Trajectoires 2026, le festival de spectacle vivant autour des récits de vie, se déroulera du 13 janvier au 13 février. Il fédère six structures culturelles des Alpes-Maritimes : le Théâtre National de Nice – CDN Nice Côte d’Azur, la Scène 55 à Mougins, le Théâtre de la Licorne de Cannes, le Théâtre de Grasse, la Médiathèque de Mouans-Sartoux et le Forum Jacques Prévert de Carros, qui en assure la coordination. Un théâtre dirigé par Leïla Benhabylès, qui a pris ses fonctions au cours de l’année 2025.
Cette édition de Trajectoires a été conçue par tous vos collègues, avant que vous n’arriviez à Carros. Est-ce qu’elle correspond à ce que vous imaginez pour le festival ?
C’est tout à fait la dynamique que j’ai envie de déployer. On est sur un territoire qui est tout de même un peu enclavé. Le fait de travailler en commun sur une même thématique, de réfléchir ensemble à la programmation est très motivant, car cela permet à chacune des structures de se faire connaître sur l’ensemble du territoire. Et la thématique, cette année, des récits de vie portés par la création contemporaine est au coeur des propositions qui m’intéressent. Cela va permettre au public de se reconnaître. Je souhaite aussi développer des propositions intergénérationnelles. C’est le cas déjà cette année avec des spectacles à partir de sept ans. Je souhaite aussi donner la parole au public, développer les bords de scène, les ateliers, les rencontres littéraires. C’est cette dynamique qui m’anime.
Cette année, les spectacles programmés au festival racontent des portraits intimes, de Lamine Diagne à Jean-Luc Lagarce, de Mohamed El Khatib à Redwane Rajel. Ces spectacles sont aussi une photographie de la société d’aujourd’hui…
Et c’est la force du théâtre de pouvoir parler du monde à travers l’intime avec ces portraits singuliers. Que le public puisse à travers ces parcours extraordinaires y trouver sa propre résonance. Sofiane Chalal aborde dans son premier spectacle en tant que chorégraphe un sujet très personnel, son propre corps, et Lamine Diagne, à travers la correspondance de Claude McKay, poète noir et activiste, va parler de la place de l’homme noir dans la société. On est vraiment sur des sujets qui font commun, qui ont une forte dimension sociale, politique et qui traitent de sujets très intimes.
Les spectateurs auront face à eux des artistes qui leur ressemblent. Est-ce là aussi la force du spectacle vivant, d’être le miroir de la société ?
Oui, il s’agit de donner à voir au plateau des choix de parcours, des histoires d’engagement qui parlent de nos faiblesses, mais aussi du courage et de l’engagement de chacun. C’est la force du théâtre, de pouvoir se reconnaître. Cela crée de la proximité avec le public. Et dans le contexte actuel, ces moments de communion me semblent importants à partager.
Cela passe par le jeune public. Aujourd’hui, il est de plus en plus le nez sur les écrans. Comment au Forum Jacques Prévert souhaitez-vous leur parler ?
Contrairement à ce que l’on peut penser, le théâtre ou les formes d’art peuvent leur parler directement. On aura un exemple fort dans la programmation avec Ça va faire mâle, la création de Vanessa Banzo, qui est une artiste du département, que l’on produit avec le Théâtre de Grasse. Son sujet aborde l’adolescence et les questions de harcèlement et de l’homophobie. Elle a travaillé sur le territoire, en allant à la rencontre de jeunes, pour créer son récit, afin d’avoir une adresse bien plus directe avec la jeunesse. On propose ce spectacle sous deux formes, en salle et en tournée dans les collèges. C’est la clef pour amener les jeunes à s’intéresser au spectacle vivant, qui doit les amener à se forger leur propre point de vue, et les armer face au flux d’images qui les envahissent sur les réseaux.
Parmi les spectacles, il y a celui de Redwane Rajel pour qui le théâtre a été une révélation. Aimeriez-vous que cela produise les mêmes effets sur votre public ?
La démarche d’aller au théâtre ouvre d’entrée de jeu de nouveaux horizons. Chacun fait son parcours de spectateur et approfondit ou pas la démarche. Le plus difficile est d’amener les personnes à franchir la porte du théâtre. Avec tous mes collègues, nous allons au-devant du public. Cela me semble important de travailler sur une histoire commune avec les structures partenaires sur le territoire pour proposer des parcours sur le temps long d’une saison, de créer une vraie relation avec les habitants, et de faire en sorte que ces lieux de spectacles soient des lieux de vie, et non pas des lieux où l’on va occasionnellement juste pour de l’événementiel. C’est pour cela que je trouve intéressant qu’à Carros, l’on soit une scène jeunesse, mais aussi une scène généraliste, et que l’on puisse offrir avec l’ensemble des partenaires un panorama de la création contemporaine en France.



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