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« J’ai dans la tête un sac de frappe », et quelques jolis hématomes

A voir, Bagnolet, Evry, Les critiques, Théâtre
Sylvain Sounier et Maxime Kerzanet créent J'ai dans la tête un sac de frappe à L'Échangeur
Sylvain Sounier et Maxime Kerzanet créent J'ai dans la tête un sac de frappe à L'Échangeur

Photo Thomas Bader

Avec la complicité de Maxime Kerzanet, le comédien Sylvain Sounier convoque plusieurs étapes-clefs de son parcours professionnel pour explorer, sans amertume, les différentes formes de violence qui peuvent sous-tendre une création théâtrale.

Celles et ceux qui l’ont vue s’en souviendront sans mal. Tandis que l’entracte de Au moins j’aurai laissé un beau cadavre (2011) vient de s’achever, au rythme du Sarà perché ti amo de Ricchi e Poveri diffusé en boucle, la sidérante exploration du Hamlet de Shakespeare conduite par Vincent Macaigne reprend et, peu avant qu’un immense château gonflable ne se dresse sur le plateau du Cloître des Carmes, Claudius met à mort Hamlet Ier – dans le cadre de la pièce que monte son fils – au cours d’une scène d’une violence extrême où, pendant de très longues minutes, le premier s’acharne sur le second, à coups de bouteilles remplies de faux sang et de « Ferme ta gueule ! » répétés à l’envi. L’effet est saisissant, comme l’est l’ensemble de cette pièce qui compte parmi les plus marquantes de ces vingt dernières années. Sur la scène, Sylvain Sounier encaisse les assauts de son camarade de jeu et, quand le fameux château se gonfle, sent ses oreilles se remplir de cette hémoglobine de pacotille, sans pouvoir totalement l’évacuer par la suite. Quelques mois plus tard, à l’occasion de la reprise du spectacle de Vincent Macaigne à Chaillot, raconte-t-il aujourd’hui dans J’ai dans la tête un sac de frappe, le comédien est pris d’un mal d’oreille à ce point irradiant qu’il le pousse à prendre du paracétamol. Trop de paracétamol. Jusqu’à se flinguer le foie. Emmené aux urgences de l’hôpital Lariboisière par sa petite amie, l’acteur est rapidement sorti d’affaire, et ressort avec des antibiotiques contre son abcès à l’oreille et un arrêt de travail qui le dispense de se produire le soir venu. Sauf que, les comédiennes et les comédiens ne se laissant pas aussi facilement couper dans leur élan, Sylvain Sounier décide de monter sur scène comme prévu, et fait alors violence à son propre corps qui, après ce lot d’épreuves, aurait sans doute mérité un peu de repos.

Cette histoire pourrait passer pour anecdotique si elle ne constituait l’une des pièces du très fin puzzle que le comédien assemble au cours de son pas de deux avec Maxime Kerzanet sur le plateau de L’Échangeur de Bagnolet. Au rythme des trop rares morceaux interprétés à la guitare par son complice musicien et co-metteur en scène, Sylvain Sounier recompose une forme d’espace mental où cohabitent, et souvent se percutent, les souvenirs des artistes qu’il a croisés, des personnages qu’il a incarnés, ou plutôt réinventés, et des univers qu’il a traversés durant les quinze premières années de sa carrière, à commencer par ceux, ô combien singuliers, de Vincent (Macaigne) et Sylvain (Creuzevault). Par le premier, l’acteur a été embauché à l’issue d’un casting organisé le lendemain de l’une des représentations de son Requiem 3, donné en mars 2011 au Théâtre des Bouffes du Nord ; par le second, il fut embarqué, près de deux ans plus tard, dans une aventure au long cours : quinze mois de répétitions en Lozère autour du Capital de Karl Marx, qui ont abouti au formidable Le Capital et son singe (2014). Pour examiner ces moments-clefs de sa vie professionnelle, Sylvain Sounier les fait se succéder dans des esthétiques habilement marquées qui, en empruntant certains codes et autres gimmicks de Macaigne et Creuzevault, feront sans aucun doute sourire les spectatrices et spectateurs familiers de leurs univers. Surtout, le comédien ne cesse de se diffracter en une collection de personnages et de figures. Si Vincent et Sylvain – dont les noms ne sont jamais clairement prononcés – font des apparitions plus que régulières, Jean-Pierre, qui a joué un rôle dans le Hamlet de Patrice Chereau, et Lionel, qui a des talents de voyant, ne sont pas en reste, tout comme le comédien lui-même qui, parfois, refait surface au milieu de ce bestiaire.

Au long de cette dramaturgie fragmentée, se matérialise, de proche en proche, presque en sous-texte, une cartographie de ce que la création théâtrale peut avoir de violent à l’endroit des comédiennes et comédiens qu’elle mobilise, surtout lorsque leurs belles, légitimes et juvéniles illusions se fracassent contre le mur du réel. Tandis qu’elle peut s’inviter en amont du projet, par le truchement d’un metteur en scène un peu foutraque qui auditionne, et fait donc espérer, 70 personnes pour un seul et unique rôle, et laisse le soin cruel – même si peu conscientisé – à deux amis de se départager eux-mêmes, la violence s’insinue également par la bande, par l’intermédiaire d’un comportement qui, à force d’être lunaire, en devient égocentré, et peut, quasiment dans un même élan, être convertie tantôt en souffle créateur, tantôt en vent destructeur à l’encontre d’un technicien à qui il est reproché sa seule présence, qualifié de gênante. Loin d’être une joyeuse colonie de vacances dopée à la passion commune pour un art empli, en théorie, d’humanité, les sessions de répétitions passent aussi pour ce qu’elles peuvent devenir : des moments de doute, où la domination intellectuelle exercée par certains peut se transformer en carcan sclérosant, où la panique de fin de cycle de création d’un metteur en scène peut le conduire à vouloir tout arrêter à cinq jours de la première en faisant fi du travail de ses actrices et acteurs durant les mois précédents, où cette même panique pousse ce même metteur en scène à virer, en l’espace de deux petites heures, sept comédiens sur les dix-neuf qui ont travaillé ensemble pendant plus d’un an – et les douze autres à accepter, malgré tout, de continuer l’aventure.

Ainsi décrite, cette traversée pourrait sembler amère, désabusée, voire vengeresse. Grâce à l’engagement féroce et à la hauteur de vue quelque peu ironique de Sylvain Sounier, elle ne tombe jamais dans cet écueil, et se révèle plutôt lucide, touchante de sincérité et étonnante de pudeur et de respect intellectuel. S’il peut parfois donner l’impression d’une facilité capable de mettre à bonne distance psychologique la dureté de certains propos – qui ne sont jamais aussi efficaces que lorsque l’acteur parle sans filtre de jeu, en son nom propre –, l’art de l’imitation que déploie le comédien, pour, à la manière d’un habile caricaturiste, forcer certains traits de ceux qu’il incarne, n’y est pas pour rien. Il lui permet d’instiller juste ce qu’il faut d’humour dans un ensemble où, si le véritable fond de l’air peut parfois être lourd, et peut-être empreint d’une certaine mélancolie furieuse à la Macaigne, rien ne s’avère jamais pesant. Surtout, cette façon d’appréhender le plateau donne l’occasion à Sylvain Sounier de faire montre de son amour pour un art dans l’essence duquel, en dépit de toutes les difficultés, il continue visiblement de croire. Car s’il peut générer certaines violences, y compris auto-infligées, il peut aussi encourager à se faire violence, dans l’acception méliorative du terme, à se dépasser, voire à se libérer. Comme dans toute relation passionnelle, tout est alors question de juste dosage et de bonnes rencontres, à même de transcender et non de carboniser les êtres.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

J’ai dans la tête un sac de frappe
Écriture Sylvain Sounier
Mise en scène et jeu Sylvain Sounier, Maxime Kerzanet
Musique Maxime Kerzanet
Scénographie Amélie Vignals
Création et régie lumière Gaëtan Veber
Maquillages Mityl Brimeur
Costumes Jennifer Minard
Son Pierre Routin

Production Cie Claire Sergent
Coréalisation Théâtre L’Échangeur – Cie Public Chéri
Avec le soutien en résidence de création de Lilas en scène ; des Abattoirs-Compagnie le Singe, La Fabrique de Sigy ; la vie brève – Théâtre de l’Aquarium et du Théâtre 13

Durée : 1h20

Théâtre L’Échangeur, Bagnolet
du 12 au 21 février 2026

Université Évry Paris-Saclay
le 11 mars

16 février 2026/par Vincent Bouquet
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