photo Laurent Philippe
Nouvelle création de la danseuse et chorégraphe espagnole Marta Izquierdo Muñoz, Roll plonge dans l’univers du roller derby sans en transmettre la puissance.
Alors que le sport demeure un domaine où les stéréotypes de genre ont la peau dure, le roller derby s’affirme comme un espace de liberté et de jeu – avec et dans le genre ; avec et contre les normes de beauté ; comme avec les trop nombreuses injonctions adressées aux femmes. Si ce sport connaît depuis le début des années 2000 un fort regain d’intérêt, le cinéma n’est pas étranger à sa popularité, qu’il s’agisse du film Rollerball (1975) de Norman Jewison, de son remake en 2002 signé John McTiernan ou de Bliss (2009), premier film réalisé par Drew Barrymore. À ce titre, voir une chorégraphe telle que Marta Izquierdo Muñoz se saisir de ce sujet ne pouvait que réjouir. Car la chorégraphe espagnole s’est régulièrement dans son travail intéressée aux représentations des femmes dans notre société, et notamment dans la culture populaire. Après avoir travaillé dans des précédents opus sur les majorettes (dans Imago-go) et sur la figure des guérillères de guérillas (Guérillères), Roll vient clore un triptyque autour de communautés féminines.
Las, c’est peu de dire que pour sa création à Montpellier danse, Roll demeure en deçà des attentes. Pourtant, le spectacle dans ses premières minutes interpelle : tandis que le public prend place dans la salle, une comédienne (dont on ne voit que les jambes) dont la voix sonorisée emplit tout l’espace soliloque, allongée sur des matelas situés en fond de scène – seuls éléments de décors présents. Au fil de ses digressions et rêveries, trois derbeuses et un derbeur circulent sur le plateau, saluant en toute décontraction le public et commençant qui à s’échauffer, qui à enfiler ses patins. Puis, iels vont commencer à enchaîner des poses, mi-sexy, mi-guerrières. Rejoints par la comédienne (qui, on le comprend au vu de son hésitation sur les patins, ne pratique pas le roller derby) qui assumera autant le rôle de MC que d’alter ego de Marta Izquierdo Muñoz, iels composent un premier tableau soutenu par une musique au rythme puissant.
Va suivre une succession de séquences, avec des figures exécutées seuls ou à plusieurs, toutes portées par des rythmes hip hop ou électro. Mais passé la décharge d’intensité envoyée par les toutes premières scènes, passé la découverte de l’univers de l’ensemble – dominé par un rose et un vert fluo tant côté costumes que création lumières –, l’ensemble semble comme s’étioler, s’effilocher. Alors que le roller derby, sport de contact extrêmement codifié et majoritairement féminin constitue un espace d’empowerment pour les mobilisations féministes et LGBTQI, Roll patine sans parvenir à embarquer. Des codes du roller derby – allant des costumes souvent travaillés individuellement, aux pseudonymes (les « derby names ») tous plus catchy et percutants les uns que les autres – on ne saisit que peu de choses.
Les enjeux portés par ce sport qui rebat les cartes des assignations identitaires avec sa capacité à mêler séduction, compétition et agressivité ; qui acte la normalité de tous les corps dans toute leur diversité, à mille lieues des canons esthétiques féminins de la minceur ; et où la compétition, si elle est l’un des moteurs du jeu, n’en en pas sa finalité, nous demeurent trop lointains. Alors, certes, les derbeuses en présence n’ont pas des corps répondant forcément aux normes majoritaires. Mais au-delà de l’esthétique pop déployée et de l’énergie commune qui lie les interprètes, Roll échoue à se saisir de la vitalité de cette culture largement nourrie des marges. L’hybridation avec la danse contemporaine achoppe, tout comme la tentative de transmettre des éléments biographiques propres à certaines des interprètes. Et le témoignage de Marta Izquierdo Muñoz – par l’entremise de la MC-derbeuse – sur son enfance dans le Madrid des années 80, soit post-franquistes, s’il informe sur la démarche personnelle de l’artiste, ne suffit pas à donner plus d’ampleur au spectacle.
caroline châtelet – www.sceneweb.fr
ROLL
Chorégraphie, conception : Marta Izquierdo Muñoz
Avec Cécile Chatignoux a.k.a Speaker, Amandine Etelage a.k.a Mandy’Bull , Mary-Isabelle Laroche a.k.a Pop Wheels, Eric Martin a.k.a Dirty Bambi et une autre interprète
Assistant à la chorégraphie : Éric Martin
Dramaturgie : Youness Anzane
Création son, composition : Benoist Bouvot
Création lumière et espace : Anthony Merlaud
Costumes : Élise Le Du
Régie générale et lumière en tournée : Alessandro Pagli
Production : [lodudo] producción
Coproduction : Festival Montpellier Danse 2024, Le Carreau du Temple – Etablissement culturel et sportif de la Ville de Paris, La Place de la Danse – CDCN Toulouse / Occitanie, Centre Chorégraphique National de Grenoble, La Chaufferie – compagnie DCA (St-Denis), Le Parvis Scène Nationale Tarbes-Pyrénées, L’animal a l’esquena (Celrà – Espagne).
Ce projet est lauréat du dispositif Olympiade Culturelle – Paris 2024.
[lodudo] producción est conventionnée par la DRAC Occitanie – Ministère de la Culture depuis 2022. Elle bénéficie également de l’aide du Conseil Régional d’Occitanie dans le cadre du soutien à la création artistique, ainsi que de celle du Conseil Départemental de Haute Garonne en aide au fonctionnement des associations culturelles. La Ville de Toulouse soutient également des projets ponctuels.25, 26 et 27 juin 2024
Théâtre de la Vignette dans le cadre du Festival Montpellier Danse 202428 et 29 juin 2024
Le Carreau du Temple (Paris) dans le cadre du Festival JOGGING9, 10, 11 mai 2025
Mercat de les Flors, Casa de la dansa (Barcelone) dans le cadre de la Constelación Marta Izquierdo
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