Après quarante ans d’absence, la compagnie new-yorkaise revient à Paris. À l’affiche du Palais des Congrès, ses jeunes danseurs noirs américains enthousiasment dans différentes pièces néoclassiques et contemporaines aux accents pop pleines de vigueur.
Après un passage à Bordeaux et avant de regagner Lyon, la célèbre troupe est, ce week-end, à Paris. Créée en 1969 par le danseur Arthur Mitchell et actuellement dirigée par Robert Garland, qui a été danseur dans la compagnie à la fin du siècle dernier, le Dance Theatre of Harlem est l’héritier d’une riche histoire fondée sur des valeurs aussi bien artistiques que politiques. En partance pour le Brésil où il est invité par l’Opéra de Rio de Janeiro, Mitchell apprend la mort de Martin Luther King et décide aussitôt de retourner dans le modeste quartier de Harlem où il est né et a grandi. C’est là, qu’en 1969, il monte à la fois une compagnie et une école de danse pour y défendre sa vision profondément démocratique et inclusive de la danse classique. Mitchell, qui fut l’élève de Balanchine à la School of American Ballet, puis est devenu soliste star du New York City Ballet, a connu dans sa carrière les discriminations raciales et demeure convaincu que sa pratique artistique n’est pas affaire de couleur de peau. Il veut alors transmettre sa technique aux jeunes défavorisés et à toute sa communauté pour ainsi prouver la capacité des artistes noirs à s’illustrer dans la danse classique. Dès la fin des années 1970, le Dance Theatre of Harlem acquiert une renommée internationale et entame des séries de tournées emblématiques. À Paris, la troupe présente en 1985 une version créole du ballet Giselle transposé dans le contexte de La Nouvelle-Orléans ségrégationniste.
La mixité et la diversité demeurent bien la marque de fabrique du Dance Theatre of Harlem. Faisant fi d’un académisme guindé, la compagnie affiche sans complexe une large pluralité et affirme pleinement son identité. Sa virtuosité réside surtout dans l’étonnante décontraction et la vivacité qui émanent de la danse et emboîtent presque le pas à la technicité. Sa façon de conjuguer des influences manifestement classiques, modernes et contemporaines, appartenant au répertoire, au jazz, au swing, aux cultures afro-américaines, comme celle de cultiver avec évidence l’hybridité d’un style à la fois pointu et flirtant avec l’entertainment, a quelque chose d’indéniablement séduisant. Cela est pleinement manifeste dans les nombreuses pièces présentées. Malgré quelques baisses de pression dues au caractère très haché du programme, les interprètes montrent autant de rigueur que de jubilation et parviennent à étirer une belle palette d’émotions.
Nyman String Quartet No. 2 de Robert Garland se présente comme une attaque flamboyante. L’œuvre est dédiée à la mémoire de deux hommes admirables : le fondateur et directeur artistique émérite du Dance Theatre of Harlem, Arthur Mitchell, déjà évoqué, et John Wesley Carlos, un ancien médaillé d’athlétisme aux Jeux olympiques d’été de 1968. Au gré d’innombrables entrées et sorties, les danseurs déploient une énergie quasi gymnique et une gestuelle souple et légère, bondissante et aérienne, avant de former pour finir une ligne d’ombres le bras levé vers le ciel. L’envoûtant pas de deux Take Me With You de Robert Bondara qui suit s’offre comme une accalmie passagère. Un moment court, sensuel, suspendu, qui prend vie sur les vibrations de la chanson Reckoner de Radiohead. Un couple, en sous-vêtements et chemise blanche négligemment portée, s’attire tout en lascive complicité.
Non sans nostalgie, mais plein de rebonds, le lumineux et enjoué Higher Ground, chorégraphié par Robert Garland sur plusieurs tubes de Stevie Wonder, ne cherche pas à rendre compte explicitement des combats civiques qu’il aborde, mais tend plutôt à rendre solaires et organiques les valeurs qu’il défend corps et âme et à célébrer un rapport harmonieux et festif au monde. Plus pointu, Blake Works IV de William Forsythe dynamise, fouette jusqu’à faire carrément vriller les corps en présence dans un tourbillon magistral de vélocité et d’élasticité physiques chères au chorégraphe américain qui, après avoir signé un génial premier opus à l’Opéra de Paris, revient à la musique électro groove de James Blake de manière encore plus déstructurée. Ces pièces, comme les quatre autres qui constituent le deuxième programme présenté en alternance, donnent l’occasion de voir s’accomplir de brillantes individualités, comme de se laisser griser par l’élan collectif d’une communauté de danseurs bien soudée.
Christophe Candoni – www.sceneweb.fr
Programme A
Return
Chorégraphie Robert Garland
Musique James Brown, Alfred Ellis, Aretha Franklin, Carolyn Franklin
Conception et réalisation des costumes Pamela Allen-Cummings
Éclairage Roma FlowersTake Me With You
Chorégraphie, éclairage et costumes Robert Bondara
Musique RadioheadDonizetti Variations
Chorégraphie George Balanchine
Musique Gaetano Donizetti
Costumes Katy A. Freeman
Éclairage Andrea Sala
Mise en scène pour DTH Kyra Nichols GrayFirebird
Chorégraphie John Taras
Musique Igor Stravinsky (The Firebird Suite, version de 1945)
Conception originale des costumes et des décors Geoffrey Holder
Exécution du costume original Grace Costumes, Inc.
Éclairage original Clarke W. ThorntonProduction Dance Theatre of Harlem
Durée : 1h45
Palais des Congrès, Paris
les 27 et 28 février 2026Bourse du Travail, Lyon
les 6 et 7 mars
Programme B
Nyman String Quartet No.2
Chorégraphie Robert Garland
Musique Michael Nyman
Conception et exécution des costumes Pamela Allen-Cummings
Conception d’éclairage Roma FlowersTake Me With You
Chorégraphie, éclairage et costumes Robert Bondara
Musique RadioheadHigher Ground
Chorégraphie Robert Garland
Musique Stevie Wonder
Conception des costumes Pamela Allen-Cummings
Conception d’éclairage Roma FlowersBlake Works IV (The Barre Project)
Chorégraphie William Forsythe
Musique James Blake
Création lumière Brandon Stirling Baker
Costumes William Forsythe, Katy A. Freeman
Son original Benjamin Young
Assistants mise en scène et chorégraphique Jodie Gates, Noah Gelber, Benjamin PeraltaProduction Dance Theatre of Harlem
Durée : 2h
Palais des Congrès, Paris
les 26 et 28 février 2026Bourse du Travail, Lyon
les 5 et 7 mars



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