Dans son art si personnel, tissant langue poétique et théâtre artisanal joyeux, Lazare revient à travers Marat et Olympe de Gouges sur la période révolutionnaire. Une manière de raviver la flamme que L’Avenir des reflets, long spectacle, peine toutefois à entretenir.
Ambiance pré-révolutionnaire du côté du Théâtre de la Colline. Lazare traverse la Révolution française comme pour mieux réinsuffler un esprit et un allant qui manqueraient aujourd’hui pour que tout puisse basculer à nouveau. Dans le bon sens. Centrant son récit autour des personnages de Jean-Paul Marat – celui assassiné dans son bain par Charlotte Corday – et d’Olympe de Gouges – l’illustre défenseuse des droits des femmes, et pas que –, il construit un spectacle pas tout à fait historique, pas tout à fait politique, ni tout à fait poétique, mais bien les trois à la fois. On y croise bon nombre de figures en plus de celles susnommées, dont certaines, tels Lafayette ou Molière, qui en prennent pour leur grade de légendes nationales.
De toute façon, un spectacle de Lazare offre toujours un rapport à la langue révolutionnaire en lui-même. Si l’art de la poésie consiste à interroger le langage, Lazare le fait à coups de jeux de mots et de retours de ses phrases sur elles-mêmes qui ne laissent jamais l’esprit tranquille. Drôle, simple et insoumise à un usage quotidien, sa langue réfute l’innocence des mots et renouvelle leur usage. La parole est souvent distribuée de manière chorale dans le spectacle, et l’histoire de L’Avenir des reflets souligne à travers les deux figures centrales qu’il a choisies l’importance de l’écriture. Marat et son journal L’Ami du peuple, tout comme de Gouges et ses publications revendicatives, font des mots des armes au service des humbles et des dominés. De ceux qui, dans une scène initiale, débarquent chez l’assistante sociale, qui use de son statut de fée pour distribuer à des bébés des sorts absolument arbitraires et définitifs. Mais où est donc passée la juste méritocratie ?
Cette ambiance révolutionnaire se tisse par ailleurs à travers des échos entre hier et aujourd’hui qu’habilement Lazare construit, l’air de rien. Comme son titre l’indique, L’Avenir des reflets projette dans le passé un futur avenir possible, mais a la délicatesse de ne pas produire de liens plus nets que le flou des reflets. Compliqué ? Les époques se superposent. La Révolution est revisitée avec des éléments contemporains qui s’y insèrent presque naturellement. Par ailleurs, dans le goût de son théâtre pour des chansons populaires qu’il recycle ou qu’il crée, dans ce théâtre artisanal ponctué de chausse-trappes, de cartons, de carrosses en carton-pâte et autres bébés poupées, le tout dans la circulation d’un échafaudage, avec costumes de soirées déguisées à l’avenant, il y a chez Lazare quelque chose du théâtre de troupe d’antan, quand le théâtre constituait encore pour le pouvoir politique une sérieuse menace.
3h25 sans entracte, c’est cependant la durée d’un spectacle mené toujours tambour battant et réclamant une tension de l’esprit de tous les instants. Sans véritable progression dramatique autre que celle du déroulé de l’Histoire, sans situations autres que celles de personnages se battant pour faire advenir un monde meilleur, la succession de tableaux a beau être portée par une troupe énergique, extrêmement coordonnée et précise, où Ava Baya brille particulièrement dans le rôle d’Olympe de Gouges, et où Denis Lavant occupe le rôle de Marat, l’attention peine à ne pas fléchir dans le cours d’une action qui, malgré sa trajectoire chronologique, paraît parfois tourner en rond. Le cycle de l’Histoire repassera-t-il les plats ? L’Avenir des reflets s’annonce en tout cas comme le premier d’une série de trois spectacles qui auscultera le passé dans sa manière de hanter le présent.
Eric Demey – www.sceneweb.fr
L’Avenir des reflets
Texte et mise en scène Lazare
Avec Anne Baudoux, Ava Baya, Jérôme Billy, Myrtille Hetzel, Denis Lavant, Marion Malenfant, Pierre Thionois, Gabriel Tur, Myrtille Hetzel (violoncelle, piano), Jérôme Billy (piano), Gabriel Tur (batterie, piano), Nicolas Testa (basse)
Lumières Philippe Berthomé
Costumes Marion Xardel, assistée de June Nguyen et avec l’aide de l’atelier costumes de La Colline
Collaboration artistique Anne Baudoux
Scénographie et accessoires Marguerite Bordat, assistée de Lucile Guenal
Composition musicale Myrtille Hetzel, Jérome Billy, Ava Baya, Gabriel Tur
Conseil musical Myrtille Hetzel, Eddy Kent
Son et collaboration musicale Nicolas Testa
Assistanat à la mise en scène Marion Harlez Citti
Fabrication du décor ateliers de La Colline
Direction technique Bruno Bléger
Régie de scène compagnie Yoan WeintraubProduction Vita Nova
Coproduction La Colline – théâtre national ; Bonlieu – Scène nationale d’Annecy ; La Passerelle – Scène nationale à Saint Brieuc ; Mixt – terrain d’arts en Loire-Atlantique ; L’Empreinte – Scène nationale Brive-Tulle ; Théâtre National de Bretagne – Centre dramatique national
Avec le soutien du Fonds SACD/ministère de la Culture – Grandes formes théâtre, de La Chartreuse – Centre national des écritures du spectacle, de la DRAC Île-de-France, du fonds d’insertion de l’École du TNB et de la SpedidamDurée : 3h25
La Colline – théâtre national, Paris
du 19 mai au 20 juin 2026Mixt – terrain d’arts en Loire-Atlantique, Nantes
les 11 et 12 février 2027La Passerelle, Scène nationale de Saint-Brieuc
le 17 févrierBonlieu, Scène nationale d’Annecy
le 1er avrilThéâtre National de Bretagne, Rennes
du 14 au 16 avrilL’Empreinte, Scène nationale Brive-Tulle
les 27 et 28 avril


Laisser un commentaire
Rejoindre la discussion?N’hésitez pas à contribuer !