Le BLOCK · Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape, dirigé par Moncef Zebiri, a été incendié dans la nuit de mardi à mercredi, conséquence de plusieurs nuits de violences urbaines dans la commune. Le lieu est de nouveau inutilisable, neuf ans après un incendie qui avait déjà ravagé le bâtiment, mais la détermination du chorégraphe est intacte. Il va se battre pour maintenir l’activité du CCN, pour les habitants du quartier.
Dans la nuit de mardi à mercredi, le BLOCK · Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape a été la cible d’un incendie criminel, entraînant sa fermeture pour une durée indéterminée. Dans quel état êtes-vous, avec votre équipe, 48 heures après ?
Notre sentiment est double, on est vraiment triste et motivé à la fois. On est triste parce que l’on a mis beaucoup d’énergie dans le lancement de ce projet, et motivé parce qu’on y croit plus que jamais. Il faut continuer à créer et à coconstruire avec les habitants. Ce n’est pas ça qui va nous arrêter.
Comment allez-vous concrètement poursuivre vos activités ?
Cela va être très compliqué, mais on a quand même un studio de repli. La collectivité et les tutelles publiques ont été très proches de nous dès la première minute. On s’est associé avec des structures locales, des associations et la mairie pour que nos activités puissent être maintenues, notamment la pratique amateur dans l’école adjacente. Les entraînements des danseurs vont être maintenus dans le studio, tout comme l’accueil des compagnies. On est en train de voir avec L’Échappée, un théâtre de la ville, pour accueillir aussi les compagnies. Toutes les activités seront donc maintenues, mais hors les murs.
Depuis votre prise de fonction, le CCN est devenu Le BLOCK, un lieu de création, mais aussi un lieu ouvert à tous les publics, avec beaucoup d’ateliers. D’ailleurs, mercredi, à cause de l’incendie, 60 enfants n’ont pas pu suivre le leur. Qu’avez-vous envie de dire à ceux qui ont incendié Le BLOCK ?
Je n’ai envie de jeter la pierre à personne. Au contraire, je pense qu’il faut qu’il y ait toujours de l’échange. C’est l’incompréhension qui crée toutes ces choses-là. Il faut que l’on construise ensemble et que l’on soit en paix. C’est ce message d’union que j’ai envie d’envoyer.
Vous avez bâti une grande partie de votre projet du BLOCK · CCNR comme un espace de rencontres et de pratiques ouvert aux habitant·es. Est-ce que cela n’est pas décourageant ?
Non, pas du tout. Parce qu’on se sent soutenu par les habitant·es, par les structures et les associations locales. Ce n’est pas ça qui va nous arrêter. J’ai grandi dans un milieu absolument similaire, je le connais par cœur. Je sais que ceux qui déconnent sont très minoritaires, c’est de la bêtise humaine.
Lors de violences urbaines, les cibles se portent généralement davantage vers les forces de l’ordre. Ici, c’est un établissement culturel qui est visé. Qu’est-ce que cela dit de la colère des incendiaires ?
Je ne pense pas que ce soit spécialement l’institution culturelle qui soit visée, mais la chose étatique. Pour eux, c’est le lieu le plus proche, le plus facile, le plus accessible. Mais je suis très optimiste, car les habitants sont acquis au projet. On a déjà développé plein de choses avec les mamans, avec les enfants.
C’est le second incendie pour le CCN en dix ans. Cela doit être une épreuve pour les gens du quartier…
C’est une vraie épreuve parce que, quand je suis arrivé, on a tout fait pour que le bâtiment soit pour eux. C’était un bâtiment mort dans lequel on a recréé de la vie. On allait coconstruire une fête de la danse, tous ensemble, avec les jeunes du quartier. Franchement, je suis dépité par rapport à ça, mais on est plus que jamais motivé pour repartir et relancer le projet.
Est-ce que c’est un défi de maintenir des lieux culturels dans les quartiers ?
Je dirais même que c’est une obligation, en tant que service public, de maintenir ce lien-là, sinon c’est le désert. Les jeunes sont livrés à eux-mêmes. Et moi, qui suis un pur produit de l’éducation artistique et culturelle, j’ai grandi dans les MJC, dans les centres sociaux qui m’ont permis d’être là aujourd’hui. Je ne peux pas baisser les bras. Comme je le dis à mon équipe depuis l’incendie : « On est là pour ces enfants, pour ces petits frères, pour ces petites sœurs. On ne peut pas les laisser seuls. »
Depuis les années 1980, le hip-hop a été une forme chorégraphique qui s’est hissée dans les institutions chorégraphiques. Vous en êtes, avec d’autres, le témoin. Cette culture hip-hop a permis à des Français qui ne se côtoient pas toujours de se réunir autour de leur appétit pour la culture et la danse. Est-ce que l’on a raté quelque chose dans la société, quand on voit que l’on s’attaque à un lieu culturel ?
J’ai envie de dire oui et non. C’est tout l’axe de mon projet de fédérer. Dans ma dernière pièce, Joga Bonito, on met en scène des footballeurs freestyle. Des jeunes qui n’étaient jamais venus au théâtre ont pris plaisir à regarder du foot freestyle, du break et à écouter de la bossa nova. À l’inverse, les plus âgés ne connaissaient pas du tout le breaking ni le foot freestyle, et c’est tout l’objet de mon travail. Il faut maintenir cette activité culturelle. C’est le message d’union que je souhaite porter.
Le 21 mai, se déroulera l’Opéra Breaking Battle, car dans les années 1980, sur le parvis de l’Opéra, Lyon s’est imposée comme l’un des lieux fondateurs du hip-hop en France, avec la création de Pockemon Crew, dont vous avez fait partie. Allez-vous continuer à préparer cet évènement ?
Absolument. Rien n’entache cet événement-là. C’est un évènement qui me porte, qui a beaucoup de sens pour moi, parce que j’ai vraiment débuté sur le parvis de l’Opéra de Lyon et, dès ce dimanche, on va tourner une vidéo avec toutes les générations qui sont passées par là. Il n’y a pas que Pockemon Crew. Dans les années 1980, il y avait déjà des danseurs devant le parvis. Et l’idée, c’est de créer un évènement fédérateur, festif, qui permet aussi à des jeunes d’aller à l’opéra et de se dire que ces institutions, elles sont aussi faites pour eux.
Propos recueillis par Stéphane Capron – www.sceneweb.fr



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