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« L’Inhabitante », la pièce hantée de Leïla Cassar et Maxime Mansion

A voir, Les critiques, Lyon, Théâtre
Maxime Mansion met en scène L'Inhabitante de Leïla Cassar
Maxime Mansion met en scène L'Inhabitante de Leïla Cassar

Photo Lea Thuong-See

Des femmes dans une ville hostile. Autant leur genre que leurs galères les assignent à l’errance dans L’Inhabitante que Leïla Cassar a écrit en s’inspirant de la mutation du quartier de Perrache, à Lyon. En créant un dispositif sonore au casque, Maxime Mansion atténue la portée sociologique de cette écriture pour s’approcher plus encore du sensible. Une très belle réussite.

« Ici vous êtes déjà chez vous, l’écoquartier du futur. Venez vivre à la Confluence. » Cette affiche décrite dans le texte de Leïla Cassar ne se trouve pas dans l’adaptation qu’en signe Maxime Mansion aux Célestins. C’est pourtant dans ce quartier de Lyon que se situent ces récits croisés à trois époques différentes – années 1980, 1990, puis aujourd’hui – au cours desquelles le quartier de Perrache, devenu Confluence, a tant évolué. Il s’est « gentrifié » comme le mentionne le résumé de la pièce. Longtemps, au sud de cette gare, c’était la « zone » : les prostituées avaient leurs camionnettes, le marché de gros était légion. Depuis, de grands travaux urbanistiques ont été initiés par le maire Raymond Barre et poursuivis par son successeur Gérard Collomb avec le prolongement du tram et l’édification du Musée des Confluences – le plus visité de France en dehors de Paris. Jean Nouvel, Rudy Ricciotti et Christian de Portzamparc (le siège de la Région Auvergne-Rhône-Alpes) y ont posé leur patte, les prix ont augmenté et la population a, de fait, changé.

Sur le plateau imaginé par Maxime Mansion, il ne reste de cela qu’un abribus pivotant indiquant l’arrêt « Perrache » et une vieille carte de transport représentant Lyon. Pour le reste, pas de discours sociologisant – ou à peine dans la dernière partie, le temps de quelques phrases sur l’organisation du capital. Nous sommes ici dans une expérience théâtrale extrêmement sensible. Casque vissé sur les oreilles, les sons de la ville se superposent aux voix des interprètes microtés. Le raffut des engins de chantier quand le quartier fait sa mue, le sifflement des transports en commun, les échanges verbaux entre passants… C’est tout un univers qui enveloppe Suzanne, la prostituée joyeuse, Denise, la résidente cantonnée aux logements sociaux qui s’invente un avenir aussi radieux qu’improbable, sa fille ado, Jules, fan des Béru. Bientôt, elle va préférer l’errance aux murs moisis. Effrontée comme le Pinocchio de Pommerat, elle rencontre un gigolo attachant et doux, bien plus que ce type un peu dégueu qui lui demande des services sexuels en échange de trois poires. Et enfin, arrivent Louison et Keira, en jogging rose. Elles font des tours dans le quartier au volant de leur voiture en attendant les appels de clients UberEats. De À cause des garçons à PLK, au gré d’un vocabulaire très ancré dans sa période – parfois trop : « sensas», « chébran » … –, 30 ans défilent, mais surtout, le travail de Maxime Mansion donne de la beauté à ce lieu plusieurs fois qualifié de « laid ». Toutes les femmes vont se cogner la lourdeur des hommes, la menace qu’ils représentent, le territoire qu’ils s’accaparent.

Le metteur en scène, formé comme comédien à l’ENSATT à la fin des années 2000 – il joue un petit rôle ici –, passé par la troupe permanente du TNP sous l’ère de Christian Schiaretti, est un ardent défenseur des écritures contemporaines par l’intermédiaire du festival En Acte(s) (devenu précisément Les Contemporaines) qu’il a créé en 2014. En montant Inoxydables de Julie Ménard, prix du public du festival Impatience en 2019 – déjà avec l’actrice Juliette Savary –, ou le mémorable Gris en 2017 en petit format à partir de témoignages de la vie sous l’Occupation à Villeurbanne, il a fabriqué un théâtre qui contenait les germes de cette Inhabitante, par l’utilisation prégnante du langage qu’est la musique, par son approche sensorielle, voire sensible et même olfactive – la fumée et les odeurs de cigarettes sont ici tout sauf un détail. « Ici, on ne voit pas loin, on voit tout de proche car on est tout petit », dit Denise au début de la pièce, coincée dans son appartement exigu. Le théâtre de Maxime Mansion agrandit leurs univers. Et un peu le nôtre aussi.

Nadja Pobel – www.sceneweb.fr

L’Inhabitante
Texte Leïla Cassar
Direction artistique Maxime Mansion
Avec David Achour, Jasmine Bouziani, Pauline Coffre, Lorène Menguelti, Juliette Savary
Scénographie Amandine Livet
Lumière Gabrielle Marillier
Vidéo Nicolas Drouet
Son Quentin Dumay

Production Compagnie EN ACTE(S), Compagnie Idio(m)rythmie
Coproduction Les Célestins – Théâtre de Lyon, Les Ateliers Frappaz – Centre national des arts de la rue et de l’espace public à Villeurbanne, l’Usine – Centre national des arts de la rue et de l’espace public à Tournefeuille/Toulouse Métropole
Soutiens et résidences L’Inhabitante a bénéficié d’un FABLAB, de l’Aide à la création d’ARTCENA, ainsi que de l’Aide au Spectacle dramatique de la SPEDIDAM.

Le projet est accueilli en résidence par le Jardin de Verre – Cholet, L’Assemblée – Fabrique Artistique de la Ville de Lyon, la Scène de Pays – Beaupréau, la Fédération, le RIZE – Villeurbanne, Les Ateliers Frappaz – Centre national des arts de la rue et de l’espace public à Villeurbanne, l’Usine – Centre national des arts de la rue et de l’espace public à Tournefeuille / Toulouse Métropole.

Durée : 1h35

Les Célestins, Théâtre de Lyon
du 6 au 17 janvier 2026

11 janvier 2026/par Nadja Pobel
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