À Metz, dans le cadre de Passages Transfestival, puis à Dijon, Lille et enfin Paris, le jeune interprète palestinien retrace son parcours personnel dans une performance percutante, car très incarnée.
Écrivain avant d’être comédien, Mohammed Al Qudwa a publié son premier roman ainsi que plusieurs poèmes en 2022. Aujourd’hui, il se raconte sur scène dans un spectacle autobiographique qui commence justement par l’écriture. À la craie, l’artiste dessine sur le mur, silencieusement, rigoureusement, les lignes déliées des lettres arabes de mots calligraphiées avant de prendre la parole. Debout, droit et solennel, face à la salle, il déclare : « Quand je suis né, je n’ai ni pleuré, ni crié, je souriais d’être venu au monde. » Cette phrase ouvre et referme une représentation assez courte, mais dense, qui confronte à la douleur de se construire dans un pays en guerre. À l’image de la tonalité de ces premiers mots adressés, aucun misérabilisme n’affleure dans le récit relaté. Mohammed Al Qudwa ne pleure pas, ne se lamente pas, il raconte, avec une simplicité et une probité telles qu’il évite tout pathos. Et c’est là que résident la force et l’éloquence de la création élaborée pendant un an de travail entre Dijon et Metz, avec la complicité de Martha Kiss Perrone, qui cosigne la mise en scène.
Avec rien d’autre qu’une chaise pour tout décor et quelques accessoires à l’appui, Mohammed Al Qudwa donne à entendre et à voir son exil contraint et forcé. D’une radio émane une chanson vibrante qu’on lui devine familière. À travers elle refait surface le monde à la fois si proche et si lointain de son enfance passée à Gaza. Parmi les souvenirs convoqués, des voix, des sons, des lieux, forcément dispersés, l’artiste évoque sa jeunesse, ses études, sa famille, ses amis, des compagnons de route, dont certains sont désormais disparus, la maison devenue un abri dérisoire lorsque les bombardements faisaient rage et dévastaient tout le quartier où il a grandi, le bruit sourd des détonations qui côtoyait le silence de la peur. Sa mémoire se heurte parfois au manque, à la perte. Chaque tentative de se rappeler est pour lui un regret. Un mince blouson et un petit sac sur le dos, il raconte l’exil comme la seule voie possible. Partir avant le coucher du soleil ; tout laisser derrière lui ; prendre la route vers le sud sans envisager un retour en arrière. 3 Saisons et 1 corps est une œuvre qui puise ainsi son inspiration dans cette réalité vécue, dans une adversité constante, dont l’auteur et interprète finit miraculeusement par triompher.
Au centre d’une dramaturgie et d’une mise en scène d’une puissante simplicité, se trouvent les mots et le corps. Car si l’interprétation de Mohammed Al Qudwa transpire d’une remarquable force de conviction, d’une combativité et d’une sensibilité mêlées, c’est parce qu’elle tient à sa présence scénique solaire, et parce qu’elle engage continuellement le corps. Un corps toujours en alerte, élancé ou suspendu, dont les mouvements se font nets, incisifs, tout en tensions, en suspensions, en déséquilibres, pour dire et faire percevoir l’urgence, l’intranquillité, la menace, le danger. Karatéka de haut niveau, Mohammed Al Qudwa fait bel et bien du plateau de théâtre un lieu de lutte et de survie. Enfiler sa veste de kimono et dérouler au sol les ceintures de couleurs, qui représentent les grades sportifs qu’il atteint, est un geste métaphorique qui matérialise la trajectoire suivie avec courage et abnégation. Le bras levé vers le ciel, brandissant un document d’identité, il rejoue la traversée effectuée et questionne ce qu’il est. Au-dessus de la scène, suspendus à des fils, l’antique poste radiocassette, un sceau en étain, la chaise, le blouson et le sac noir de nomade sont autant d’éléments qui le constituent et déterminent une vie qu’il reste à construire.
Christophe Candoni – www.sceneweb.fr
3 Saisons et 1 corps
Texte, jeu et conception Mohammed Al Qudwa
Mise en scène Martha Kiss Perrone, Mohammed Al Qudwa
Dramaturgie Maëlle Poésy
Musique Anelena Toku
Collaboration musique Waseem Al Sisi, Juliano Abramovay
Collaboration danse Aurore Giaccio
Création lumière Sebia Falk en collaboration avec Giorgia Tolaini
Scénographie Jeanne Knoplioch
Traduction française Omaïma MachkourProduction Théâtre Dijon Bourgogne, Centre dramatique national
Coproduction Nouveau Théâtre Besançon, Centre dramatique national ; PassagesTransfestival – Metz ; NEST, Centre dramatique national transfrontalier de Thionville-Grand Est ; MA, Scène nationale – Pays de Montbéliard
Soutien Paris L’été ; Transversales, Scène conventionnée Cirque ; Festival d’Automne ; Espace des Arts, Scène nationale Chalon-sur-Saône ; La Vapeur, SMAC de DijonDans le cadre de la saison Méditerranée 2026 et du projet GRACE, cofinancé par l’UE via le programme Interreg Grande Région 2021/2027
Durée : 1h15
Vu en mai 2026 aux Trinitaires, Metz, dans le cadre de Passages Transfestival
Théâtre Dijon-Bourgogne, CDN, dans le cadre de Théâtre en Mai
du 27 au 29 maiCinéma de la Gare Saint Sauveur, Lille, dans le cadre du festival Latitudes Contemporaines
le 6 juinLycée Henri Bergson, Paris, dans le cadre du Festival Paris l’été
les 30 et 31 juillet


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