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« Le Livre de K » : Simon Falguières dans l’obscure clarté

Les critiques, Moyen, Théâtre, Toulouse
Le Livre de K de Simon Falguières
Le Livre de K de Simon Falguières

Photo Christophe Raynaud de Lage

Un entremêlement complexe de fils narratifs perturbe la réception de la dernière création de Simon Falguières. Le Livre de K, ode aux histoires, au théâtre, à la littérature et à la résistance, déploie sous les figures tutélaires de Kafka et de Shakespeare une esthétique dans la tradition d’un théâtre populaire et exigeant, qui penche toutefois trop du côté de ce dernier.

« Mais c’est qui alors la personne en bleu ? », me demande la spectatrice assise à côté de moi, femme âgée, mais visiblement en pleine possession de ses moyens, à l’issue de la représentation du Livre de K. La personne en bleu – dans une scénographie et des costumes de noir et de blanc –, c’est K, la figure centrale du spectacle, le fil rouge d’un récit gigogne parsemé d’incendies. C’est, dans le récit cadre, un auteur qui vit ses derniers jours à l’hôpital et tente d’achever son livre. C’est le double de Simon Falguières, puisqu’ils ont tous les deux le même âge – même si ce dernier paraît en bonne santé et, malgré la teinte testamentaire de son spectacle, devrait continuer encore longtemps de créer. C’est l’évocation également de Joseph Kafka, mort à 40 ans de tuberculose, évidemment. Le spectacle s’appelle Le Livre de K, comme la compagnie de Simon Falguières s’appelle Le K. L’auteur tchèque en est donc une source d’inspiration revendiquée. Et l’atmosphère étrange de son roman Le Château imprègne l’histoire de ce spectacle aux allures de conte : un dictateur – homme qui n’a qu’un œil (toute coïncidence…) – règne sur une mystérieuse contrée de bord de mer aux paysages nébuleux et neigeux, dominée par un inquiétant château.

« Mais c’est qui alors la personne en bleu ? ». C’est, par chance, l’une des questions auxquelles nous pouvions répondre au terme d’un spectacle dont la complexité de l’action gêne sensiblement la compréhension. Enchâssé dans le récit des derniers jours de K à l’hôpital auquel vient rendre visite une fidèle amie qui lui livre également des cassettes à écouter, le récit que celui-ci a inventé : Sandor (prononcer Chant d’or) et Hanna ont trois enfants. Les deux premiers, jumeaux, suivent des voies opposées. Tandis que l’un glisse du côté du pouvoir du château, l’autre entre en résistance par l’écriture. Le troisième, né après la mort du père, sauve son frère de l’incendie de la maison au prix de blessures qui vont affecter son destin. Leurs péripéties leur font également rencontrer le théâtre et son bouffon, au gré de scènes qui croisent l’intrigue et ses personnages. Dans ce puzzle qui ne procède pas chronologiquement, le spectateur se perd, c’est une certitude. Simon Falguières, dont on se souvient du Nid de cendres, spectacle fleuve de six heures, puis de douze heures, qui l’avait révélé à Avignon, veut ici renouer avec le grand format. Choix esthétique et politique à l’heure où les productions se compliquent, les budgets se contractent et les équipes se compriment, celui d’un théâtre artisanal, populaire et exigeant pour lequel le metteur en scène et sa compagnie mènent un véritable combat. Celui-ci trouve notamment sa traduction dans le Festival du Moulin de l’Hydre, que la troupe dirige chaque année à Saint-Pierre-d’Entremont, au prix d’un engagement largement bénévole, mais aussi par l’implantation en milieu rural de la compagnie Le K, dans une ancienne filature reconvertie en lieu de théâtre, où Simon Falguières a d’ailleurs lancé les premières répétitions de ce spectacle.

Iels sont donc onze sur scène, sur l’immense et superbe plateau du ThéâtredelaCité, CDN de Toulouse Occitanie. Avec des panneaux mobiles, quelques simples éléments de décor, des costumes aux codes couleur clairs et une création lumières qui façonne les espaces, Simon Falguières déploie son esthétique à la fois majestueuse et artisanale, belle et simple, qui caractérise son théâtre et fait signe de la tradition dans laquelle il s’inscrit. Malgré la narration complexe, les scènes s’enchaînent avec une grande fluidité dans une multiplicité de langages. Langue des signes, allemand, messages écrits, enregistrements audios, on communique de bien des manières et dans une variété qui fait toujours sens. Les interprètes, jeunes et talentueux, déploient avec netteté les parcours de leurs personnages, mais le spectateur a toujours l’impression de courir après l’histoire, cherche trop à comprendre ce qui se produit pour en profiter pleinement.

Contraint à tenir son spectacle dans des dimensions respectables – un peu plus de 2h30 –, Simon Falguières en a peut-être accéléré le cours. Initialement écrit sous forme de roman, et poursuivi en texte de théâtre, Le Livre de K déploie des personnages et des scènes qui ne demanderaient qu’à s’approfondir. Il y a certainement plusieurs spectacles en un, comme il avait séparé son Nid de cendres en de petites formes qui pouvaient être jouées indépendamment. Quelques scènes sont mémorables : la poétesse maltraitée, figure de la poétesse russe Anna Akhmatova, qui reçoit une amie dans son appartement truffé de micros de surveillance, le bouffon et son castelet de toile ou encore le dictateur qui fait tuer sa mère dans une scène de vrai-faux théâtre, notamment. Le propos fait écho à la sombre période qui se profile et au risque d’un retour de régimes autoritaires, et quelques fulgurances d’écriture marquent l’esprit. La beauté de l’ensemble est donc indéniable, mais, pour emporter le public, le spectacle devra perdre en solennité ce qu’il gagnera en fantaisie, et la clarification de sa narration, au soir de cette deuxième, en constitue encore le défi essentiel.

Eric Demey – www.sceneweb.fr

Le Livre de K
Texte, mise en scène et scénographie Simon Falguières
Avec Florence Banks en alternance avec Pia Lagrange, Rosa-Victoire Boutterin, Mathilde Charbonneaux, Lomane de Dietrich, Simon Falguières, Karine Feuillebois, Myriam Fichter, Charly Fournier, Liza Alegria Ndikita, Stanislas Perrin, Mathias Zakhar
Assistanat Lolita de Villers
Dramaturgie LSF Vincent Bexiga
Lumières Léandre Gans
Régie lumières Didier Barreau, Philippe Ferreira, Thelma Sanchez-Battestini
Accessoires Alice Delarue
Musique et conception sonore Hippolyte Leblanc, Simon Falguières
Régie son Jonathan Mathieu, Coline Honnons
Surtitrage et création vidéo Typhaine Steiner
Régie vidéo Éric Andrieu, Manuel Rufié
Costumes Lucile Charvet
Réalisation costumes Marion Moinet, Maïalen Biais
Régie habillage Muriel Senaux, Sabine Rovere
Régie plateau Alice Delarue, Roméo Rebière, Simon Clément, Flavien Renaudon
Régie générale Clémentine Bollée, Léo Thévenon
Régie son Hippolyte Leblanc
Accompagnement scénographique Emmanuel Clolus

Production Le K
Coproduction ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie, Théâtre Nanterre Amandiers, Théâtre Dijon-Bourgogne – CDN, Le Quai – CDN Angers, Transversales – Verdun dans le cadre du projet européen GRACE, Théâtre National de Liège dans le cadre du projet européen GRACE
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National

Le K est conventionnée par la DRAC Normandie, la Région Normandie et le département de l’Eure.

Durée : 2h35

ThéâtredelaCité, CDN Toulouse Occitanie
du 12 au 19 novembre 2025

14 novembre 2025/par Eric Demey
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