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« Race d’ep – Réflexions sur la question gay », les collages féconds de Simon-Élie Galibert

A voir, Les critiques, Théâtre, Toulouse
Simon-Élie Galibert crée Race d'Ep Réflexions sur la question gay d'après René Crevel et Guillaume Dustan
Simon Élie-Galibert crée Race d'Ep Réflexions sur la question gay d'après René Crevel et Guillaume Dustan

Photo Simon Gosselin

Le metteur en scène Simon-Élie Galibert permet à Guillaume Dustan d’entrer par effraction dans La Mort Difficile de René Crevel pour interroger, subvertir et faire exploser les représentations traditionnelles de l’homosexualité.

Par son intitulé même, Race d’ep – Réflexions sur la question gay envoie un signal en forme de trompe-l’oeil. En réunissant les titres des ouvrages du philosophe et militant Guy Hocquenghem, Race d’Ep ! Un siècle d’images de l’homosexualité, et du sociologue Didier Eribon, Réflexions sur la question gay, le metteur en scène Simon-Élie Galibert traduit, d’entrée de jeu, une logique d’assemblage, d’attelage, de collage qu’il va bientôt ériger, de manière aussi audacieuse qu’assumée, en principe dramaturgique. À ceci près que, des mots de Guy Hocquenghem comme de ceux de Didier Eribon, il n’est absolument pas question dans Race d’ep – Réflexions sur la question gay. Au grand jeu de la loterie (fictive) qui s’organise durant les premières minutes du spectacle, c’est bel et bien La Mort Difficile de René Crevel qui sort vainqueur. Face au Teleny d’Oscar Wilde, au Sodome et Gomorrhe de Marcel Proust, au Corydon d’André Gide, au Livre blanc de Jean Cocteau, au Querelle de Brest de Jean Genet et aux Chiens d’Hervé Guibert, qui, en tant que fidèles représentants de la littérature homosexuelle, attendaient eux aussi sagement leur tour dans les cartons d’archives réunis pour l’occasion, le poète surréaliste, en bon outsider, s’est imposé, par effraction, déjà, ou l’entremise d’on ne sait quelle main invisible de l’art dramatique. Tout à trac, les comédiennes et les comédiens rejoignent alors la coulisse ou se mettent en place pour offrir une plongée inattendue dans la petite bourgeoisie de la France des années folles où René Crevel déroule, en plusieurs tableaux, comme autant de marches vers l’abîme, l’histoire tragique, et plus particulièrement les dernières heures, de son double autofictif, Pierre Dumont.

Fichu sur la tête, collier de perles autour du cou, sa mère, Louisa Dumont-Dufour, n’a pas franchement le coeur à la fête. Avec Herminie Blok, sa « soeur de misère », telle que les désigne ironiquement Crevel, elle ne cesse de se lamenter sur son triste sort. Tandis que l’époux de sa copine de circonstances s’est suicidé lors d’une soirée mondaine, son ancien colonel de mari est rendu à l’asile, à ce point fou – il écrit chaque matin la même lettre à la Marquise de Pompadour – qu’il n’a même plus la liberté de divorcer et l’enferme alors, tout en l’empêchant de se remarier, dans un veuvage qui ne dit pas son nom. Comme si cela ne suffisait pas à son malheur de petite bourgeoise, Mme Dumont-Dufour doit aussi composer avec son fils, Pierre, à la sagesse trop relative à son goût. Plutôt que de pousser les feux de sa relation amicale avec Diane, la fille de Mme Blok, qui n’a d’yeux que pour lui, le jeune homme préfère s’encanailler dans des soirées arrosées. « Pierre serait-il anormal ? », lui demande son amie, représentée par un pantin de chiffon ; « Non, il est simplement un peu dégénéré », lui répond la pieuse et frustrée Dumont-Dufour, piteusement assise entre un crucifix et le portrait de son fou dingue de mari. « Anormal », « dégénéré »… Ces mots de la discorde que l’on ne connaît que trop bien sont lâchés, car, sous son vernis amical, la relation que Pierre entretient avec Arthur Bruggle éveille quelques soupçons. Au grand dam de Diane, le jeune homme est amoureux de ce bellâtre, « venu d’Amérique en lavant la vaisselle et les verres », écrit Crevel, et, depuis, pianiste de son état. Une passion à ce point dévorante que Pierre est prêt à brûler ses vaisseaux pour elle, à se fâcher avec mère homophobe et prétendante éconduite pour la vivre pleinement, voire à en mourir si, comme on peut le redouter, Arthur ne se révèle pas à la hauteur de ses attentes.

Ainsi résumée, La Mort Difficile semble se borner à cocher toutes les cases du bingo de la représentation traditionnelle de l’homosexualité, avec son lot de rejet familial, de potentiel retour dans le « droit chemin » hétérosexuel, de soirées interlopes, de passions forcément déçues à cause de garçons un peu trop épris de leur liberté, et de suicide final, dopé si possible au pathos, car les histoires d’amour gays, encore plus que les autres, finissent (très) mal en général. Reste que, s’il charrie effectivement l’ensemble de ces éléments, cet ouvrage de 1926 profite de la plume surréaliste de René Crevel qui, en regardant ses personnages en coin avec un léger sourire aux lèvres, impose une distance cruciale, et singulièrement politique. Ce décalage, Simon-Élie Galibert, dans l’adaptation resserrée qu’il propose du roman originel, ne cesse de le mettre en jeu à travers une direction d’actrices et d’acteurs – qu’Aymen Bouchou, Roman Kané, Angie Mercier et Claire Toubin suivent sans mal – à mi-chemin entre l’incarnation et le relâchement, à même de faire de ces personnages ce qu’ils sont avant tout : des figures qui valent bien davantage pour ce qu’elles représentent, et pour ce que la société a fait d’elles, que pour ce qu’elles sont réellement. Histoire d’enfoncer le clou, et c’est là son coup de génie, le metteur en scène convoque, ou plutôt invoque, en parallèle l’un des éléments parmi les plus perturbateurs de la littérature gay. Venu de l’autre bout du siècle, avec en bandoulière sa volonté, comme Crevel, de mettre un coup de pied dans la fourmilière sociale et littéraire, Guillaume Dustan s’invite à intervalles réguliers dans la danse. Enfermé dans une cabane, armé d’une caméra, il apparaît d’abord tel qu’il est resté dans de nombreuses mémoires, à travers des téléviseurs cathodiques dignes des années 1990 où il fait reluire le personnage sulfureux et provocateur qu’il s’était créé, jusqu’à subvertir le cadre romanesque dans lequel il est entré par effraction.

Car, peu à peu, au fil de ses interventions qui ponctuent le récit et qui toutes, en dehors de quelques moments d’improvisation de Thomas Gonzalez qui l’incarne avec une ferveur contagieuse et un plaisir palpable, sont extraites de deux de ses écrits de sa « seconde période », Génie Divin et LXiR, stylistiquement encore plus radicale et socio-politiquement plus engagée que les précédents, le plateau se transforme en chambre d’écho, où Crevel et Dustan entrent toujours plus en résonance par l’entremise de Simon-Élie Galibert. Comment, alors et pêle-mêle, ne pas penser lors de la scène du Lapin Vengeur, où Arthur et Totor scellent les derniers espoirs de Pierre, à ces lieux nocturnes dont Dustan dépeint l’ambiance dans Je sors ce soir pour mieux en crever les fantasmes ? Comment, aussi, en entendant Arthur parler de « [son] soirée » ou de « [son] liberté » ne pas voir s’inviter la dysorthographie que Dustan a volontairement pratiquée dans certains de ses écrits pour s’extirper de règles et autres conventions bourgeoises ? Comment, enfin, ne pas reconnaître dans l’ultime solo post-mortem de Dustan, aussi intellectuellement transgressif que théâtralement échevelé, sa volonté de faire exploser, grâce à son énergie dynamique – alimentée, en l’espèce, par le High Energy d’Evelyn Thomas –, les codes et les carcans imposés par une morale réactionnaire, et de dépasser les représentations véhiculées par une certaine littérature homosexuelle ? Unis par le pouvoir de la poésie et de l’autofiction auxquelles il croyait l’un comme l’autre, dans leur capacité à faire turbuler le genre fictionnel autant que le réel dont elles se nourrissent, René Crevel et Guillaume Dustan se trouvent alors non pas simplement accolés, mais, pour le meilleur, mis en miroir, et, pour les esprits les plus chagrins qui en avaient besoin, littérairement réhabilités. De cela, Simon-Élie Galibert et sa dramaturge Rachel De Dardel, dont il nous tarde de suivre le travail à l’avenir, peuvent être remerciés.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Race d’ep – Réflexions sur la question gay
Conception Simon-Élie Galibert
d’après La Mort Difficile de René Crevel, Génie Divin et LXiR de Guillaume Dustan
Avec Aymen Bouchou, Thomas Gonzalez, Roman Kané, Angie Mercier, Claire Toubin
Dramaturgie Rachel De Dardel
Scénographie et costumes Marjolaine Mansot
Régie générale et création vidéo Typhaine Steiner
Chorégraphe Yumi Fujitani
Lumière Louisa Mercier
Musique et son Félix Philippe
Construction décor Ateliers de la Comédie de Caen – CDN de Normandie
Patronage 3D du gonflable Anton Grandcoin
Réalisation du gonflable Antoinette Maguy, Marjolaine Mansot
Dramaturgie additionnelle Tristan Schinz, Juliette de Beauchamp
Stagiaire scénographie Mati Bontoux

Production venir faire
Coproduction Comédie de Béthune CDN Hauts-de-France ; ThéâtredelaCité CDN Toulouse Occitanie ; La Comédie de Caen – CDN de Normandie
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National
Accueil en résidence T2G Théâtre de Gennevilliers CDN, Le Centquatre Paris, Studio Théâtre de Vitry, Comédie de Béthune, Comédie de Caen, La Manufacture Maraval

Ce projet a bénéficié d’un compagnonnage avec La Grande Mêlée (Bruno Geslin) et a reçu l’aide à la création de la DRAC Hauts-de-France ainsi que de la Région Hauts-de-France.

Durée : 2h05

Vu en février 2026 à la Comédie de Béthune, CDN Hauts -de-France

ThéâtredelaCité, CDN Toulouse Occitanie
du 9 au 11 février

6 février 2026/par Vincent Bouquet
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