En ouverture du festival June Events, qui se tient du 26 mai au 13 juin, le danseur et chorégraphe syrien Mithkal Alzghair dévoile sa dernière création, Paisiblement. Un appel pacifique face aux échos violents du monde.
Trois silhouettes se détachent des lumières crépusculaires au son lent et profond du daf, ce grand tambour sur cadre de tradition persane. Le regard déterminé de ceux qui affrontent l’autorité, les trois danseurs portent à bout de bras des pancartes dans une manifestation silencieuse et inébranlable. Vides, celles-ci ne délivrent aucun message, et, ce faisant, les portent tous également. Résonne alors en français, en anglais et en arabe le récit d’une tuerie, celle des Druzes de Soueïda, qui ont vu le changement de régime syrien avec la chute des Assad en décembre 2024 se transformer en massacre des minorités du pays.
Une fois leurs pancartes abandonnées, les trois danseurs vont alterner des séries circulaires et des diagonales enlevées, où les pas, comme un coeur battant en commun, sont inspirés de danses traditionnelles orientales, mais aussi de pow-wow amérindiens. Le mouvement est d’abord contenu, comme empêché, les mains se tiennent, mais à peine, le regard est concentré et énigmatique. Certains s’échappent pourtant, martelant le sol plus fort, élançant les bras un peu plus loin, avant de s’affaisser tout à fait, abattus par une force qui les maintiendra finalement à terre.
Ce sol, c’est celui dont la minorité druze du sud du pays, d’où est originaire Mithkal Alzghair, est privé, déplacée depuis les violences de juillet 2025. Après la chute de Bachar al-Assad, plusieurs centaines d’assassinats documentés, attribués pour certains aux forces gouvernementales, ont touché des civils de la ville de Soueïda, non armés, abattus chez eux, dans les écoles ou les hôpitaux. Des assassinats arbitraires et des enlèvements, touchant principalement les femmes, dont sont également victimes les alaouites, dans le centre et le nord-ouest du pays.
« Raconter l’horreur pour ne pas qu’elle se répète »
Face à la barbarie, Paisiblement est la réponse de Mithkal Alzghair. Ce sont les témoignages des survivants de ces massacres qui forgent le point de départ de son travail, lui qui a perdu des proches dans ces événements. Ce sont aussi les manifestations pacifiques des habitants de la région contre le régime syrien qui l’inspirent. « Qu’est-ce qu’un corps pacifique peut faire contre les machines de la guerre ? », se demande-t-il. Dans son esprit résonnent aussi les échos de la guerre à Gaza. Il pense aussi aux Hibakusha, ces survivants de la catastrophe d’Hiroshima, au Japon, qui dédient leur vie à la lutte pour la paix en témoignant de leurs traumatismes. « Raconter l’horreur pour ne pas qu’elle se répète, c’est aussi ma responsabilité, c’est aussi le rôle de l’art », martèle-t-il.
Arrivé en France à 30 ans, après avoir étudié le théâtre et la danse à l’Institut supérieur d’art dramatique de Damas, il poursuit son parcours avec le master « ex.er.ce » au Centre chorégraphique national de Montpellier. Aujourd’hui réfugié politique, il ne peut pas rentrer chez lui sans risquer de se faire arrêter. Bien sûr, il a toujours un oeil sur ce qu’il se passe dans son pays, mais ce sont les guerres du monde entier qui le préoccupent. « Mon pays est intimement lié au pouvoir russe et aux régimes occidentaux. Nous sommes tous reliés, et c’est une lutte pour l’humanité que je revendique », assène-t-il, pudique. Travailler les cultures populaires traditionnelles locales pour en faire des motifs universels, faire résonner la douleur d’une communauté particulière pour évoquer celles de toutes les minorités opprimées, voilà le chemin de sa danse. Et l’espoir dans tout ça ? « C’est celui de vivre », sourit le danseur, paisiblement.
Fanny Imbert – www.sceneweb.fr
Paisiblement
Chorégraphie et interprétation Mithkal Alzghair
Avec Mithkal Alzghair, Samil Taskin, Mooni Van Tichel
Création sonore et musique live Modar Salama
Création lumière Abigail FowlerCoproduction Atelier de Paris / CDCN ; Ballet National de Marseille ; Bora Bora, Danemark ; Seanse Art Center, Norvège
Soutien Tanzhaus Zurich ; Holstebro Dance Company ; Le Colombier, Bagnolet
Aide au projet DRAC Île-de-FranceDurée : 50 minutes
Vu en mai 2026 à l’Atelier de Paris / CDCN, dans le cadre du festival June Events
La belle scène saint-denis, dans le cadre du Festival Off d’Avignon (extrait)
du 13 au 17 juillet, à 10hEspace Pasolini, Valenciennes, dans le cadre du Next Festival
les 30 novembre et 1er décembre


Bonjour, merci de l’intérêt que vous portez à ma nouvelle création, *Paisiblement*. Je tenais simplement à préciser que notre représentation à Valenciennes s’inscrit dans le cadre du festival NEXT à l’Espace Pasolini, et non au Phénix. J’espère que vous pourrez rectifier cette information.
Merci beaucoup.
Bien cordialement
Mithkal Alzghair
Bonjour, merci pour votre message, le lieu est bien corrigé dans la fiche spectacle. Bien cordialement. La rédaction.