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Lee Jaram, enchanteresse du pansori

Actu, Festival d'Avignon, Les interviews, Théâtre
Neige, neige, neige de Lee Jaram
Neige, neige, neige de Lee Jaram

Photo LG Arts Center, Studio AL

Elle est une véritable star en Corée, championne d’un art méconnu : le pansori, cette discipline lyrique qui mêle le chant, la narration, la danse et les percussions. Un répertoire de chants épiques ancestral qu’elle a aidé à propulser bien au-delà de son héritage patrimonial, chez elle comme à travers le monde. Pour sa troisième apparition au Festival d’Avignon, et pour la première fois dans le In, Lee Jaram revient avec Neige, neige, neige dans lequel elle adapte une nouvelle de Léon Tolstoï, Maître et serviteur. Performeuse lyrique de haut vol, cheffe de file d’un groupe de rock, chamane à ses heures perdues, rencontre avec une vibrionnante artiste, accompagnée de son acolyte et percussionniste de toujours, Lee Jun-hyoung.

Comment vous êtes-vous emparée de la nouvelle de Tolstoï ?

Lee Jaram : Si je voulais la résumer, je pourrais dire que Neige, neige, neige raconte l’histoire d’un personnage qui se perd dans un champ enneigé. Dans notre adaptation, nous suivons globalement la trame de la nouvelle de Tolstoï, mais nous ajoutons le point de vue de la narratrice que j’incarne. Donc je chante en même temps que je raconte, et j’ajoute mon point de vue.

Le pansori est un art peu connu en Corée, mais aussi en Europe. Pourriez-vous nous en dire plus à son sujet ?

L. J. : C’est un art lyrique né au XVIIe siècle où la chanteuse est la narratrice, seule sur scène avec un joueur de tambour. Il n’y a pas de décor, et c’est à travers le récit que des images apparaissent et disparaissent, un peu comme si on créait un dessin, un tableau sur la toile qui est notre scène. En ça, c’est un art vraiment magique.

Les origines de cet art sont contestées, mais certaines sources parlent justement de rituels chamaniques…

L. J. : Les spécialistes ne sont pas tous d’accord sur l’origine du pansori. L’une des principales théories, c’est qu’il viendrait effectivement des rituels chamaniques. D’autres sources penchent plutôt pour une origine littéraire ; d’autres encore défendent la thèse selon laquelle c’est avant tout un art populaire, issu directement de la société. Peut-être que c’est un peu de tout ça à la fois.

Sori signifiant « chant » et pan désignant un « lieu public », le pansori est-il d’abord un art de la rue ?

L. J. : Oui et non. Autrefois, les chanteurs de pansori étaient invités par de très grandes et riches familles lors de banquets, de fêtes traditionnelles ou d’anniversaires. Quand des chanteurs très connus étaient conviés, le bruit se répandait très vite et les villageois accouraient autour de la maison et grimpaient aux murs de la cour pour assister au spectacle. Et c’est ainsi que, de fil en aiguille, les gens se réunissaient pour voir les plus fameux pansoris se jouer dans la cour des riches familles.

Vous avez commencé à chanter très jeune, à l’âge de dix ans. Qu’est-ce qui vous a attiré dans cet art ancestral et peu connu ?

L. J. : Au début, je ne connaissais rien au pansori, mais, quand j’ai rencontré les maîtres Oh Jeong-suk et Song Soon-seo, je suis tombée sous le charme. Je chante du pansori depuis 36 ans maintenant. Bien entendu, comme toutes les professionnelles, j’ai eu des moments de découragement et parfois envie d’abandonner. Mais le pansori, c’est ce que je fais de mieux et, à force d’entraînement, je continue à parfaire cet art. Alors maintenant, après tant d’efforts, je ne peux plus abandonner. (rires)

Dans le pansori, la voix est très importante pour guider la narration, mais la musique aussi. Pourriez-vous nous expliquer en quoi ?

L. J. : Le pansori ne peut pas exister sans le tambour. Et non seulement il doit être parfait au niveau technique, mais il faut qu’il y ait une compréhension mutuelle sur le plan humain et sur le plan artistique entre la chanteuse et le joueur de tambour. On doit vraiment comprendre tous les deux parfaitement l’œuvre qu’on va monter sur scène. Par le passé, les chanteurs de pansori avaient toujours leur musicien attitré. Dans mon cas, Lee Jun-hyoung est mon unique et indispensable partenaire.

Je pourrai définir son rôle comme un porte-parole, un témoin, un soutien de la chanteuse. C’est en travaillant ensemble que l’on va décrire les situations, les émotions, les décors tout au long de l’histoire. Le pansori traditionnel peut durer, très, très longtemps [parfois jusqu’à 8h, NDLR]. Le tambour est donc indispensable pour soutenir la chanteuse.

Un autre élément caractéristique du pansori, c’est l’absence totale de décors et d’accessoires, à la seule exception de l’éventail. Pourquoi ?

L.J. : Comme le tambour, l’éventail est indispensable au pansori. Je crois que nos ancêtres chanteurs étaient vraiment très intelligents d’avoir choisi cet objet, parce que c’est l’objet idéal qui permet de décrire toutes les situations, toutes les émotions possibles. Il sait tout faire.

Après 300 ans d’existence, qu’est-ce que vous pensez que le pansori raconte encore aujourd’hui ?

L.J. : C’est un art très actuel parce qu’il parle du présent. Les chanteurs de pansori, dans le passé, racontaient les histoires de leur époque. Moi, en tant que chanteuse du XXIe siècle, je raconte aussi ce qu’il se passe autour de moi, en m’appuyant sur la littérature d’aujourd’hui.

Propos recueillis par Fanny Imbert – www.sceneweb.fr

Neige, neige, neige
Texte, adaptation et musique Lee Jaram
Mise en scène Park Ji-hye
Avec Lee Jaram, Lee Jun-hyoung
Dramaturgie Park Ji-hye, Howard Blanning
Scénographie et lumière Yeo Shingong
Assistanat à la scénographie Kim Minsung
Costumes Park Sojin (Assembled Half)
Régie générale Park Suye
Régie lumière Jung Seoyeon
Régie son Jang Taesoon

Production Wansung Playground
Coproduction LG Arts Center (première en avril 2025 au LG Arts Center Seoul)

Festival d’Avignon, Opéra Grand Avignon
du 17 au 22 juillet 2026, à 18h30 (relâche les 19 et 20)

18 juillet 2026/par Fanny Imbert
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