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Avec « Rêves », le cirque ukrainien tient tête à la guerre

A voir, Cirque, Les critiques, Paris
Rêves du Cirque Inshi
Rêves du Cirque Inshi

Photo TTS Pictures

Ils sont sept, ils se sont formés à l’École nationale de cirque de Kiev. En exil en France depuis le début de la guerre, ils nous livrent leurs Rêves dans la grande salle de La Scala Paris. Sur une idée originale de Volodymyr Koshovyi et dans une mise en scène de Roman Khafizov, ce spectacle cousu d’exigence et d’une voix off chuchotée tresse ensemble cirque et danse dans un souci de théâtralité qui fait corps avec le rapport scène-salle frontal.

Ils sont jeunes, Ukrainiens, artistes circassiens, ils ont quitté leur pays depuis l’invasion de la Russie pour la France, terre d’accueil où continuer leur pratique. Le Cirque Inshi s’est installé pour les fêtes à La Scala Paris et livre un spectacle renversant, à la beauté crépusculaire, où la danse tient une place importante aux côtés des agrès classiques. Acrobaties, jonglage, cerceaux, corde lisse, équilibres sur les mains, les disciplines s’enchaînent dans des numéros superbes, dramatisés par des musiques puissantes, auréolés de l’impressionnante virtuosité des interprètes. En solo, en duo ou dans des tableaux de groupe extrêmement composés, se dessine un paysage de l’imaginaire circassien ukrainien. Comme dans le cirque traditionnel, les séquences s’enchaînent, révélant les interprètes dans toutes leurs capacités techniques et leur poésie scénique. Car Rêves ne se contente pas d’accumuler les démonstrations de savoir-faire. En se doublant d’une voix off émouvante qui nous chuchote à l’oreille les rêves de chacun et chacune, en français ou en ukrainien, le spectacle s’offre une dimension supplémentaire, un regain de théâtralité que les quelques éléments scénographiques nourrissent.

Chaque numéro mélange de façon serrée la danse à son agrès et en dépasse l’usage attendu. L’homme à la corde lisse semble flotter dans les airs sur du Chopin, tandis que le cri bouleversant qu’il émet en touchant terre nous renvoie immédiatement au déchirement de l’exil. D’autant plus que la séquence précédente utilisait la corde dans son aspect entravant, prison pour un corps en souffrance qui ne demande qu’à s’échapper. Ou à s’envoler comme cet homme qui évolue en souplesse sur un cerceau suspendu galvanisé par la Danse macabre de Saint-Saëns mêlée à des percussions ajoutées. Quant au jonglage, c’est un pur moment de grâce qui égrène ses balles blanches au son des violons de Vivaldi, porté par un artiste phénoménal. Chaque numéro semble être la rencontre d’une personnalité, d’un agrès, d’une musique et d’une histoire. L’enfance revient souvent dans les confidences. Et l’on est profondément touché par le récit de ce fils d’une danseuse étoile, debout et fier malgré les horreurs de la guerre, expert en équilibres sur les mains qu’il pratique avec un goût prononcé pour le grand écart démesuré. On est médusé par l’alliance de force et de souplesse qui émane de lui, et le voir évoluer avec une telle aisance, parfois sur une seule main, le corps tout en muscles tendu vers le ciel, tandis que le Boléro de Ravel sur lequel avait dansé sa mère monte en puissance constitue l’un des sommets du spectacle. « Le théâtre est ma forteresse », dit la voix off, et on le ressent pleinement à le voir s’épanouir sur scène avec une telle évidence.

Contre toute attente, eu égard à la gravité qui règne en ce déroulé d’exploits et compositions dansées, un clown s’immisce, perruque orange sur la tête, sautillant sur des musiques folkloriques slaves. Bientôt, il tombera sa combinaison à larges poches de couleurs pour apparaître dans un duo avec une danseuse dans des tenues fluides et seyantes. Car les cinq hommes et deux femmes qui constituent cette troupe admirable changent de costumes à plusieurs reprises tout au long de la représentation et leur style – signé à quatre mains par Galyna Kiktyeva et Viktoria Burdeina – allie élégance et graphisme dans des tonalités chromatiques sobres. Entre rigueur chorégraphique et images atmosphériques, Rêves démontre la vitalité du cirque ukrainien et, au-delà, celle d’un peuple qui résiste. Et si la guerre est évoquée avec pudeur, elle innerve chaque tableau comme un arrière-plan lointain, mais bien présent.

« La vie, c’est pas une série de défis, mais un grand jeu avec plusieurs niveaux. » Cette phrase nous attrape justement parce qu’elle ne fait pas référence au conflit, mais à la vie, la vie qui passe et nous transforme. Car ce qui revient le plus souvent dans cette voix off en pointillé, c’est le temps qui s’écoule et façonne des adultes depuis les enfants que nous avons été. À voir cette jeunesse au plateau le formuler sans pathos, réunie dans une scène de banquet final nimbée de fumée et de chants polyphoniques ukrainiens, on ne peut que s’incliner devant leur courage et leur résilience, leur acharnement à suivre leur voie et à honorer leurs propres talents.

Marie Plantin – www.sceneweb.fr

Rêves
Idée originale Volodymyr Koshovyi
Mise en scène Roman Khafizov
Chorégraphie Mykhailo Makarov
Avec Vladyslav Holda, Maksym Vakhnytskyi, Artem Kreksha, Sofiia Soloviova, Ruslan Kalachevsky, Bob Gvozdetskyi, Tetiana Petrushanko
Régie générale et lumières Claudia Hoarau
Régie son/plateau Axel Rescourio
Création sonore Anton Delacroix
Auteur Bohdan Pankrukhin
Costumes Galyna Kiktyeva, Viktoria Burdeina

Production Cirque Inshi
Partenaires et accueils en résidence Théâtre de Cusset, scène conventionnée d’intérêt national art et création ; La Coopérative De Rue et De Cirque, Paris ; La Maison des Jonglages, scène conventionnée, La Courneuve ; La Grainerie, Fabrique des arts du cirque et de l’itinérance, Pôle européen de production, Balma ; Le Sirque, Pôle national cirque Nexon Nouvelle-Aquitaine ; Le Théâtre de Rungis ; Le Grand T, Théâtre de Loire-Atlantique
Avec le soutien de la Drac Bretagne, Angers Nantes Opéra, la Ville de Paris, la Drac Île-de-France, le ministère de la Culture Direction générale de la création artistique et des Tréteaux de France, Centre dramatique national

Durée : 1h15
À partir de 5 ans

La Scala Paris
du 17 décembre 2025 au 4 janvier 2026

19 décembre 2025/par Marie Plantin
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