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"La fabbrica", ode à la condition ouvrière – reprise à Marigny

A voir, Agenda, Les critiques, Paris, Théâtre
Copyright - Mario Del Curto

Copyright - Mario Del Curto

Sur le plateau, une vague de métal s’est étalée, difforme, disproportionnée, comme si le laminoir d’une aciérie avait connu des soubresauts, des ratés. Comme ci ce laminoir malade avait craché toute la haine qu’il porte en lui, tout le malheur qu’il a fait subir à des générations d’ouvriers. Cette vague de métal se reflète sur les visages des comédiens et des chanteurs de « La fabbrica ». Elle se reflète aussi dans le ciel étoilé, elle s’incruste dans la vie. Une usine, un haut fourneau, une aciérie, ce sont des verrues dans la vie des ouvriers et des habitants d’une cité. Des monstres qui ne peuvent s’effacer des mémoires. Des édifices qui s’imposent, se subissent. « Je parle des ombres. Les ombres des gens. Les ombres des objets. L’ombre de la fabbrica est grande. Elle laisse dans son sillage une trace » chante le chœur de la Fabbrica à la fin du spectacle. Et c’est de cela dont parle le spectacle de Charles Tordjman, de la condition ouvrière, des ouvriers qui petit à petit disparaissent. Et des traces indélébiles laissées dans l’âme des ouvriers, ou encore des traces visibles comme la maladie.

Ascanio Celestini a écrit un texte poignant, à la fois poétique et si proche de la réalité. Ce sont des morceaux d’histoires. On y parle de Fausto qui a perdu une jambe à l’usine, d’Assunta la belle jeune fille qui porte en elle un lourd secret… La pièce parle de la condition ouvrière, mais aussi de l’Italie, de son histoire, du fascisme, du communisme. « La fabricca » est un grand poème, une fresque, une ode à la condition ouvrière. Pour écrire ce texte, Ascanio Celestini a enquêté. J’ai recueilli des histoires isolées, des fragments qui tournent tous autour du vécu physique de l’usine. Celui qui raconte le travail, raconte quelque chose de son propre corps. Même quand il parle du cahier des charges collectif, des litiges syndicaux et de l’article 18, il emploie un vocabulaire qui fait référence au corps. Comme si, pour parler de ce qui est arrivé, il fallait transposer dans un langage qui a pour référence la maladie et la santé, la beauté et la difformité, la force et la faiblesse. Extrait de l’interview (dossier pédagogique – Théâtre de la Ville). Et cette force intérieure résonne pendant toute la durée du spectacle, soulignée par le jeu précis et sans pathos de Serge Maggiani et Agnès Sourdillon.

Lorsqu’Ascanio Celestini monte ses spectacles en Italie, il est seul sur scène. Charles Tordjman, le directeur du CDN de Nancy-Lorraine a choisi à côté des deux comédiens d’associer le trio de chant de Giovanna Marini. La chanteuse est connue en France. On a pu la voir notamment dans Urlo, au côté d’un autre metteur en scène italien Pipo Delbono. Les chanteurs viennent souligner l’action de la pièce par des chants polyphoniques, des incantations qui résonnent dans cette « fabbrica ». Il faut aimer ces chants, être sensible à l’émotion qu’ils dégagent. Cela peut-être rebutant. Alors il faut fermer les yeux et se laisser bercer en imaginant les mots qui se dégagent de ces mélopées lancinantes, tout en regrettant de ne pas capter la richesse de la langue d’Ascanio Celestini.  « La fabbrica te tue, elle promet mais ne tient pas ses promesses. La fabbrica te fait mourir. Ne pleure pas c’est inutile. Quand j’y suis rentré, elle me serrait dans les bras. Je me sentais comme un guerrier qui s’empare du monde. » Malgré cela Charles Tordjman livre une mise en scène intelligente et maitrisée qui met en valeur la beauté de la langue d’Ascanio Celestini, là où Pipo Delbono éructe et crie dans « La menzogna » qui traite du même sujet.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

Bio d’Ascanio Celestini – d’après dossier de presse
Ascanio Celestini naît à Rome en 1972. Ses études en littérature et en anthropologie à l’Université de Rome lui font aborder le théâtre par une voie parallèle. Il se familiarise ainsi avec la commedia dell’arte et l’art du masque, développant une réelle fascination pour la tradition et les techniques du récit oral.
Il anime régulièrement des laboratoires de théâtre et enseigne les techniques du conte et de la construction de masques aux acteurs professionnels. Il s’illustre par un travail d’écriture tout à fait personnel, essentiellement réalisé sur base de témoignages et de rencontres avec des ‘gens ordinaires’. Ses thématiques sont variées mais toujours en étroite relation avec son Italie natale ou avec l’environnement familial dans lequel il a grandi. Il est fréquemment metteur en scène et interprète de ses propres pièces (principalement des monologues). Citons : Cicoria (1998), pièce qui a comme sujet l’imaginaire dans l’oeuvre de Pasolini; la trilogie Milleuno, composée des pièces Vita morte e Miracoli, Baccalà et La fine del mondo qui, réalisées entre 1998 et 2000 concernent toutes la narration, la tradition orale ou le récit de vie; Radio Clandestina (2000), basée sur la nouvelle d’Alessandro Portelli liée à la mémoire orale et consacrée au massacre des civils dans les Fosses Ardéatines en mars 1944; Fabbrica (2001), Saccarina (2001) qui conte les histoires des ghettos de Rome et de Lodz, durant la seconde guerre mondiale, et sa dernière pièce, Le Nozze di Antigone.
Ascanio Celestini a reçu en 2002 le Prix de la Critique, décerné par l’Association Nationale des Critiques de Théâtre ainsi que le Prix Ubu pour ses recherches approfondies de l’Histoire dans ses histoires.
 avec Serge Maggiani, Agnès Sourdillon et le trio de chant Sandra Mangini, Germana Mastropasqua en alternance Giovanna Marini et Xavier Rebut
traduction: Olivier Favier
mise en scène :Charles Tordjman
chansons composées par Giovanna Marini
scénographie: Vincent Tordjman
lumières: Christian Pinaud
costumes: Cidalia Da Costa
collaboration artistique: Zohar Wexler

Théatre Marigny – Paris

Du 1er au 24 octobre

 

 
 

9 octobre 2010/par Stéphane Capron
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