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Faire cheval avec les Old Masters

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Le Cheval qui peint d'Old Masters au T2G avec le Centre culturel suisse
Le Cheval qui peint d'Old Masters au T2G avec le Centre culturel suisse

Photo Julie Masson

Avec leur dernière création soutenue par l’enivrante composition musicale de Nicholas Stücklin, les trois membres du collectif suisse Old Masters proposent une expérience contemplative, mélancolique et envoûtante qui, en dépeignant le monde à travers un regard non-humain et en faisant l’expérience d’un corps composite, célèbre la force créatrice et transformatrice du groupe.

À l’orée du XXe siècle, Roland Dorgelès monte un canular, qui reste sans doute comme l’un des plus incongrus de toute l’Histoire de l’art. L’auteur des Croix de bois décide d’emprunter un âne à son ami Frédéric Gérard et lui accroche un pinceau au bout de la queue. Sous le regard d’un huissier, l’animal, stimulé par les carottes qui lui sont octroyées, se met alors à appliquer de la peinture sur une toile à l’aide de son appendice et, touche par touche, donne naissance à un (beau) tableau intitulé Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique. Faussement attribuée à un jeune peintre italien inconnu, Joachim-Raphaël Boronali, l’oeuvre est exposée au Salon des indépendants de 1910 et accompagnée d’un Manifeste de l’excessivisme qui entend lancer un nouveau mouvement pictural. Le public, les critiques et la presse ne manquent pas de s’intéresser à ce tableau jusqu’au jour où Roland Dorgelès révèle la supercherie qui visait, déclare-t-il, à « montrer aux niais, aux incapables et aux vaniteux qui encombrent une grande partie du Salon des indépendants que l’œuvre d’un âne, brossée à grands coups de queue, n’est pas déplacée parmi leurs œuvres ». Cet âne qui peint, dont Old Masters réactive le souvenir dans la note d’intention de son Cheval qui peint, ne fut alors qu’un instrument, un pur levier, pour montrer, constat d’huissier à l’appui, la vanité du genre humain, sans autre forme de considération pour l’animal et pour l’oeuvre qu’il avait produite. Cette étroitesse d’esprit, le collectif suisse la prend de revers dans son dernier spectacle, sublime et envoûtant, qui, plutôt que de négliger l’équidé, en fait une figure centrale, capable, par son seul regard et sa seule présence, d’en apprendre aux Hommes très long sur eux-mêmes.

Car ce cheval-là n’est pas un peintre du dimanche. Avec sa crinière rousse, son port altier, sa robe gris-bleu et cette allure imparfaite qui lui confère toute son âme, l’équidé est un missionnaire de l’art qui représente « les paysages les plus beaux comme les plus laids […] les visages les plus beaux comme les plus tristes », tel qu’il l’explique lui-même en voix off. Ni canard à trois pattes ni mouton à cinq pattes, le cheval qui peint est un équidé à six pattes, scindé en trois parties, comme autant de membres qui le composent et l’habitent : la tête, le corps et la croupe. Dans cette maison aux formes et aux teintes très seventies où il semble séjourner, élégamment conçue par Jérôme Stünzi et Sarah André et superbement éclairée par Joana Oliveira, l’équidé ne cesse, au gré des tableaux entrecoupés de noirs profonds qui tricotent son histoire, de se former, de se déformer, de se reformer, et parfois de se scinder. C’est là que la tête, le corps et la croupe gagnent leur autonomie, mais aussi que celles (Julia Botelho, Anne Delahaye) et celui (Marius Schaffter) qui les font vivre s’émancipent de la créature qu’ils ont imaginée. Rendus à leur statut de créateurs, et non de « simples » interprètes, les trois membres qui constituent l’animal peuvent alors discuter de leur grand projet : une exposition, où quelque 2 000 personnes sont attendues. Tandis que la tête annonce que l’événement portera le titre, pour le moins énigmatique, Burning what ?, qu’un semblant de discours d’ouverture est esquissé et que la présence de chaises et de toilettes est assurée, la croupe propose que sa cousine anime la soirée avec son… tambour. « Elle tape, elle tape et six coups deviennent 16 coups 22 coups 37 coups, 53 coups 78 coups, 137, 164, même des fois 215 coups et arrivé à un moment donné, les gens, les gens se soulèvent, les gens comprennent, et c’est là, c’est là que tout devient possible », s’enthousiasme-t-elle auprès de la tête qui, a contrario du corps qui a déguerpi, se réjouit de cette perspective.

Et c’est là que Le Cheval qui peint commence à prendre sa consistance et à dévoiler sa belle et dense surface, dans sa manière de dépeindre le monde, mais aussi les hommes et les actes de création qui le composent. Car, en faisant cheval, les trois membres humains expérimentent et se laissent transformer par une interdépendance qui les obligent physiquement, dans la coordination des mouvements que cela suppose, comme intellectuellement, à faire corps, et à tendre vers une concorde nécessaire pour avancer. En cela, le collectif Old Masters, qui avait déjà convoqué la figure de l’équidé et tressé un fil de pensée commun à trois à l’occasion de l’une de ses précédentes créations, Bande originale (2021), paraît ausculter son propre processus créatif, lui-même alimenté par trois individualités (Sarah André, Marius Schaffter et Jérôme Stünzi) qui n’apparaissent et n’existent artistiquement que sous la forme d’un organisme unique. Dans l’expérience contemplative et mélancolique qu’il propose, notamment grâce à l’enivrante composition musicale de Nicholas Stücklin, qui ne fait véritablement qu’un avec le ballet équestre, Le Cheval qui peint célèbre la puissance créatrice, transformatrice et vitale du groupe, quand bien même le corps prend parfois le pas sur la tête, et donc sur l’esprit. Loin d’être un carcan comme nos sociétés ultra-individualistes peuvent le laisser à penser, le collectif apparaît comme un lieu refuge, un espace de bienveillance et de consolation, un endroit où la concertation et l’écoute peuvent faire advenir la beauté, loin, très loin, de ce monde où des « oppresseurs » n’en finissent plus d’« Exercer le pouvoir jusqu’à ne plus pouvoir / Forer les sols pour encore plus de pouvoir / Prendre le pouvoir sur les gens, les idées. / Définir les règles pour dominer / Nier les droits, les fondements / Affaiblir les faibles / Humilier, écraser, expulser, ignorer / Bombarder des tentes / Bombarder des enfants dans des tentes / Bombarder des enfants blessés dans des tentes », tel que l’équidé, qui se sent « un peu en danger sans savoir pourquoi », l’a observé. Avec son Cheval qui peint, Old Masters propose alors une solution à trois corps où, si l’utopie rayonne, elle permet, quelque part, de reprendre espoir, et de résister.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Le Cheval qui peint
Écriture, chorégraphie et mise en scène Old Masters – Sarah André, Marius Schaffter, Jérôme Stünzi
Avec Julia Botelho, Anne Delahaye, Marius Schaffter
Création lumières Joana Oliveira
Création sonore et musique Nicholas Stücklin
Scénographie et costumes Jérôme Stünzi, Sarah André
Stagiaire scénographie Martin Riewer
Accompagnement au mouvement Loïc Touzé
Orchestre de la bande originale Luisina Ràbago (violon), Raya Raytcheva (alto), Beatriz Raimundo (violoncelle), Samuel Ramos (contrebasse), Marine Wertz (clarinette), Félicien Fauquert (cor), Nicholas Stücklin (lyre accordéon, percussions, synthés, samplers)
Transcription Rotem Sherman
Prise de son Ivan Verda

Production Old Masters
Coproduction Maison Saint-Gervais ; Théâtre Vidy-Lausanne ; Bonlieu Scène nationale d’Annecy ; Malraux Scène nationale Chambéry Savoie, dans le cadre du Projet Interreg franco-suisse n° 20919 – LACS – Annecy-Chambéry-Besançon-Genève-Lausanne

Durée : 1h10

T2G Théâtre de Gennevilliers – CDN, avec le Centre culturel suisse
du 25 au 28 mars 2026

Théâtre Vidy-Lausanne (Suisse), dans le cadre de Tempo Forte
du 24 avril au 3 mai

Pôle Culturel Jean Ferrat, Sauveterre, avec le Théâtre du Train Bleu, dans le cadre de la Sélection Suisse en Avignon et du Festival Off d’Avignon
du 6 au 16 juillet

Bonlieu Scène nationale d’Annecy
les 27 et 28 novembre

Malraux Scène nationale Chambéry Savoie
les 2 et 3 décembre

27 mars 2026/par Vincent Bouquet
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