avec Sahy Ratia, Julie Fuchs, Adèle Charvet, Laurent Naouri, Marc Mauillon, Rodolphe Briand, Emma Fekete, Julie Pasturaud, Matthieu Toulouse, Dan Azoulay, Antoine Lafon, José-Maria Mantilla, Pascal Oumakhlouf
Orchestre Les Musiciens du Louvre
Choeur accentus
Chef de choeur Louis Gal
Scénographie Chantal Thomas
Lumières Michel Le Borgne

Coproduction Théâtre des Champs-Élysées ; Angers-Nantes Opéra ; Opéra de Rennes
En collaboration avec le Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française
Avec le généreux soutien d’Aline Foriel-Destezet

Durée : 3h (entracte compris)

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
du 3 au 14 décembre 2025

Grand-Théâtre d’Angers
du 10 mai au 4 juin 2026

Opéra de Rennes
du 16 au 24 juin

6 décembre 2025/par Christophe Candoni
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