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Océan, tacles et transmission

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Océan dans L'Infiltré
Océan dans L'Infiltré

Photo Pauline Le Goff

Auteur, comédien, metteur en scène et réalisateur, Océan – connu pour ses spectacles La Lesbienne invisible et Chatons Violents, comme pour ses films et ses séries, explorant sa transition de genre comme d’autres façons de faire famille, ou pour son essai Dans la cage. Une autobiographie socio-pornographique – revient au théâtre. Entouré de toute une équipe de créateurs, il déplie une réflexion qui, en traversant les formes et les genres, promet de tacler avec vivacité les rapports de domination et les systèmes d’oppression. Rencontre. 

Cela fait plusieurs années que vous n’étiez pas remonté sur scène. Pourquoi cette pause ?

Océan : Ces sept ans de pause m’étaient nécessaires pour travailler sur mes séries, mes films. J’avais alors envie de me concentrer plus sur l’audiovisuel et le cinéma. Et, en 2019, lorsque j’ai arrêté de tourner Chatons Violents [un seul en scène écrit en 2014 et joué jusqu’en 2019, NDLR], j’avais déjà commencé ma transition. Du coup, outre que j’étais un peu dépassé par tous mes changements, le fait d’avoir un passing de mec cis faisait qu’il y avait plein de vannes qui ne fonctionnaient plus. Certaines phrases qui étaient drôles dites par une femme – je parlais beaucoup des femmes – apparaissaient tout d’un coup comme un peu violentes avec cette nouvelle corporalité, cette nouvelle voix, ce corps qui changeait. Et puis, j’étais également fatigué par le rythme du théâtre privé : dans le privé, quand ton spectacle marche bien, tu joues tout le temps, ce qui a un impact sur ta vie sociale. J’avais, donc, envie de revenir au théâtre public pour avoir plus de temps de création, des périodes de jeu étalées avec des pauses et, surtout, pour pouvoir collaborer avec plus de partenaires artistiques – et là, ce sont presque dix personnes qui m’accompagnent à la création.

Il y a une continuité entre vos précédents spectacles et celui-ci…

O. : La démarche principale de Chatons Violents, c’était de dénoncer le racisme et l’homophobie de gauche qui se cachent souvent sous un humanisme bon teint. Je creuse ce sillon-là, mais en allant plus loin dans la radicalité et dans l’idée de montrer que tout le monde performe, subit et adopte des stratégies plus ou moins violentes. Je viens interroger aussi ma blanchité, mon propre pouvoir en tant que personne blanche, et comment nous sommes complètement imprégné·es de cette culture raciste. C’est important de ne pas être surplombant et je ne suis pas tendre avec moi-même – ce qui est le meilleur moyen de permettre aux personnes de s’identifier et de les embarquer dans une introspection. Il ne s’agit pas de distribuer les bons points ni de faire un discours militant bien sous tous rapports, mais plutôt d’admettre nos zones d’ombre, nos failles et la difficulté à bien faire. Après, quand je dis que nous sommes « ensemble », ce n’est pas une position dépolitisée – tout le spectacle nomme clairement les rapports de force et de domination.

Il y a notamment une forte présence des images. Pourquoi ?

O. : La question de la vidéo et de l’image étant devenue centrale dans ma vie, c’était évident pour moi de revenir avec ce travail sur scène. Avec Jean Doroszczuk, le vidéaste, nous avons filmé ensemble. Nous nous sommes plongés dans des archives, nous avons collecté des matériaux. Nous échangeons beaucoup et il joue en live avec moi, avec les images. Avec la vidéo se créent toute une narration et un échange, entre les moments où je l’ignore – et où elle peut désigner mon inconscient comme l’inconscient collectif –, et, au contraire, ceux où je joue avec et où je la montre, comme lorsque je m’appuie dessus dans mon rôle de conférencier.

Pourquoi choisir de débuter le spectacle sous la forme d’une conférence ?

O. : Cette position de vulgarisation scientifique est importante, en ce qu’il s’agit de sortir du « spectacle témoignage », qui est en général ce que l’on attend des personnes trans. La plupart des spectacles de, ou à propos de, personnes trans – parfois mis en scène par des personnes cis – sont complètement focalisés sur le témoignage. Si cette parole intime est certes importante et doit exister, cela peut perpétuer une altérisation sans fin des personnes trans et queer. Là, il ne s’agit pas de vous émouvoir avec mon témoignage exposant comme j’ai souffert et comment, nous les trans, sommes gentils. C’est pas ça le projet. Ce qui m’intéresse – et c’est pour ça que je remonte sur scène –, c’est de regarder la norme, sa folie, et se dire que nous avons du commun.

Nous partageons toutes et tous une expérience commune qui est l’apprentissage de la binarité à tout prix, de la séparation des hommes et des femmes. Performer son genre est une expérience commune. Chacune et chacun peut se sentir plus ou moins bien face à cela, mais nous sommes plus ou moins réduit·es à un moment ou un autre à se conformer ou à se sentir conformé·es par ces normes hégémoniques. Ce qui m’intéresse à travers ce personnage de conférencier « sachant », en costume, c’est, donc, de regarder ensemble comment la division des individus s’est construite et comment ce carcan fait commun, avec des stratégies de survie différentes. D’autant que ce personnage est très sincère et ce qui se dit dans cette partie de conférence me passionne : je me suis vraiment plongé avec intérêt dans ce sujet du dimorphisme principalement sexuel et des biais en sciences.

Vers quoi basculez-vous ensuite ?

O. : Là où, dans la première partie, c’est la grande histoire, la deuxième porte plus sur mon rapport à la masculinité dans mon histoire intime. Je raconte ce que c’est que d’avoir grandi dans les années 1980 où les références culturelles (telles Lemon Incest) transmettent que, ce qui est important, c’est d’être vu, regardé, aimé par les « papas blancs ». Toute notre culture populaire est imprégnée de cet inconscient pédocriminel normalisé par les objets culturels. On traverse donc la construction de cet apprentissage d’une société qui repose sur un gaslighting à grande échelle quant à sa désignation du bien et du mal, des gentils et des méchants ; et où la question du patriarcat est tout le temps imbriquée à la question de la blanchité. La troisième partie porte sur la transmission et des jeunes rencontrés lors d’ateliers menés à Paris, Strasbourg et Toulon apparaissent en vidéo dans une chorégraphie. L’idée, c’est de finir sur le collectif, de dire que nous devons les accompagner. C’est eux qui prendront la relève.

Le titre, L’Infiltré, renvoie à une analyse que vous posiez dès 2018, au début de votre transition, dans un entretien à Regards : le sentiment, en transitionnant, d’être infiltré parmi le monde des hommes cis. Si le propos biographique n’est pas forcément au centre de votre nouveau spectacle, les réflexions dépliées à partir de l’autoanalyse semblent nombreuses …

O. : Quand je jouais Chatons Violents, je me suis rendu compte que, de manière absolument inconsciente, je protégeais les hommes. Pour ne pas être catégorisé dans la case de la femme dont le lesbianisme est évidemment la preuve qu’elle a un problème avec les hommes, je n’avais que des personnages de mecs gentils et inoffensifs. Comme s’il n’y avait pas de problème avec les hommes. Je les ai longtemps protégés pour me protéger, moi, inconsciemment, du stéréotype. Alors qu’il y a, bien sûr, un problème avec les hommes. Tout le monde a un problème avec les hommes, même les hommes. Le fait d’avoir transitionné rend ce projet savoureux, parce que, quand bien même le public sait majoritairement que je suis un homme trans, attaquer la masculinité avec un passing de mec cis produit un truc psychiquement pour les gens beaucoup plus inattendu et complexe que lorsque c’est une femme.

Comment ce spectacle peut-il résonner au vu du contexte politique transphobe actuel ?

O. : Le texte final porte sur un jeune homme trans, ses difficultés au sein de sa famille. Si je ne le dis pas avec ces mots-là, je viens raconter à quel point il faut le protéger. J’énumère notamment toutes les horreurs du monde, pour terminer sur le fait que, pour certains parents, en dépit de toutes ces horreurs, leur plus gros problème est d’avoir un enfant qui transitionne ? Et ça, je pense que, pour les parents de jeunes personnes trans qui vont venir, c’est un propos qui peut être une claque dans la gueule – que moi, en tant que trans plus âgé, je peux me permettre d’adresser. Après, je suis là pour que ces jeunes personnes se disent qu’iels vont pouvoir vieillir, que c’est possible. Alors que la transphobie est tellement forte, que les taux de suicide chez les personnes trans sont très élevés, je veux porter la nécessité du collectif.

Propos recueillis par caroline châtelet – www.sceneweb.fr

L’Infiltré
Conception et écriture Océan
Mise en scène Océan, Flore Vialet
Avec Océan
Dramaturgie Leïla Adham
Chorégraphie Marlène Rostaing
Scénographie Marco Ievoli
Costumes Colombe Lauriot Prévost
Création lumière Léa Maris
Création sonore Elisa Monteil
Création vidéo Jean Doroszczuk
Composition Thibault Frisoni
Dessins Anaïs Caura
Réalisation des décors Ateliers du Théâtre national de Strasbourg
Répétitrice Debi Debbie
Régie générale Marie-Lou Poulain
Régie générale d’accueil Sébastien Jouen

Production déléguée En Votre Compagnie – Olivier Talpaert et Nathalie Untersinger
Coproduction Les Plateaux Sauvages, Mixt – Terrain d’arts en Loire-Atlantique, Châteauvallon-Liberté – Scène nationale, Théâtre National de Strasbourg et L’Avant-Poste
Coréalisation Les Plateaux Sauvages
Avec le soutien et l’accompagnement technique des Plateaux Sauvages
Avec l’accompagnement du Centre des Récits du Théâtre National de Strasbourg
Avec le soutien de la DRAC – Île-de-France et de la Ville de Paris

Durée : 1h50

Les Plateaux Sauvages, Paris
du 9 au 20 mars 2026

Théâtre national de Strasbourg
du 23 mars au 1er avril

Halle aux Grains, Scène nationale de Blois
les 9 et 10 avril

Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
du 22 au 24 avril

Châteauvallon-Liberté, Scène nationale de Toulon
du 5 au 7 mai

10 mars 2026/par Caroline Chatelet
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