
Photo Jocelyn Maillé
Accompagné de Tao Ravao, Géraldine Keller et Jean-Christophe Feldhandler, Jean-Luc Raharimanana se place dans la tradition des poètes-diseurs pour exprimer l’absurdité de notre époque. Et porter l’idéal d’un monde sans frontières.
Autour de son île natale, Madagascar, Jean-Luc Raharimanana déploie une parole poétique aux formes multiples. Tantôt romanesque, comme dans Revenir (Payot-Rivages), son dernier livre. Tantôt théâtrale, comme dans Parfois le vide, programmé au Tarmac et au Théâtre Antoine Vitez à Ivry avant de partir pour d’autres aventures. Toujours traversée par les vents contraires de l’amour et de la guerre. De la violence et de la douceur. Dans ce spectacle, l’artiste s’éloigne de l’écriture largement autobiographique de Revenir pour porter une voix anonyme, symbole de la brutalité et de l’absurde de l’époque : celle d’un migrant nommé « Momo ». D’un rejeté de partout, « ombre dans le pli des obscurs », qui crie son refus des frontières qu’on lui impose. Sans jamais se départir de son idéal du tout-monde.
Comme dans toutes les créations de Jean-Luc Raharimanana, le verbe, dans Parfois le vide, est fait non seulement de mots, mais aussi de musique. Collaborateur de longue date de l’auteur, le musicien-compositeur Tao Ravao prolonge le cri de Momo. Créateur du blues malgache, il est le double muet du personnage égaré quelque part entre terre et mer. Avec sa guitare, sa mandoline et ses autres instruments à corde, installé à jardin dans un petit coin dont il ne bougera pas, il déploie ses compositions où le traditionnel se mêle au contemporain. Tandis que, à cour, Jean-Christophe Feldhandler y va de ses percussions diverses et variées et de ses instruments plus classiques. Et que, sous une forêt de micros, Géraldine Keller part de la parole pour arriver à un chant profond. À une vibration qui rejoint la révolte des trois autres, pour la porter à son comble et y appliquer le baume de l’immémorial.
Entre les quatre artistes, l’obscurité. Dans Parfois le vide, le plateau est un trou noir que vient combler une « langue d’étoiles et d’horizons craquelés » qui n’est pas sans faire penser à celle d’Aimé Césaire. À la différence que, loin de rester attaché à son pays natal, Jean-Luc Raharimanana brandit avec ses compagnons de plateau une parole dont les lacunes sont ouvertes au monde. Au mélange intelligent et généreux des cultures, opposé à la mondialisation qui fait l’objet d’une chanson sans concessions. Mais non sans joie ni humour. À sa manière, Jean-Luc Raharimanana créolise. Il s’approprie sa langue d’adoption pour dire le réel des damnés de la terre. Car Frantz Fanon n’est pas loin non plus. Dans Parfois le vide, le poète revendique la filiation des chantres de la liberté d’hier. Et invente une parole pour sa sidération d’aujourd’hui.
Pas de narration linéaire, dans cette pièce. Pas plus que de personnage au sens habituel du terme. Comme l’homme qui rapporte son histoire, incarné par Jean-Luc Raharimanana, Momo apparaît au carrefour des mots et des sons. Au rythme de la transe qui s’empare peu à peu de chacun. Dans Parfois le vide, l’identité est l’heureuse rencontre d’un accord de guitare, d’un vers et d’un tintement de cymbale. Un miracle discret inspiré du tromba, rituel de possession répandu dans le nord-ouest malgache et aux Comores, où les ancêtres sont convoqués pour trouver une solution à une situation de crise. Au-delà du vide, il y a l’espoir.
Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr
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Regard extérieur : Nina Vilanova (Théâtre Studio d’Alfortville – cie Christian Benedetti)
Interprétation :
Voix : Raharimanana
Voix, chant, flûte traversière : Géraldine Keller
Création musicale : Tao Ravao (cordes), Jean-Christophe Feldhandler (percussions)
Création lumière : Vincent Guibal
Son : Claude Valentin
Coproduction : Théâtre d’Ivry Antoine-Vitez, Théâtre Studio d’Alfortville – Cie Christian Benedetti
Avec le soutien, de la Région Centre Val de Loire, de la DRAC Centre Val de Loire, du Tarmac – la scène internationale francophone, des Francophonie en Limousin, du Festival Plumes d’Afrique, de la Ville d’Orléans.
Durée: 1h30Théâtre Studio d’Alfortville
Les 20 et 21 avril 2018
Romorantin – La Pyramide – Dans le cadre des 60 ans de la MAJO
Septembre
Festival des Francophonies en Limousin
Du 1er au 6 octobre 2018
Plumes d’Afrique – St Pierre des Corps
Le 9 novembre
Festival Les Rencontres à l’échelle – Marseille
Novembre
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