
photo Brigitte Enguerrand
L’auteur suédois Lars Norén offre une pièce aux comédiens du Français, Poussière, un texte sur la vieillesse composé de bribes de réflexions sur la fin de vie. Il en assure également la mise en scène. On sent les comédiens totalement désemparés sur le plateau de la salle Richelieu.
Ils portent beau la vieillesse. Ces vieux sont impeccables dans leurs costumes en lin aux teintes grisées qui prolongent leur chevelure aux reflets argentés. Ils sont 9 en villégiature dans une station balnéaire, ils se nomment A, B, C, D, E, F, G, H, I, J. Il y aussi parmi eux une jeune femme autiste et muette Marilyn (Françoise Gillard). Ils prennent le soleil en arc de cercle, assis sur des chaises pliantes, face à la mer. Dernière station avant la mort.
Le regard de Lars Norén sur la vieillesse est sans concession. Il écrit sur ce qui fait peur à tous. La décrépitude des corps, la perte de mémoire, la maladie, l’incontinence. Son texte s’est fabriqué au fur et à mesure des répétitions avec les comédiens. C’est une matière composée de morceaux de phrases, de mots, de pensées, d’aphorismes. Un collage fragmenté qui donne beaucoup de fil à retordre à la troupe de la Comédie-Française. On n’a jamais entendu autant la voix de la souffleuse dans la salle Richelieu que lors de la deuxième représentation.
Ce texte est diabolique pour les comédiens. Et cela rend très fragile cette production. Sur cette plage abandonnée, la troupe résiste. Elle porte les mots crus de l’auteur avec une belle abnégation. Anne Kessler sort de son pantalon une poche d’urine qu’elle dépose devant le public, Hervé Pierre court nu sur la scène, Didier Sandre est lumineux comme d’habitude, Dominique Blanc est radieuse dans le rôle d’une femme qui semble être retombée en enfance et qui ne cesser de clamer « J’ai jamais eu le temps de devenir jeune ».
Malgré tout cela, le spectacle est laborieux, lent, brouillon. Malheureusement Lars Norén a quitté la France après la première, laissant un peu les comédiens dans la panade face à cet édifice complexe et douloureux aussi pour le public.
Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr
Poussière
Mise en scène : Lars Norén
Avec Martine Chevallier, Anne Kessler, Bruno Raffaelli, Alain Lenglet, Françoise Gillard, Christian Gonon, Hervé Pierre, Gilles David, Danièle Lebrun, Didier Sandre, Dominique Blanc
Scénographie : Gilles Taschet
Costumes : Renato Bianchi
Lumière : Bertrand Couderc
Collaboration artistique : Amélie Wendling
Traduction : Aino Höglund et Amélie Wendling
Durée: 2hComédie-Française
Salle Richelieu
Du 10 février au 24 juin 2018
J’ai fais une petite recherche sur ce Lars Norén, quel talent mais quel talent…