
Note d’intention:
Le point de départ, c’est le désir naïf d’être assis à l’arrière de la Renault 16 de Jean Yanne et Marlène Jobert dans Nous ne vieillirons pas ensemble de Maurice Pialat. Être précipité dans l’image, non pas pour prendre la place de l’un ou de l’autre, mais pour être spectateur-acteur d’un moment fétiche du cinéma français, précipité au cœur d’une époque révolue – celle de notre enfance, ces années 1970 où, bloqués dans les embouteillages à l’arrière d’une R16 pour le départ en vacances (Week-end de Jean Luc Godard), nous écoutions Jean Yanne sur RTL, Europe 1 ou la retransmission de matchs de football de l’A.S. Saint-Etienne. C’est devenu, par extension, un voyage à la découverte de ce drôle de bonhomme qu’est Jean Yanne.
Une voiture des années 1970 échouée sur le plateau. Au volant, l’acteur et, sur la banquette arrière, deux individus dont on s’apercevra assez vite qu’il s’agit du régisseur muet et de la chanteuse – tous les trois forment le trio burlesque qui prend en charge la représentation. Début de tournée, milieu ou fin, ils ont sillonné toutes les routes avant d’arriver ici et maintenant pour raconter leur petite histoire et déplier leur théâtre brut. Entre carrosse de conte de fées et machine à remonter le temps, le véhicule est rempli à bloc, coffre et galerie sont chargés de costumes, perruques, couvertures, projecteurs, micros, table de pique-nique, nourriture, sons, affiches, photos, vinyles, films… comme pour un départ en vacances « en cinéphilie », d’un lieu à un autre, en totale autonomie.
Le spectacle se joue dans, depuis et à partir de la voiture. Sur un plateau nu – le spectacle peut se jouer en extérieur – l’acteur et le régisseur useront du véhicule comme point d’ancrage d’où ils vont déplier à vue leur attraction foraine. Le jeu à la Dario Fo d’un acteur-chanteur-narrateur-bateleur fera surgir de cette boîte à malices les spectres de Jean Yanne, Jean-Luc Godard, Mireille Darc ou Jean-Pierre Rassam.
Avec une certaine distance ironique, il s’agit enfin d’amener le cinéma sur un plateau : faire entrer l’acteur dans l’image cinématographique, recréer par la langue théâtrale un plan séquence cinéma. Cette rencontre faussement maladroite entre théâtre et cinéma orchestre en sous-main la collision burlesque et mélancolique entre deux époques. Et aussi, par le dialogue avec cet histrion, celle entre deux manières de faire du théâtre, la nôtre, délibérément modeste, foraine et populaire et celle d’autres scènes d’aujourd’hui – pour mettre en perspective notre rapport contemporain à la création, notre vision du métier d’acteur, de créateur d’images et de sens.
Pourquoi m’as-tu mordu l’oreille ? De Julien Dieudonné
Mise en scène par Julien Dieudonné et Marc Prin ( Théâtre à bout portant).
Avec Chloé Mons, Pierre Montessuit et Marc Prin.
Spectacle coproduit par le théâtre de l’Apostrophe, scène nationale de Cergy-Pontoise et du val d’Oise.> L’-Théâtre 95 – Cergy
Mardi 6 mars 2018 20:30
Mercredi 7 mars 2018 20:30> Salle Jacques Brel – Gonesse
Mardi 13 mars 2018 20:00> Maison de La Challe – Éragny-sur-Oise
Vendredi 16 mars 2018 20:30

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